Portraits

Élena, une nouvelle venue dans le cercle restreint des tireurs d’élite de la gendarmerie

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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© GTA

Le cercle des tireurs d’élite de la gendarmerie est aussi restreint que masculin. Pour autant, il n’est pas fermé aux candidates féminines. Si elle n’est pas la première à intégrer cette technicité, la MDC Élena, qui sera prochainement affectée au Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie des transports aériens de Roissy, est actuellement la seule à la pratiquer au sein de l’Institution. Retour sur un parcours motivé par le goût de l’intervention.

À tout juste 29 ans, la MDC Élena vient d’entrer dans le cercle fermé des tireurs d’élite de la gendarmerie. Une fierté pour cette jeune mère de famille, qui a toujours ambitionné de travailler dans le domaine de l’intervention depuis ses débuts en gendarmerie, il y a un peu plus de dix ans.

C’est alors en qualité de Gendarme adjoint volontaire (GAV) au sein de la Gendarmerie des transports aériens (GTA), qu’elle fait ses premiers pas au sein de l’Institution : « J’étais attirée par le métier militaire, mais j’ai pensé que la gendarmerie me permettrait de concilier une carrière dans cette branche avec une vie de famille. Avant d’y entrer, je ne connaissais pas du tout. »

Au contact du Peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie des transports aériens (PSIGTA), elle découvre alors le volet intervention, qui la « fascine ».

Le choix d’une carrière en gendarmerie

L’expérience est positive et au bout de deux ans, la jeune femme passe le concours de Sous-officier de gendarmerie (SOG) et intègre l’école de Chaumont en 2012. Les semaines de formation confortent sa passion pour l’intervention professionnelle. À sa sortie d’école, dix mois plus tard, elle s’oriente vers la gendarmerie départementale, car « à l’époque, la mobile n’était pas encore ouverte aux femmes. »

Tandis que son conjoint, rencontré à la GTA et qui a réussi le concours SOG en même temps qu’elle, est affecté à l’escadron de gendarmerie mobile de Melun, Élena fait ses premiers pas en G.D., au sein de la brigade de Saint-Mamert-du-Gard. « Cela n’avait rien à voir avec ce que j’avais pu voir ou faire jusqu’alors. C’est vraiment là que j’ai vu ce qu’était le métier de gendarme, d’autant plus dans une petite brigade fille. On était énormément sur le terrain, les interventions étaient nombreuses. »

Au bout de deux ans, enceinte de son premier enfant, la gendarme fait une demande de permutation pour se rapprocher de son conjoint et arrive à la communauté de brigades d’Écouan. Pendant les trois années passées dans cette unité du Val-d’Oise, elle ne perd pas son objectif de vue : intégrer la filière intervention. « Mais je savais que ce serait plus dur, en tant que femme, d’incorporer un PSIG sans avoir au préalable acquis une technicité particulière. J’ai répondu à plusieurs reprises à des appels à volontaires pour devenir maître de chien, mais la technicité est très demandée et je n’ai pas pu y accéder, contrairement à mon conjoint, qui du coup a rejoint le PSIGTA de Roissy en tant que maître de chien. »

Coup de foudre pour la technicité de tireur d’élite

Dans le cadre de la gestion de couple, Élena intègre la GTA en septembre 2018, d’abord à Paris, puis un an plus tard, alors qu’elle attend sa deuxième fille, au Centre d’opérations et de renseignement (CORG), à Roissy.

C’est alors qu’elle va découvrir de près le métier de Tireur d’élite gendarmerie (TEG). « Quand j’étais GAV, c’étaient encore des contre-tireurs. Je voyais plus ou moins ce qu’ils faisaient, mais à cette époque c’était très loin pour moi. Quand le référent T.E. de la GTA, l’ADC Benoît, a présenté la technicité et fait une démonstration lors d’une journée découverte, j’ai eu une révélation. »

Si elle garde l’idée dans un coin de sa tête, juste à côté de celle d’intégrer un PSIG, Élena est alors persuadée que ce n’est pas à la portée de tous. « J’étais consciente que c’était un métier difficile. Il ne suffit pas de simplement se poser sur un toit avec une arme. Il y a de nombreux paramètres à prendre en compte : la distance, le vent… Il faut savoir faire les contre-visées avec son arme, qui doit être préalablement bien réglée. C’est beaucoup de maths, du moins du calcul mental, ce qui n’est pas trop mon domaine de prédilection. »

Et puis, en janvier 2020, un échange avec un autre moniteur T.E. l’encourage à se lancer dans l’aventure et à se présenter aux tests. « Ma deuxième fille était née deux mois plus tôt, je venais juste de reprendre le sport et je n’avais pas encore récupéré ma condition physique. Même s’ils ne recherchent pas forcément un physique, il faut quand même réaliser les minima. Alors je m’y suis mise sérieusement. D’autant qu’il n’y a pas de barème spécifique pour les femmes sur l’épreuve sportive. Tout le monde doit faire 5 tractions, 20 pompes, 8 kilomètres en 50 minutes et 40 abdos. »

Deux jours de tests intensifs

Octobre arrive et avec lui les deux journées de sélection, qui réunissent les candidats de la GTA et de la Garde républicaine. Au côté d’Élena, une autre femme tente sa chance. Les candidats ont l’obligation de se présenter aux tests avec un « sac à dos 48h ». Après les épreuves physiques et des évolutions sur des gouttières ainsi que sur des câbles, pour tester leur appréhension de la hauteur, ils sont interrogés sur leurs connaissances de la technicité, puis testés sur leur maniement du Famas. Cette première journée se poursuit par une course d’orientation nocturne. Après quelques heures à peine de sommeil, les gendarmes enchaînent les séquences de tir éliminatoires, avant de passer en entretien individuel avec les instructeurs T.E.

Deux semaines d’instruction

Éligible à la formation initiale TEG organisée par la GTA, Élena suivra une instruction de deux semaines en décembre 2020. Commune à la GTA et à la G.R, elle se déroule au CFIM de Caylus, avec le renfort d’un réserviste du GIGN, Pierre B. « Nous étions évalués en continu. La qualification n’était pas gagnée d’avance. Nous avons dû intégrer de nombreux actes réflexes, des moyens mnémotechniques pour procéder aux vérifications et aux réglages de l’arme, de la lunette, déterminer le vent… En somme, toutes les démarches intellectuelles nécessaires avant d’appuyer sur la détente. Chaque jour, nous enchaînions les séances de tir à différentes distances, jusqu’à 400 mètres, sur des cibles fixes et mobiles. Il nous fallait alors effectuer notre tir après avoir calculé la vitesse de la cible et intégré celle du vent, explique Élena, qui s’était remise au calcul mental avant la formation. Et je dois dire que c’était une satisfaction de voir la cible s’abaisser. Nous avons aussi fait du combat en camouflage, car un tireur doit être invisible. Puis le soir, vers 22 heures/23 heures, nous avions des cours théoriques en salle. »

Une formation intense que la militaire a vécue comme « un privilège » : « même si je n’avais pas eu la qualification, j’aurais été heureuse d’y avoir participé. » Une question qui ne se pose pas, puisqu’Élena a quitté le stage sa qualification en poche.

Le rêve devient réalité

Actuellement toujours au CORG, la gendarme devrait rejoindre le PSIG de Roissy au plus tard l’été prochain. « C’est la première fois que quelqu’un réussit cette qualification avant d’être en unité d’intervention. N’étant pas encore au PSIG, je ne prends pas part aux permanences T.E., mais je suis toutes les instructions. Cette technicité nécessite un drill permanent. Ensuite, en dehors des missions T.E. et des entraînements, je serai en mission avec le PSIG, explique-t-elle, avant d’avouer dans un souffle : « J’aurais simplement intégré le PSIG, j’aurais été ravie. Tireur d’élite, c’est un rêve qui devient réalité. J’en suis fière. C’est un métier passionnant. Il nécessite de la patience, de l’endurance et de la rusticité, parce que les missions se passent en extérieur, par tous les temps et souvent dans la durée. Comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas juste être posé là à attendre. Nous sommes en surveillance active pour protéger les autorités d’une potentielle menace. »

Consciente qu’elle devra faire sa place dans cet univers, Élena avoue déjà se sentir bien au sein des tireurs d’élite : « J’aime la mentalité qu’ils ont et qu’ils souhaitent conserver. Tout le monde s’entend bien. Je ne me sens pas plus à part qu’un autre nouveau venu parce que je suis une femme. »

Et la vie de famille dans tout ça ? « Je m’étais renseignée en amont sur le système de permanence. Cela nécessitera de l’organisation, mais ça a toujours été le cas en étant un couple de gendarmes. Ça se gère, d’autant qu’on connaîtra les permanences un mois à l’avance et que ma famille est à proximité. »

Aujourd’hui, cette réussite, Élena la voit comme une porte ouverte pour ses camarades féminines, non seulement vers sa technicité, mais aussi vers d’autres, tout autant réputées masculines : « Je me suis donné les moyens, tant physiquement qu’intellectuellement. Dès lors qu’on est déterminé, on peut y arriver, j’en suis la preuve ! »