Portraits

La vie au sein d’un Groupe d’observation et de surveillance : témoignage de l’adjudante Cassandre

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃7 min.
© MI DICMO - ADC F. Pellier

Âgée de 29 ans, l’adjudante Cassandre fait partie du Groupe d’observation et de surveillance (GOS) de Metz depuis 5 ans. Entre vie professionnelle et vie personnelle, elle explique tout sur son quotidien au sein de cette unité spécialisée.

À quoi ressemble la vie au sein d’un GOS ? Comment concilier l’imprévu du métier avec sa vie personnelle ? L’adjudante Cassandre répond aux questions de la rédaction de Gend’Info afin de partager son expérience.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, quelles sont les raisons qui vous ont poussée à entrer en gendarmerie ?

Je suis fille de gendarme et j’ai grandi en caserne, c’est un milieu dans lequel je baigne depuis que je suis née. Lorsqu’il a fallu choisir ma voie, c’est donc tout naturellement que j’ai été attirée vers l’Institution. J’ai d’abord exercé un an en tant que gendarme adjoint volontaire, dans le sud de la France, puis j’ai rejoint l’école de sous-officiers de Montluçon, avant d’être affectée pendant cinq ans à la brigade de proximité de Moussey, en Moselle. Une toute petite brigade, puisque nous étions cinq à l’effectif ! Au début, je voulais être Technicien en identification criminelle (TIC). Comme beaucoup, je regardais les séries sur la police technique et scientifique et je m’imaginais bien dans ce milieu. Mais rapidement, c’est le domaine judiciaire qui m’a vraiment intéressée.

Comment êtes-vous arrivée au Groupe d’observation et de surveillance ?

Étant affectée en gendarmerie départementale, je connaissais évidemment l’existence des brigades et des sections de recherches. Mais rien sur les GOS. C’est mon ancienne tutrice qui m’en a parlé. Elle avait intégré un GOS et m’a raconté ce qu’elle faisait, quelles étaient ses missions… Ça m’a vraiment plu et j’ai directement su que c’était ce que je voulais faire ! Dès que j’ai rempli les conditions, j’ai postulé aux tests. La même année, je présentais également l’examen d’Officier de police judiciaire (OPJ). J’ai réussi les deux, on peut dire que ce fut une bonne année !

Comment avez-vous vécu la formation ?

Tout d’abord, il y a une semaine de sélection au cours de laquelle on dort peu et où on teste notre résistance. Ensuite, il y a le stage de neuf semaines, qui permet de nous former complètement à notre futur métier. Qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre, j’ai adoré et cela m’a confortée dans mon souhait de rejoindre un GOS. Même si je n’avais pas été sélectionnée à la fin, ce qui heureusement n’a pas été le cas, cela m’aurait fait une bonne expérience, et j’aurais eu la satisfaction d’être allée jusqu’au bout !

© CNE G. Pupin

Quelles sont vos fonctions au sein de l’unité ?

En tant qu’adjudante, je suis régulièrement amenée à être chef de mission. Je contacte les enquêteurs et je mets en place des dispositifs d’observation et de surveillance. Généralement, j’ai à ma disposition un groupe de 8 à 10 militaires du GOS. Lorsque la direction de la mission est prise par un de mes supérieurs, je suis équipier, au même titre que mes camarades. Ce qu’il y a de bien au GOS de Metz, c’est qu’il n’y a pas de rivalités au sein du groupe. Tout se passe bien, que je dirige la mission ou que je la réalise.

Quelles sont les missions d’un GOS au quotidien ?

Cela dépend des dossiers en cours au niveau des Section de recherches (S.R.). Nous faisons de l’observation et de la surveillance lors d’enquêtes concernant les trafics d’armes et de stupéfiants, ou encore la délinquance itinérante. Nous en avons beaucoup au niveau de Metz. Notre rôle est de suivre les suspects, de baliser leur véhicule, afin de trouver les éléments de preuve concrets qui permettront aux enquêteurs de résoudre leur affaire. Nous pouvons également procéder à des interpellations en milieu ouvert, mais nous ne sommes pas habilités à effectuer les domiciliaires, sauf péril imminent.

Être une femme fait-il une différence ?

Je n’ai jamais vécu de différence de traitement relative au fait que je sois une femme. Je me couche sous les voitures ou planque dans la végétation au même titre que mes camarades masculins. On n’échappe pas aux stéréotypes selon lesquels, dans la rue, un homme et une femme ensemble sont plus discrets en observation que deux hommes ou deux femmes. Mais je ne suis pas pleinement convaincue que cela soit vrai. Bien sûr, dans certaines situations ce sera le cas, mais pas dans toutes. C’est avant tout une question de personnes et de profils. Un enquêteur avec plein de tatouages ou de piercings ne sera pas discret dans certains milieux, qu’importe que ce soit un homme ou une femme.

Combien êtes-vous de femmes au GOS ?

Aujourd’hui 15 % des enquêteurs de GOS sont des femmes, soit environ 1 ou 2 par unité. Pour les sélections, les tests sont les mêmes que pour les hommes. Une fois en unité, la seule différence est qu’il y a moins de profils disponibles, comme nous sommes moins nombreuses. Plus il y aura de femmes, plus il y aura de profils, donc plus ce sera intéressant. Je pense qu’il faudrait au moins cinq femmes par GOS pour cela.

Quel est votre rythme de travail ?

Il n’y a pas de rythme fixe, c’est ça le plus compliqué, car il est difficile de prévoir à l’avance des activités. Notre emploi dépend des personnes que l’on suit, si elles sont actives le matin ou plutôt le soir… On se cale sur leur rythme. Concernant les déplacements, on en fait quelques-uns dans l’année, mais avec l’augmentation du nombre de GOS, le maillage territorial nous permet d’en limiter le nombre. Mis bout à bout, cela équivaut à 6 à 7 semaines par an.

Cela est-il compatible avec une vie de famille ?

Bien sûr ! Je suis pacsée et j’ai un enfant de 8 mois. Mais il est essentiel d’être entouré de gens qui comprennent et acceptent l’imprévu. On peut être amené à annuler un dîner chez des amis à la dernière minute par exemple. Il y a aussi des avantages à ne pas avoir d’horaires fixes. On commence rarement à 8 heures le matin, sauf lorsque l’enquête le nécessite. Chaque matin, je peux emmener mon enfant à la crèche sans problème. A contrario, je ne suis jamais sûre de pouvoir le récupérer. Pour ça, il vaut mieux compter sur ma compagne, qui est sous-officier du Corps de soutien technique et administratif (CSTAGN) et qui a des horaires définis !

Par ailleurs, il y a une très bonne cohésion au sein du groupe. Nous nous arrangeons entre nous quand quelqu’un a un impératif. À côté du boulot, je pratique le handball à haut niveau et je fais notamment partie de l’équipe de France militaire et de la gendarmerie. Je rate rarement un entraînement. La preuve qu’être en GOS n’empêche pas d’avoir une vie personnelle ! Cela nécessite juste de bien conjuguer les deux.

Pour conclure, qu’est ce qui vous plaît le plus au sein du GOS ?

L’adrénaline ! Lorsqu’on pose une balise, on ne sait jamais réellement le temps dont on dispose, même si la surveillance nous permet de le déterminer approximativement. Il y a toujours cette petite incertitude qui crée l’adrénaline. Quand on fait de l’observation, il y a certes beaucoup d’attente, mais celle-ci est largement compensée par les phases dynamiques. Mon meilleur souvenir, par exemple, c’est ma première pose de balise. Elle s’est faite directement sous les fenêtres de l’objectif et ses volets n’étaient pas complètement fermés… C’est vivifiant ! Je vois ça comme une sorte de jeu et j’adore ce que je fais. De manière plus générale, c’est intéressant, car on est au plus près de l’enquête. On amène des photos, des vidéos qui permettent aux unités de résoudre leurs dossiers. Car aujourd’hui, les magistrats demandent des preuves très concrètes pour prouver la culpabilité d’un mis en cause.