Portraits

Commander une brigade territoriale autonome

Auteur : Angélina Gagneraud - publié le
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Pour cet officier, juriste de formation, Gardane est sa première unité. Depuis 3 ans, il est sur tous les fronts : suivi des interventions, appels de la mairie, gestion du matériel, etc.
© Mi Dicom – A. LEJEUNE

Le lieutenant Matthieu Audibert commande la BTA de Gardanne depuis bientôt trois ans. Entre zone urbaine et rurale, cette première affectation en sortie d'École est un «défi » passionnant.

33 000 habitants, trois communes, une zone de sécurité prioritaire, la proximité avec les quartiers nord de Marseille, une ligne ferroviaire qui sert aux déplacements des délinquants, etc.

La circonscription de la BTA de Gardanne est complexe, les interventions nombreuses et variées pour les 35 militaires qui la composent. « Cambriolages, vols à la roulotte, règlements de compte, et même un homicide en novembre dernier », énumère le lieutenant Matthieu Audibert, dont les souvenirs demeurent précis. Il connaît sa « circo » sur le bout des doigts : lieux de commission des faits, biographie des maires, directeurs d'usine et de centrale thermique… Il n'omet aucun détail ! à l'unité, il partage le quotidien de ses personnels.

« Mon cœur de métier est centré sur l'humain. Mes gendarmes, leurs familles, les élus, les acteurs de la sécurité locale. »

« Commander, c'est prévoir »

« Le service rythme le quotidien de l'unité. Mon rôle est de le préparer un maximum en avance, même si des ajustements s'imposent bien souvent. En ce moment, entre les permissionnaires, les départs au printemps et les arrivées à l'été, je sollicite beaucoup mes militaires. Deux en charge de l'accueil en tant que planton et régulateur - un record de 24 plaintes en une journée - et toujours au moins une patrouille de nuit », à laquelle il participe régulièrement, « pour être au plus près de mes gendarmes, appréhender leurs contraintes et ajuster certaines méthodes ».

La patrouille est mouvementée pour les premiers à marcher : jets de cailloux sur une boulangerie, conductrice alcoolisée, excès de vitesse et découverte de stupéfiants.

© Mi Dicom - A. LEJEUNE

Toutefois, il a conscience que sa place est principalement au bureau, à gérer le service et les différentes sollicitations, à veiller BDSP et le réseau rubis. « Commander une brigade, c'est être chef opérationnel, manager, gestionnaire, officier de police judiciaire et logisticien en même temps. Toujours aux aguets, il faut sans cesse anticiper et jongler de l'un à l'autre. » Intéressé par les nouvelles technologies, il suit avec enthousiasme le déploiement de Néogend : « Cette tablette va clairement nous faire gagner du temps ! J'ai hâte de la tester. J'espère vivement voir le système déployé à l'unité avant mon départ. »

L'opérationnel avant tout

« À la tombée de la nuit, je mène régulièrement des opérations anti-délinquance sur la “circo”, avec le concours du Psig, d'une équipe cynophile et d'unités motorisées. » Positionner les équipes à des points névralgiques, se réorganiser… et parfois : « Ça matche ! » Il se souvient d'un conducteur, consommateur de cannabis et récidiviste, récemment arrêté. L'enquête a permis de saisir incidemment des éléments d'arme de guerre et des munitions.

L'officier suit également de près les affaires judiciaires de la brigade. La « belle affaire » qu'il choisit d'évoquer est le démantèlement d'un réseau de vols de plus de 4 000 outils haut de gamme. « D'une simple plainte déposée à la brigade, le dossier a conduit à 14 gardes à vue, la saisie de 500 000 €. Les scellés ont rempli deux camions complets. » L'unité, en co-saisine avec la brigade de recherches d'Aix-en-Provence, s'est beaucoup investie dans cette opération. « Étant juriste de formation et OPJ, j'ai de nombreux échanges avec mes enquêteurs lors de questions judiciaires épineuses.

L'EGM 11/6 de Marseille et les gendarmes de la BTA en patrouille commune au sein de la ZSP. La BTA bénéficie du renfort constant d'un peloton de gendarmerie mobile.

© Mi Dicom - A. LEJEUNE

En bientôt trois ans, ils ont mené de vraies belles affaires. » Un travail qui doit être reconnu : « Les personnels en brigade font un travail extraordinaire. En tant que commandant d'unité, je suis le premier à les complimenter. Ensuite, je m'attache à valoriser leur investissement, leur professionnalisme et leurs résultats auprès du commandement. »    

Une question d'Hommes

« Arriver à 26 ans, de recrutement universitaire, dans une brigade qui n'a connu que des officiers ''semi-directs'', oui, c'est un défi… Ma formation à l'EOGN (École des officiers de la gendarmerie nationale) m'a heureusement permis d'acquérir des bases solides pour appréhender au mieux ce premier temps fort de ma carrière et gérer mon unité. C'est en étant sur le terrain, face aux réalités de la brigade et selon ma personnalité, que j'ai ajusté l'exercice de mon commandement. » D'abord, observer, avec humilité.

Puis, s'appuyer sur l'expérience des gradés et sur le dynamisme des sous-officiers. Enfin, instaurer le dialogue, « libre mais avec les formes », et prendre des décisions en confiance, parfois avec fermeté. « L'organisation d'aujourd'hui convient à tous. Elle nous permet de travailler sereinement et avec efficacité. » Avec fierté, il évoque ses hommes, leur investissement et leurs réussites : concours sous-officiers, examen d'OPJ, élèves-gendarmes motivés et rapidement opérationnels, gradés responsabilisés dans leurs missions. Que demander de plus ?

Le commandant de brigade confie tout de même : « Une brigade, c'est une microsociété. Entre l'activité judiciaire dense, la population locale qui éprouve notre patience et les événements de vie de la caserne… On se serre les coudes… Mais nous ne sommes pas des machines, alors je reste attentif. »

 

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