Portraits

Portrait de commandant de compagnie

auteur : la capitaine Aurélie Muscat - publié le
La chef d’escadron Françoise Poulain, commandant la compagnie de gendarmerie départementale de Vannes.
© BRI Florian Garcia

À la fois chef opérationnel, meneur d’hommes et de femmes, et interlocuteur privilégié des autorités administratives et judiciaires sur sa circonscription, le commandant de compagnie mène un quotidien mouvementé aux défis nombreux. La chef d’escadron Françoise Poulain, 35 ans, à la tête de la compagnie de Vannes depuis 2016, nous a reçus pour comprendre de plus près les exigences, les satisfactions, mais également les difficultés de cette fonction.

La chef d’escadron (CEN) Françoise Poulain est passionnée par son métier. « Être commandant de compagnie est la consécration de la voie prise en sortie d’EOGN, celle de la sécurité publique générale ».

Entrée en gendarmerie, en tant qu’officier, après son diplôme de l’Institut d’études politiques de Bordeaux, elle est d’abord mutée, à sa sortie de l’EOGN, à la tête de la communauté de brigades de Crozon, dans le Finistère. Elle y découvre le terrain. Dix ans plus tard, elle est la première femme à commander une compagnie dans le Morbihan, et s’épanouit à la tête de ses 7 unités et 170 hommes et femmes.

Au premier niveau de la manœuvre

Les facettes du métier sont riches. En premier lieu, le commandant de compagnie est, à n’en pas douter, un chef opérationnel. « Être à la tête de la compagnie, c’est pouvoir s’appuyer sur une structure intégrée pour gérer sa manœuvre opérationnelle ; une structure dont on maîtrise toutes les composantes. » Et l’opérationnel ne se fait pas attendre, dans cette zone attractive du Morbihan, où vivent à l’année 190 000 habitants.

L’été, la CEN Poulain peut compter sur des renforts en réservistes et gendarmes mobiles armant plusieurs postes provisoires et un DSI pour gérer les afflux de population touristique sur le littoral. Le reste de l’année, l’activité reste forte « En 2017, nous avons déploré 5 homicides sur la compagnie, c’est exceptionnellement haut ».

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Le commandant de compagnie mobilise également ses personnels pour assurer la sécurité des grands événements qui ne manquent pas d’agiter la côte, tels « La semaine du Golfe » ou la course croisière de l’EDHEC. Les manifestations sportives rassemblent des milliers de passionnés et l’obligent à une préparation rigoureuse tant en termes de sécurité des mobilités que d’ordre public. Quand les événements s’enchaînent, « il faut être polyvalent.

On passe sans arrêt du coq à l’âne. » S’adapter en permanence, changer de casquette au gré des événements, tel est le quotidien du commandant de compagnie, au premier niveau de la manœuvre.

Les réponses apportées par la CEN Poulain s’adaptent aux compartiments de terrain et aux problématiques qui leur sont propres. « C’est de l’intelligence locale. Ici, par exemple, la délinquance dans les terres - alcoolisation de masse, accidents de la route - est bien différente de celle du littoral. La réponse que l’on apporte au quotidien doit s’y conformer. »

Expérimenter pour améliorer

Pour assurer la meilleure sécurité possible sur le territoire dont elle a la responsabilité, la CEN Poulain admet disposer d’une grande liberté de manœuvre. « Je laisse, de la même manière, à mes commandants de communauté de brigades une bonne autonomie, parce que la confiance crée la performance. Je leur demande d’être imaginatifs. »

De son côté, elle entend mettre à profit sa liberté d’action pour expérimenter divers dispositifs destinés à améliorer l’efficacité de la gendarmerie au service de la population. Ainsi, depuis la mi-décembre, dans l’esprit des brigades de contact instaurées l’année dernière, a été mis en place au sein de sa compagnie, un « groupe de contact ». « Les gendarmes locaux sont fortement implantés sur le territoire et largement impliqués dans la vie civile. Néanmoins, on peut améliorer le système ». 

Ce groupe de contact, composé de réservistes et d’une aspirante polytechnicienne, a pour référents les commandants de brigade de deux COB. Il a pour mission de « retrouver la proximité, quelquefois délaissée par manque de temps. Il multiplie les liens avec les associations, les élus, les entreprises, fait des patrouilles à la rencontre des jeunes, sur 20 communes de la périphérie de Vannes… En plus de la récolte du renseignement, cela a évidemment un effet vertueux en termes de prévention de la délinquance. »

Maintenir le lien

Ce groupe de contact répond aussi à la nécessité de maintenir un lien fort et constant avec les élus. Ces relations, ainsi qu’une démarche partenariale, sont au cœur de son action. Elle les sait précieuses pour l’action de la gendarmerie au quotidien. « Je m’appuie évidemment sur mes commandants de brigade, pour les relations au quotidien avec les 70 maires de ma circonscription.

Et parfois, les liens se renforcent à l’occasion d’épreuves difficiles partagées, comme avec le maire d’Arzon après une violente manifestation anti-migrants en novembre 2016. » Elle encourage également les partenariats avec les élus et les polices municipales, à travers la mise en place de protocoles avec des communes dans le cadre de la participation citoyenne. « Nous sollicitons ensuite ces réseaux lors de la recrudescence de cambriolages. »

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Ce soir-là, dans une petite bourgade à quelques kilomètres de Vannes, a lieu la reconstitution d’un homicide dont l’enquête a été confiée à la B.R. En raison des risques de troubles à l’ordre public, la CEN Poulain se rend sur place. Elle est accueillie par la première élue, qui, encouragée par les liens de proximité avec la gendarmerie, a veillé à ce que l’ensemble des moyens de la commune soit mis à sa disposition.

Système d’Hommes, système d’âmes

Ce souci du contact, la CEN Poulain le fait sien au quotidien, avec les personnels qu’elle commande. Elle aime à citer le général de corps d’armée (2S) Philippe Mazy, ancien directeur des personnels militaires, sous les ordres duquel elle a servi un temps à la DGGN :

« La gendarmerie est un système d’Hommes, un système d’âmes, avant d’être un système d’armes. Sa force est basée non pas sur ses matériels mais sur les hommes et les femmes qui la composent. »

Ses hommes et ses femmes, la CEN Poulain en prend soin. « Mon rôle est de motiver les militaires et de les valoriser en s’appuyant sur ce qu’ils savent bien faire. Les personnels se révèlent alors ».

L’officier, qui a passé, en parallèle de son temps de commandant de communauté de brigades, une licence de psychologie, ne le cache pas : « J’ai le goût des autres ». Son commandement, elle le conçoit comme serein et bienveillant. « C’est la clé de la réussite. Nous sommes forcément, en tant que gendarmes, confrontés à des cas hors normes. C’est ce qui justifie notre présence. Mon rôle est d’organiser une réponse tactique, sans rajouter de stress. »

Pour elle, qui se dit d’un naturel serein, l’important est de savoir « prendre les choses avec du recul. Pour appréhender au mieux la mission, il faut savoir écouter les autres et être humble. L’écueil, c’est l’orgueil. »

Cohésion et concertation

Elle évoque alors la relation de confiance qu’elle a entretenue avec le conseiller concertation jusqu’à son départ à la retraite la semaine précédente. « Notre concertation est un système performant. Le conseiller concertation doit exercer sa mission de lien entre le commandement et les personnels de manière désintéressée, avec recul et réflexion, pour mettre en perspective ce qui lui est confié avant de l’exposer au commandant de compagnie. La symbiose commandement-concertation est une manière très efficace de régler les problèmes. »

Parce que, selon elle, « être chef, c’est vouloir faire le maximum pour ses personnels », elle n’hésite pas à recourir au psychologue gendarmerie dès qu’elle sent une faiblesse chez l’un de ses personnels. « Par le dialogue, il permet de résoudre un grand nombre de problèmes. Le psy est une aide énorme au commandement. »

Cette attention portée à ses personnels, elle la traduit également par un souci de cohésion au sein de sa compagnie. « L’esprit d’équipe, la bonne humeur et l’enthousiasme génèrent la performance. » L’officier veille au quotidien à favoriser cet esprit de cohésion, notamment en faisant travailler ensemble les gendarmes des différentes unités de la compagnie lors de leurs services de nuit. 

De manière plus symbolique, elle participe avec conviction à l’organisation de manifestations de cohésion telles que la Sainte-Geneviève. « C’est pour moi un moment de mobilisation et de rassemblement rare et précieux, au sein de la compagnie. Il permet aux gendarmes de se rapprocher. Et quand les gens se connaissent bien, ils travaillent mieux ensemble. »