Portraits

Bérénice : de l’escrime à la reconversion

Auteur : lieutenante Floriane Hours - publié le
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© SIRPAG - N.BOULOT

Bérénice est à la tête du bureau de la valorisation et de la transition professionnelle de la gendarmerie nationale. Sous ses ordres, une soixantaine de personnes travaillent chaque jour pour accompagner les militaires vers une nouvelle carrière. Un métier qui n'était pas une évidence, mais qui est devenu, pour l’ancienne escrimeuse de haut niveau, une vraie vocation.

« La reconversion, c’est la contrepartie de la vie militaire. C’est la reconnaissance de la Nation pour tout l’engagement des militaires. » À 37 ans, Bérénice est à la tête du bureau de la valorisation et de la transition professionnelle de la gendarmerie nationale, un service qui accompagne tous les militaires, du grade de GAV (Gendarme Adjoint Volontaire) à celui de colonel, sur les questions de reconversion professionnelle. Sous ses ordres, se trouvent une soixantaine de personnes, dont douze travaillant depuis la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) et 48 autres réparties au sein des différents centres d’orientation et de reconversion situés au plus proche des bassins d’emploi, sur le territoire métropolitain, mais aussi en outre-mer.

« Nous accompagnons tous les militaires qui poussent la porte du bureau. On les aide à construire un projet professionnel et on met en œuvre tous les moyens pour qu’ils puissent travailler dans le secteur privé ou public lorsqu’ils quittent la vie militaire », précise-t-elle. Un travail d’accompagnement, de valorisation, de ressources humaines, mais aussi, en sa qualité de chef de bureau, de management, loin de sa formation initiale.

Un parcours 100 % gendarmerie

Travailleuse acharnée, à la personnalité plutôt discrète mais déterminée, Bérénice entre en gendarmerie en 2011 après un master de droit administratif à Bordeaux et un diplôme de l’Institut régional d’administration (IRA) de Metz. « Je ne suis pas d’une famille de militaires, je n’ai aucune culture militaire initialement, mais quand on est à l’institut régional d’administration, on choisit des postes par concours et je savais que je voulais la région parisienne, une administration centrale régalienne, et dans mon classement, il restait la gendarmerie. J’ai donc choisi sans trop savoir dans quoi je me lançais. »

Lorsqu’elle arrive sur son premier poste, à la section de la pension militaire et des recours, le colonel, chef du service, la prévient : « je crois que vous allez faire le métier le plus austère de la D.G. (Direction Générale de la gendarmerie, NDLR). » Une prédiction qui s’avère plutôt juste, du moins dans les premiers mois, mais que Bérénice va rapidement s’empresser de déjouer : « Je me souviens avoir reçu mon papier d’affectation. Déjà, je ne savais pas ce qu’était une solde. Quand on me l’a expliqué, je me suis dit “mais ça va être horrible” et en fait, à la fin, je m’éclatais à faire des reconstitutions de carrière. [...] J’avais l’impression d’être l’archéologue qui allait rechercher les textes », explique en souriant la fonctionnaire.

Après cette section, Bérénice enchaîne les postes, toujours en gendarmerie, et toujours avec la même envie : celle de faire avancer les projets, en s’adaptant à son environnement et à ses nouvelles affectations. Elle est ainsi nommée chargée de projet auprès du sous-directeur de la gestion du personnel, puis adjointe au bureau de la valorisation et de la transition professionnelle. Un poste qu’elle occupera durant trois ans, avant de prendre la direction dudit bureau.

Une main de fer dans un gant de velours

Au sein du bureau de la valorisation et de la transition professionnelle, Bérénice porte aujourd’hui deux casquettes. Sous la première, celle de cheffe de bureau, la fonctionnaire œuvre au quotidien pour faire connaître la gendarmerie, non plus seulement comme force de sécurité, mais aussi comme vivier de compétences. Pour cela, en 2020, les personnels de son service se sont formés au réseautage, une pratique qui consiste à entretenir et à enrichir les réseaux professionnels, pour pouvoir, ensuite, établir des liens directs entre les employeurs et les militaires souhaitant se reconvertir. Aujourd’hui, grâce à cette technique et au travail de l’ensemble des personnels du bureau, le service compte un portefeuille de 2 000 entreprises spécialisées dans divers domaines, allant du luxe au bâtiment, en passant par l’assurance, la banque, l’agroalimentaire,…

Sous sa seconde casquette, Bérénice chapeaute l’ensemble des actions du bureau et continue de recevoir certains militaires ou de gérer certaines situations. Un travail entre l’accompagnement R.H. et le soutien moral, où la bienveillance et l’empathie sont au centre des échanges. « C’est ça qui est beau dans ce métier, c’est qu’effectivement on accompagne l’humain. […] On les accompagne vraiment vers un nouveau rêve, mais aussi vers un nouveau passage de leur vie. On a ce grand écart où l’on est à la fois au côté des employeurs, des R.H., du monde privé, et au côté du militaire. C’est ce grand écart qui fait que c’est vraiment un très très beau métier. »

Championne du Monde d’escrime junior

Les changements de carrière, et plus largement de vie, sont des thématiques que Bérénice aborde avec d’autant plus de compréhension, qu’elle-même les a déjà vécus. En classe de CP, à l'âge où les enfants apprennent à lire et à compter, la jeune Bourguignonne se découvre une passion qui ne la quittera plus : l’escrime. Douze ans plus tard, elle décroche la médaille d’or et le titre de championne du Monde en équipe junior. Durant de nombreuses années, sa vie va être rythmée par ce sport, où elle s’impose en haut du palmarès français, puis mondial. Une pratique à haut niveau qui se termine en 2008, à la porte des J.O. de Pékin. « Après avoir raté ma sélection pour ces J.O., je me suis quand même dit qu’il fallait que je me réoriente sur mes études. » De ces 19 années de sport à haut niveau, Bérénice garde aujourd’hui des qualités humaines mais aussi managériales. « Ici, il y a aussi l’esprit d’équipe qui s’est développé pour apprendre à manager l’ensemble du bureau. Parfois, j’ai effectivement l’impression d’être comme dans une équipe sportive, d’avoir le même regard et le même entrain que lorsqu’on est chef d’une équipe sportive », indique Bérénice avec un grand sourire, avant de poursuivre : « Le sport m’a apporté beaucoup de persévérance. Souvent, dans l’administration, on monte des dossiers, et finalement, ça ne donne rien. Et je n’ai jamais d’aigreur vis-à-vis de ça, parce que finalement, dans le sport, on apprend toujours plus dans la défaite que dans la victoire. Quand on porte un dossier, c’est pareil, même si ça n'aboutit pas, il en restera toujours quelque chose. »

Aujourd’hui, plus convaincue que jamais par sa vocation pour le service public, Bérénice entame sereinement son deuxième semestre au poste de cheffe de bureau. Dans deux ans et demi, elle devra de nouveau quitter son poste pour de nouveaux horizons, cette fois loin de la gendarmerie. Une institution qui, il y a onze ans, lui était inconnue et qui, aujourd’hui, fait partie intégrante de sa vie et de ses valeurs.