Portraits

Adjudant-chef Sylvie : être maître de chien Saint-Hubert, « c’est un partage de vie »

Auteur : la lieutenante Floriane Hours - publié le
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À ses débuts, en septembre 1999, elle était l’une des trois seules femmes à intégrer la spécialité de maître de chien. Vingt-deux ans plus tard, aux côtés de ses deux compagnons de travail, des Saint-Hubert, elle dirige l’équipe cynophile de la compagnie de Feneu, au nord d’Angers. De maître de chien à commandante d’unité cynophile, en passant par formatrice, rencontre avec l’adjudant-chef, Sylvie R.

Air déterminé, truffe aguerrie et démarche affirmée, ce ne sont pas un, mais deux grands Saint-Hubert qui marchent, confiants, dans les pas de leur maître de chien, l'adjudant-chef Sylvie R. À 48 ans, cette militaire au parcours particulièrement riche est à la tête du Groupe d’investigation cynophile (GIC) de Feneu, dans le Maine-et-Loire, et de ses cinq personnels. À ses côtés pour assurer le commandement de l’unité, mais aussi pour accomplir les missions du quotidien, se trouvent ses deux compagnons : Hopkins, une Saint-Hubert de 8 ans, et Otchum, un jeune chien de la même race, qui viendra remplacer son aînée, bientôt à la retraite.

« Dès l'âge de 9 ans, je savais »

Travailler au sein d’une unité cynophile, mais surtout dans la gendarmerie, est une véritable vocation pour l’adjudant-chef. Dès son plus jeune âge, elle n’a qu’une idée en tête : devenir gendarme. Une annonce qui, à l’époque, est peu comprise par sa famille. « Dès l'âge de 9 ans, je savais que je voulais être gendarme. À 13 ans, ils [mes parents] m’ont envoyée visiter une gendarmerie, en espérant que cela me fasse passer l’envie de faire ce travail. Ça a produit l’effet inverse », explique-t-elle.

Marquée par le souvenir de cette visite, de l’environnement bienveillant et de l’accueil chaleureux qu’elle a reçu, elle décide de s’engager à la fin de ses études pour le service national. Deux ans après, elle intègre l’école de sous-officiers de gendarmerie de Montluçon, où l’idée de devenir maître de chien se précise. Déterminée et fonceuse, elle suit son objectif et, après trois ans de brigade, elle rejoint le Peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG) de Vendôme en tant que maître de chien piste/défense, avant de participer à la création du GIC de Bourges, dont elle prendra la tête. Après ce commandement, la maître de chien Sylvie R. veut transmettre sa passion. Elle quitte alors Bourges pour Gramat, où est installé le Centre national d’instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG). Là, non seulement elle participera à la formation des équipes cynophiles de l’Institution, mais elle servira également au sein du Groupe national d’investigation cynophile (GNICG), qui a ses quartiers au sein du centre de formation.

En parallèle de son travail, elle continue de se former, notamment en tant que femme d’attaque. En 2012, après un parcours déjà bien rempli, elle souhaite se rapprocher de sa terre natale, où vivent encore ses parents, et demande l’Anjou. À Feneu, au nord d’Angers, un poste est libre au sein du GIC, mais à une condition : elle va devoir travailler avec un Saint-Hubert, une race de chien assez particulière et assez rare en gendarmerie. Pour la militaire, dont la passion première est le pistage, il n’y a aucune hésitation à avoir, elle se lance et relève le défi.

Saint-Hubert et maître de chien : un partage de vie

Partager son travail, son quotidien et sa vie avec un Saint-Hubert n’est pas une chose évidente pour tous. Ce chien, connu pour ses grandes capacités de pistage, nécessite un dressage et un accompagnement extrêmement rigoureux, lesquels requièrent une certaine expérience et une grande disponibilité. « Contrairement aux autres chiens, le Saint-Hubert vit au domicile de son maître. Accepter un Saint-Hubert, c’est donc accepter de vivre avec le chien, c’est un partage de vie. Il faut aussi les accepter comme ils sont. Ce n’est pas toujours linéaire. Par exemple, si on prend un Saint-Hubert au milieu de chiens de chasse, il va être top. Sa force de travail réside dans la meute. Plusieurs individus, avec leurs qualités et leurs défauts, forment une équipe hors du commun en termes de courage et de ténacité. Mais tout seul, il faut régulièrement faire un travail de désensibilisation, d’abstraction de son environnement pour le focaliser sur la piste et chercher à le faire évoluer. » Avec Otchum, le petit dernier, les choses sont d’ailleurs parfois un peu compliquées : « C’est un grand ado dans un corps d’adulte. Il faut souvent le pondérer. »

Un apprentissage quotidien

L’apprentissage d’un Saint-Hubert se fait donc dès son plus jeune âge. Le chiot, après un passage à Gramat, est directement intégré à l’unité. Durant deux ans, au contact direct du terrain, il se forme ainsi à sa spécialité : la recherche de personnes disparues. Ses grandes capacités olfactives en font en effet le chien de référence dans ce type de missions. Alors qu’un malinois ou un berger allemand peut suivre une piste jusqu’à 24 heures seulement après les faits, le Saint-Hubert peut, quant à lui, retrouver une trace jusqu’à 7 à 10 jours après. Une complémentarité des moyens qui fait la richesse du pistage. La spécialité très recherchée du Saint-Hubert conduit l’adjudant-chef, Hopkins et maintenant Otchum, à se déplacer régulièrement sur tout le territoire. « Nous partons souvent dans les départements voisins, ou même en Bretagne, lorsqu’ils ont besoin de nous. »

Pour travailler avec ses Saint-Hubert, l’adjudant-chef Sylvie a dû elle aussi suivre une nouvelle formation. Si pour Hopkins, tout s’est bien passé, pour Otchum, plus fougueux, le premier passage à l’examen a été un échec, le premier dans la carrière de la militaire. « Ça a été dur, mais il faut rester humble dans une carrière cynophile, il faut accepter l’échec et rebondir. »

Travail et détermination

Rebondir et progresser pour devenir meilleure chaque jour, ces valeurs accompagnent l’adjudant-chef au quotidien depuis le début de sa carrière. D’ailleurs, alors qu’elle était à la tête de l’unité cynophile de Bourges, elle n’a pas hésité à pousser la porte des clubs canins civils pour se lancer, avec son chien de l’époque, Ricky, un berger allemand spécialisé en recherches de stupéfiants, dans des concours d’obéissance. Avec lui, elle remporte de nombreuses premières places : « à cette époque, on ne pouvait pas concourir. J'ai donc demandé une dérogation. Les concours, je les faisais par passion, pour le plaisir d’œuvrer avec ce chien de la gendarmerie. »

Avec cette force de caractère qui la définit, la militaire s’est ainsi fait une place dans ce milieu cynophile auparavant très masculin. « Il y a eu ce regard sur mon parcours en parallèle qui a forcé le respect. Mais ça n’a pas été facile. On avait l’impression qu’on devait en faire deux fois plus pour réussir. Aujourd’hui, il me semble que c’est plus facile », concède-t-elle.

À l’adresse des jeunes générations intéressées par la spécialité, la maître de chien a quelques conseils : « il faut avoir une réelle envie d’intégrer la technicité, peu importe les missions ou unités d’affectation ; il ne faut pas avoir de préférence géographique. Il ne faut pas non plus oublier que notre travail, c’est avant tout être gendarmes. On reçoit des jeunes qui veulent être maîtres de chien, mais pour faire ce métier, il faut cet amour pour la gendarmerie autant que pour le chien. » Un amour toujours intact dans le cœur de celle qui, alors qu’elle n’était qu’une petite fille de 9 ans, rêvait de devenir gendarme.