Portraits

Les missions sécurité-protection du GIGN

Auteur : le capitaine Éric Costa - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
Membre du GIGN assurant la protection de l’ambassadeur de France en Irak.
© GIGN - Mika

Le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) assure la sécurité et la protection de personnalités ou de sites sensibles menacés, en France ou à l’étranger.

« La protection et la sécurisation de sites sont des métiers à part entière au sein du GIGN, souligne l’adjudant Julien M., 37 ans, ancien de l’escadron parachutiste d’intervention de la gendarmerie nationale, dans le métier de la sécurité-protection depuis 2007. Nous travaillons principalement au profit du ministère des Affaires étrangères. Nous défendons les intérêts français dans les pays en crise, en assurant la protection des diplomates, voire l’évacuation des ressortissants français en danger, et ce, parfois en appui des forces armées françaises déployées. »

Les personnels de la sécurité-protection sont polyvalents et formés, à l’instar des forces spéciales, à de nombreuses spécialités, comme le tir longue distance ou la mise en œuvre d’explosifs. « Notre culture militaire engendre une rigueur et un professionnalisme reconnus par le corps diplomatique. Elle facilite également nos relations avec les militaires souvent présents sur les mêmes zones que nous, poursuit-il. Rusticité et autonomie sont des qualités nécessaires pour intégrer notre métier. En mission, souvent à des milliers de kilomètres de notre territoire, nous n’avons pas toujours de soutien logistique à portée de main. Nous devons être capables de régler nous-mêmes tout problème mécanique ou de transmissions. »

Projetable à chaque instant

La sécurité-protection fonctionne avec un régime d’alerte permettant la projection d’une équipe à l’étranger dans les quatre heures. Si besoin, le concours de l’intervention peut être ponctuellement accordé. Le tronc commun de la formation au sein du GIGN, basé sur le contre-terrorisme, facilite cette interopérabilité, comme lors de l’assaut donné à Dammartin-en-Goële (77), où de nombreux membres de la sécurité-protection ont participé aux opérations.

En août 2011, un événement précipite le retour de Julien M. à l’unité : « J’étais en permission estivale quand j’ai reçu un coup de téléphone de ma hiérarchie. La Libye était en pleine guerre civile. Une offensive décisive venait d’avoir lieu et avait abouti à la prise de Tripoli par les opposants de Kadhafi. »

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L’adjudant est alors projeté dès le lendemain en territoire libyen avec une équipe afin de permettre à la France de rétablir au plus vite sa position diplomatique. Les gendarmes ont en effet pour mission d’escorter l’attaché aux affaires diplomatiques français depuis Benghazi jusqu’à Tripoli afin qu’il reprenne les rênes de l’ambassade.

« Notre périple a commencé de nuit à Villacoublay, d’où nous nous sommes envolés pour Benghazi, se remémore-t-il. Là, nous avons pris en charge le diplomate. À 4 heures du matin, nous avons fait un poser d’assaut en plein désert, à Misrata. Des rebelles libyens nous ont alors pris en compte et nous ont fait pénétrer dans la ville de Tripoli qui venait d’être libérée. Tout n’était que chaos et désolation ! Les rues étaient désertes, les voitures calcinées fumaient encore...

Une véritable scène de film de guerre ! Nous avons progressé avec précaution jusqu’à l’ambassade de France, trouvant à notre arrivée un édifice dévasté. Mais nous avons eu l’honneur d’y faire de nouveau flotter le drapeau tricolore. » Cette mission d’une ampleur particulière s’est poursuivie pendant plusieurs mois.

La sécurité-protection : un panel d’autres missions

Comme le précise le capitaine Rémy G., 33 ans, breveté depuis mars 2013, la sécurité-protection intervient également en métropole, au profit de hautes autorités militaires ou civiles, tel le chef d’état-major des Armées.

« Nous assurons, par exemple, la protection de certaines personnalités, menacées à la suite des attentats terroristes qui ont frappé notre pays ou encore de membres de gouvernements étrangers en visite officielle. Tout récemment, nous avons garanti la sécurité de la moitié des équipes de football participant à l’Euro 2016, soit douze délégations, reprend le capitaine, avant de préciser : Dans le cadre d’un travail d’anticipation, et forts d’une expertise reconnue dans le domaine de la sûreté/sécurité, nous sommes aussi en mesure d’auditer des emprises civiles ou militaires, en France comme à l’étranger, en vue d’apporter des préconisations au regard des vulnérabilités identifiées. »

Enfin, une trentaine de membres du GIGN participe à la mission prestigieuse de protection du chef de l’État au sein du groupe de sécurité de la présidence de la République.

Du rêve d’enfant…

« Le GIGN, pour moi, c’était un rêve de gamin, confie le gendarme Pierre D., 32 ans, breveté depuis janvier 2016. À dix ans, j’ai suivi en direct à la télévision l’assaut du GIGN lors du détournement du vol d’Air France “ Alger-Paris ” à Marignane. Cela a été une révélation ! Cette unité devint dès lors un véritable objectif. » Pierre intègre la gendarmerie plusieurs années après cet événement déclencheur. Il sert tout d’abord comme gendarme adjoint volontaire au sein d’un Psig, puis, à sa sortie d’Esog, il choisit la gendarmerie mobile.

« Dès mes débuts en gendarmerie, je me suis renseigné sur les filières possibles au sein du GIGN. La sécurité-protection m’a tout de suite intéressé. J’ai été totalement convaincu quand j’ai eu la chance de servir trois mois à Bagdad en mission de sécurisation avec mon escadron. Nous y avons côtoyé des membres de la sécurité-protection du GIGN. Leur quotidien correspondait totalement à mes attentes et à mon caractère : l’aventure en mission à l’étranger, l’esprit de groupe même en petit comité et le haut du spectre de l’intervention. »

... à sa réalisation

Fermement décidé quant à son orientation professionnelle, le plus dur restait encore à accomplir. « Après avoir réussi la semaine de tests de sélection, je me suis accroché pour valider le pré-stage. Je n’étais pas là par hasard. Ma détermination était totale. Le physique peut se travailler mais le mental on l’a ou on ne l’a pas ! Moi, il était hors de question que j’abandonne ! », insiste Pierre. S’en est suivie une longue année de formation pour apprendre un nouveau métier. « C’était très intense. Un enchaînement de stages courts dans diverses spécialités.

Le temps étant une denrée rare, on doit avoir une très bonne capacité d’assimilation. Au final, le savoir acquis dans beaucoup de domaines fait de nous de véritables couteaux suisses. » Après toutes ces épreuves, Pierre décroche enfin le brevet tant convoité, avec une seule hâte : partir en mission ! Rapidement, il se retrouve projeté sur des théâtres extérieurs.

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« En quelques mois, j’ai déjà effectué plusieurs missions à l’étranger, notamment en Irak. La qualité de la formation fait que la transition entre les exercices et le théâtre opérationnel se fait sans problème », assure-t-il, avant de conclure : « L’intégration se fait également très bien. Lors de ma première mission à Bagdad, nous étions quatre nouveaux, associés à quatre anciens. Ils nous ont parfaitement conseillés et orientés. On ressentait qu’ils étaient ravis de voir que la relève était bien là. »

Au vu du nombre croissant de missions qui lui sont confiées, la sécurité-protection a un besoin grandissant d’opérateurs sur le terrain. De nouvelles recrues sont attendues mais avec un profil bien déterminé. Vous pensez détenir les qualités requises ? Alors le métier de la sécurité-protection du GIGN est peut-être fait pour vous !