Portraits

Angélique, première femme motocycliste en Guadeloupe

Auteur : capitaine Marine Rabasté - publié le
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© Capitaine Marine Rabasté

Depuis le 1er août 2021, la Maréchale des logis-cheffe (MDC) Angélique est la première femme motocycliste à être affectée au sein du Commandement de la gendarmerie de Guadeloupe. Récit d’un parcours de l’Île-de-France au soleil des Antilles.

La gendarmerie n’a jamais été un mystère pour la MDC Angélique. Fille de gendarme, elle a baigné dans cet univers depuis son enfance et connaît bien la disponibilité qu’implique l’engagement dans l’institution. Après des études de STAPS, c’est donc en toute connaissance de cause qu’elle intègre cette dernière en 2008, en qualité d’AGIV, au sein d’une compagnie d’instruction de l’École de sous-officiers de gendarmerie (ESOG) de Tulle. Une première expérience satisfaisante pour la jeune gendarme, qui prépare le concours de sous-officier et intègre, en 2011, l’ESOG de Montluçon.

Une opportunité de rêve

À l’issue de sa scolarité, Angélique choisit de servir à la Garde républicaine et rejoint le deuxième régiment d’infanterie. Là, elle ne met pas le pied sur une moto, mais effectue la sécurisation des palais nationaux pendant trois ans, avant de rejoindre la compagnie de sécurité et d’honneur de Matignon, où elle sert durant deux années. Lorsqu’elle voit passer l’appel à volontaires pour les tests à la formation de motocycliste de la gendarmerie, à Fontainebleau, la MDC Angélique n’hésite pas. « Je ne pensais pas avoir le niveau pour être motocycliste de la gendarmerie, mais je me suis dit que ça valait le coup de tenter les tests . » Pour cela, elle se prépare et pratique régulièrement la moto. « J’ai obtenu mon permis moto en 2010 et j’ai acheté ma première moto en 2012. Quand j’ai pris la décision de passer les tests, j’avais une moto sportive. J’en ai donc changé pour en acheter une plus maniable et m’entraîner avec. »

La passion de la moto

Si la MDC Angélique a profité d’un appel à volontaires pour rejoindre le corps des motocyclistes, son choix ne relève toutefois pas du hasard. « J’ai découvert les motocyclistes de la gendarmerie lorsque j’étais à l’école primaire, à l’occasion d’une action de prévention routière. Ils mettaient en place un circuit de circulation et on avait des petites motos. J’ai été choisie pour faire les démonstrations. C’est mon tout premier souvenir à moto. » Ce fut le déclic. « À l’époque, les gendarmes motocyclistes étaient les dieux de la gendarmerie pour moi », se souvient-elle amusée. Une passion née grâce à la gendarmerie. Rejoindre une unité motocycliste est alors devenu un rêve ! « Ça a rendu les tests stressants, car je tenais vraiment à intégrer la formation. » Mais l’entraînement qu’a suivi la MDC Angélique a payé, puisqu’elle entre en formation en 2017.

De la métropole à l’outre-mer

À l’issue de plusieurs mois de stage, la MDC Angélique est affectée à la Brigade motorisée (B.Mo.) de Rambouillet, dans les Yvelines. « J’y ai effectué des missions variées : de la police route, des escortes sanitaires vers les hôpitaux parisiens, celles de Véhicules blindés à roue de la gendarmerie (VBRG), l’encadrement de courses cyclistes, de la prévention auprès des écoles… » Elle aime être à moto et l’imprévisibilité du métier lui plaît. Afin de pouvoir évoluer, la gendarme se présente à l’examen d’Officier de police judiciaire (OPJ) en 2020. Là encore, c’est une réussite. Après quatre ans passés à Rambouillet, elle s’envole finalement vers la Guadeloupe en août 2021, où elle est la première femme à rejoindre l’EDSR en tant que motocycliste.

Première femme motocycliste en Guadeloupe

En arrivant à la B.Mo. de Saint-Claude, la MDC Angélique savait qu’elle allait être la première femme motocycliste en Guadeloupe. « Je suis fière de représenter les femmes, les motocyclistes, la gendarmerie… Ici, les femmes ne se rendent pas toujours compte de tout ce qu’elles peuvent accomplir. Elles me disent qu’elles sont fières de moi, que ça donne du courage. » Que ce soit en métropole ou en Guadeloupe, être une femme n’empêche pas d’exercer ce métier qui, de l’autre côté du globe, présente toutefois quelques particularités. « Ici, c’est vraiment différent de la métropole. Les gens se tutoient directement, certains vont mal le prendre si on les vouvoie. Il faut donc s’adapter. Mais globalement, les gens sont plus honnêtes : lorsqu’ils font une bêtise, ils le disent tout de suite, même si, évidemment, il y a aussi des personnes de mauvaise foi ! »

© Capitaine Marine Rabasté

La MDC Angélique reconnaît toutefois que sa qualité de femme peut influencer certaines situations. « Parfois, on a affaire à des personnes qui sont hostiles à se faire contrôler par une femme. Dans ce cas, je préfère laisser mon camarade parler avec le contrevenant. Mais à l’inverse, ma présence apaise dans certaines situations. En fait, il faut que le travail se fasse, ça ne sert à rien d’entrer en conflit lorsque le contact ne passe pas. »

Des souvenirs ?

À l’issue de sa formation à Fontainebleau, la MDC Angélique a eu la chance de descendre à moto la plus belle avenue du monde, au sein du défilé du 14 juillet. « C’est mon meilleur souvenir en tant que motocycliste. On ressent une vraie fierté quand on descend les Champs Élysée à moto. » Quant aux souvenirs sur le terrain, toutes les missions réussies sont source de satisfaction pour la jeune motocycliste. « Quand on arrive à escorter à temps des ambulances et que ça permet de sauver la victime. Quand on arrête quelqu’un d’alcoolisé et que ça fait un danger de moins sur la route… Tout ça, c’ est une fierté du quotidien. »

Rares sont les mauvais souvenirs, mais il y en a pourtant qui marquent. « Un de mes camarades a été accidenté lors d’une mission à moto. Quand on voit son collègue voler, c’est marquant. Mais c’est la réalité du métier... »

Et s’il y avait un conseil à donner ?

« Il faut se donner les moyens de la réussite, avoir confiance en soi et dans ce qu’on fait. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas le permis moto qu’on ne peut pas passer les tests et qu’on ne peut pas les réussir. En se préparant techniquement et physiquement, il n’y a pas de raison de ne pas y arriver », conclut la MDC Angélique.