Portraits

Force d’observation recherche : les hommes de l’ombre

Auteur : la capitaine Aurélie Muscat - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
Motard, parachutiste, ou encore plongeur, l’équipier de la For doit s’avoir évoluer dans de nombreux éléménts.
© GIGN – Francis PLR

L’adjudant Laurent L. est chef d’équipe à la Force d’observation recherche (FOR) du GIGN. Discrétion et furtivité sont les maîtres mot de cet homme de l’ombre.

« Je n'ai pas l'habitude de parler de mon métier », annonce-t-il d'emblée, un peu gêné. Et pour cause. L'adjudant Laurent L. fait partie des hommes dont le métier, au quotidien, nécessite discrétion et vigilance. Il appartient en effet, depuis quatre ans, à la Force observation recherche, la composante renseignement humain du GIGN.

Ruse et furtivité

Au quotidien, une exigence : la furtivité. Une mission : recueillir du renseignement sur des adversaires de haut niveau. Une méthode : la ruse. Engagés par des sections de recherches ou des offices centraux, les équipiers de la FOR traitent les dossiers les plus complexes, au cœur des priorités nationales, dans des affaires de trafics de stupéfiants internationaux, de trafics d'armes, d'assassinats en bande organisée, etc. Leurs adversaires sont parmi les plus dangereux et les mieux organisés.

Les éléments de preuve apportés par les équipiers de la FOR s'avèrent déterminants pour les enquêteurs. « Une fois la mission prise en compte et la cible identifiée, on ne la lâche plus, on connaît tout de sa vie. On s'adapte à son milieu, ses habitudes, sa manière de vivre. » Filatures, sonorisations de véhicules ou de logements, géolocalisations, captations de données informatiques, observations transfrontalières, prises de photo opérationnelles, les modes d'action sont multiples pour réussir la mission.

Une liberté d'action qui fait la différence

Le GIGN, Laurent en rêvait. Après un temps comme GAV dans un Psig, il intègre un escadron à sa sortie d'Esog. Le rythme des déplacements n'entame en rien sa motivation à passer les tests de sélection. Le troisième essai est le bon. à la suite des tests de sélection, il est l'un des sept candidats à réussir le pré-stage. Il intègre la FOR. Il y découvre « la nécessaire réflexion préalable à chaque mission, le cheminement intellectuel.

On prend en compte un dossier, et on doit réfléchir aux méthodes les plus adaptées. »  Ce qui fait la différence par rapport à tout ce qu'il a connu auparavant : la grande liberté d'action laissée à chacun des équipiers. « Au sein de la FOR, chacun joue un rôle déterminant, comme équipier ou spécialiste. Une grande créativité et une vraie initiative sont laissées une fois l'objectif donné. » Le plus jeune des équipiers a souvent un rôle déterminant. « On n'attend pas des années pour s'exprimer en opération. »

Endurance, rusticité, adaptabilité, l'équipier de la FOR agit sur tous les fronts.

© GIGN - Gildas LNN

Audace et discernement

Ce trentenaire posé l'avoue : « Je ne sais jamais ce que je ferai dans l'heure qui vient. Réagir aux situations imprévues, c'est un vrai challenge. » Aucune routine et des missions uniques : un jour dans le rôle d'un touriste pour « filocher » un Vor y Zakone venu rencontrer ses lieutenants dans le sud de la France, le lendemain dans la peau d'un ouvrier du bâtiment pour identifier une transaction d'armes de guerre, il doit se tenir prêt à tout.

Quand il part en mission, il a toujours dans son sac de quoi tenir 24 heures en totale autonomie dans « la verte », plusieurs tenues pour s'adapter au milieu dans lequel évolue la cible et un scénario en tête pour justifier sa présence s'il est approché par l'adversaire. Des adversaires qui essaient de rester « sous les radars » : « Ils sont de plus en plus rôdés aux modes opératoires policiers. Ils développent des procédures de contre-surveillance, ont des moyens de brouillage, de détection, de désinformation, de cryptage des communications… Ils mettent tout en œuvre pour nous mettre en échec.

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Notre objectif, c'est de prendre l'ascendant sur ces criminels aguerris ; notre épanouissement, c'est de le faire en se jouant d'eux. » Et la peur ? La question le surprend. La réponse fuse : « Il n'y a pas de peur. Mais la conscience du danger est réelle. » Il se souvient d'une mission, comme tant d'autres, où tout aurait pu basculer : il fallait sonoriser trois voitures, dans la cour d'une habitation dont ils savaient les occupants présents et lourdement armés.La situation ne leur était pas favorable.

Chef d'équipe, il trouve une solution pour remplir cette mission déterminante, tout en contrôlant la prise de risque. Le commandement valide son plan d'action. « Mon formateur me disait : “Si on fait appel à vous et que vous ne pouvez pas le faire, qui le fera ? »  La mission réussit : « Un pic d'adrénaline intense. » Et d'ajouter, avec un sourire : « On marche à ça. » Et pourtant, Laurent est formel : « Ici, pas de chiens fous. L'audace est indispensable, certes, mais un équipier doit être capable de discernement. » Aucune place n'est laissée au hasard, les cas non conformes sont travaillés. Se préparer à l'imprévu, pour ne pas se laisser déstabiliser.

Des qualités humaines avant les performance physiques

Ce qui est attendu des équipiers de la FOR ? Des qualités humaines. « L'esprit de cohésion est indispensable. Sans l'équipe, les qualités individuelles ne sont rien. » L'équipier doit être rustique, savoir résister au froid, à la fatigue. Endurance, patience, mais aussi « esprit chasseur, autonomie, débrouillardise, initiative, abnégation, stabilité émotionnelle. » Lors des tests de sélection comme sur le terrain, Laurent en est convaincu : «Tout est dans le mental. »