Portraits

Julie, gradée de gendarmerie et interlocutrice privilégiée des agriculteurs

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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© D.R.

Alors que les agriculteurs sont régulièrement victimes d’infractions, le a souhaité renforcer ses liens avec le monde rural, en instituant des référents agricoles dans ses unités. Une mission toute trouvée pour Julie, qui a toujours eu un pied en brigade et l’autre dans la ferme !

De par son maillage territorial, la gendarmerie a toujours été particulièrement proche du monde rural. Les agriculteurs et leurs exploitations étant régulièrement la cible d’infractions depuis quelques années, la gendarmerie a souhaité mieux les accompagner à travers la cellule Demeter, créée il y a tout juste un an. Dans cette même perspective, le Groupement de gendarmerie départementale de l’Orne (GGD 61), particulièrement rural, avec près de 4 500 exploitations sur son territoire, a innové en faisant appel, en janvier dernier, à des gendarmes volontaires pour devenir référents agricoles au sein de chaque unité.

Une double vocation

Une mission dont s’est emparée avec enthousiasme Julie, adjudante à la brigade de Sées, qui n’a clairement jamais eu les deux pieds dans le même sabot ! « J’ai toujours vécu à la campagne. Plus jeune, j’ai d’abord voulu m’orienter vers des études de vétérinaire, puis je suis partie en sport-études équitation, avant de finalement opter pour la gendarmerie. J’ai d’abord été affectée dans l’Eure, puis dans l’Orne, où j’ai rencontré mon mari ».

Et devinez quoi ? Tout comme sa grand-mère, l’homme qui partage sa vie est… Agriculteur ! Un détail non négligeable lorsqu’il s’agit justement de recréer du lien entre la gendarmerie et les exploitants.

« C’est devenu plus difficile depuis quelques années, avec les brigadiers qui enchaînent les interventions et auxquels on attribue de plus en plus de missions. Nous sommes là pour faire le lien entre les agriculteurs et les collègues. Quand j’arrive dans une ferme, je sais de quoi il s’agit, nous parlons la même langue, alors tout de suite le contact s’établit plus facilement. Cela permet de désamorcer certaines situations, de leur rappeler qu’il faut nous appeler pour signaler les faits, car ils n’ont pas forcément le réflexe », remarque-t-elle.

La sécurité est dans le pré

Divagations, incendies, vols, agribashing, mais aussi mutilations d’animaux depuis quelques mois, le monde rural a plus que jamais besoin de travailler en lien direct avec la gendarmerie. Au-delà du contact avec les exploitants, Julie et les autres référents ont d’autres missions : « Nous sommes aussi là pour conseiller notre hiérarchie dans l’orientation du service pour lutter contre certains phénomènes observés, comme les vols de GPS sur les tracteurs. Nous faisons également beaucoup de prévention, en lien avec les référents sûreté, qui peuvent se déplacer pour visiter l’exploitation et établir des diagnostics de sécurité gratuitement. »

La référente a aussi vocation à répondre aux questions de ses collègues sur le sujet mais, pleine d’humilité, elle s’exclame : « Même avec un mari exploitant, je suis loin de tout connaître ! Néanmoins, je suis curieuse et je continue d’apprendre ».

Ainsi, l’adjudante a déjà pu suivre une journée de sensibilisation avec ses autres collègues référents et des élèves gendarmes. Cette formation très technique leur a notamment permis de mieux connaître les organismes intervenants (Direction départementale des territoires, Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations, Chambre d’agriculture, etc.).

La cellule renseignement du groupement leur transmet aussi régulièrement des fiches thématiques pour qu’ils se mettent à jour sur des sujets d’actualité ou de culture générale (mutilations des équidés, politique agricole commune, chasse à courre, foncier agricole, etc.).

Semer quelques bons conseils

La crise sanitaire n’a malheureusement pas permis à l’adjudante de se réunir autant qu’elle le voulait avec les dix autres référents et de faire la tournée de toutes les fermes de son secteur. Alors, au-delà des dépliants de sensibilisation qu’elle a commencé à distribuer, elle délivre ici quelques bons conseils à destination des professionnels : « C’est souvent du bon sens, et certaines choses sont applicables relativement facilement : éviter de laisser les clés sur les véhicules, mettre en place un système d’alerte ou de vidéosurveillance aux endroits clés, comme la cuve à fuel ou l’atelier de transformation. Si c’est trop onéreux, un système d’éclairage à détecteur de mouvement peut déjà être très efficace et c’est un confort pour l’exploitant qui travaille aussi la nuit, notamment l’hiver ! »

Quelle que soit la situation, la militaire insiste sur un point : « Ne pas intervenir soi-même ! Je rappelle toujours aux exploitants que le mieux reste de prendre toutes les informations possibles sur le moment et de nous prévenir dès que possible en composant le 17 ». Un réflexe qu’ils ont davantage depuis la mise en place des référents, les gendarmes ayant des remontées d’informations beaucoup plus régulièrement.

En espérant que la Covid-19 ne soit bientôt qu’un lointain souvenir, Julie a déjà des projets en tête : « J’aimerais faire visiter à mes collègues une exploitation, sûrement en plusieurs fois, par petits groupes, afin de démystifier la ferme et de faire tomber tous les clichés qu’ils peuvent avoir à ce sujet. »