Portraits

Le major David : le courage à l’épreuve des balles

Auteur : la lieutenante Floriane Hours - publié le
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© Gendarmerie nationale

Depuis 30 ans, le major David œuvre au sein de la gendarmerie, à la garde républicaine, en gendarmerie mobile, en brigade et, enfin, au PSIG de Lucé, dont il est, depuis quelques années, le commandant. Une carrière exemplaire et une vie bien remplie qui, le mercredi 9 décembre 2020, a bien failli basculer, lorsque, sur une intervention, un individu lui tire dessus. L’une des balles est arrêtée par le gilet pare-balles, l’autre non. En tant que blessé de la gendarmerie et pour son action héroïque durant cette intervention, le major recevra le 15 juillet, lors de la cérémonie des « héros du quotidien », la médaille de la gendarmerie.

Mercredi 9 décembre 2020, à la suite d’une longue enquête menée par la Brigade de recherches (B.R.) de Lucé et la Communauté de brigades (COB) de Maintenon, le PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie) de Lucé, en Eure-et-Loir, se prépare à intervenir pour interpeller, dans la commune de Chérisy, un homme soupçonné de prostituer sa femme.

Connu pour des délits routiers mineurs, il n’est pas identifié comme étant un individu dangereux. Néanmoins, au vu de la situation géographique de sa résidence, située sur un petit chemin traversant un étang, un dispositif conséquent de 23 gendarmes est tout de même déployé. Parmi eux se trouvent deux membres de la B.R., cinq personnels de brigade, treize personnels du PSIG, le commandant de la compagnie et son adjoint, ainsi qu’une équipe cynophile.

« Je sens un impact sur ma poitrine »

À 8 heures du matin, dans la fraîcheur hivernale, le top est donné à l’intervention. Sur les onze gendarmes du PSIG présents dans la colonne d’assaut, huit sont en première ligne, parmi lesquels trois Gendarmes adjoints volontaires (GAV), quatre sous-officiers et le commandant du PSIG, le major David. Les habitations se trouvant en grande partie sur pilotis, au-dessus de l’étang, le gilet lourd, jugé trop dangereux en cas de chute dans l’eau, n’est pas revêtu. Malgré cette sensibilité, l’intervention paraît, au premier abord, tout à fait banale. Et pourtant, lorsque le major pénètre avec ses camarades dans la cour intérieure, qu’un hurleur se met en route et qu’un projecteur est braqué sur eux, très vite, il comprend que les choses ne vont pas bien se passer.

« Des interpellations domiciliaires où l’alarme se déclenche, ça arrive à tous les PSIG, mais là, ce n’était pas ça ; on n’avait pas attaqué la porte. Là, on est sur un chalet, un pauvre chalet de pêche. » Suivant son intuition, le major reste devant la porte, en appui de son camarade, l’adjudant Nicolas, qui se prépare à enfoncer la porte, quand soudain, il sent un premier impact sur la poitrine.

Très rapidement, un deuxième coup de feu retentit. Le major comprend que cette fois, il vient de prendre une balle dans l’épaule. « À ce moment-là, on m’extrait de la cour, tout le monde sort [de la cour], et se met en appui sur le chemin. On se rend ensuite vite compte que l’individu n’est plus derrière la porte, mais qu’il doit être ailleurs et qu’il continue à tirer, parce qu’on entend les coups de feu et que l’on voit les camarades, qui sont en bouclage à une vingtaine de mètres de nous, lever leurs armes en direction du toit du chalet et se protéger le visage ou se mettre au sol. » Immédiatement, le major et le commandant de compagnie, le capitaine Matthieu, comprennent que la situation, loin de se stabiliser, peut dégénérer à tout moment. Sans plus attendre, ils prennent alors une décision : entrer dans la maison, monter sur le toit et neutraliser l’individu.

« Il jette son arme et me sourit »

Malgré sa blessure et la balle logée dans son épaule, le major se relève, porté par l’adrénaline et par la peur de perdre l’un de ses gendarmes. Avec son capitaine et deux de ses sous-officiers, il enfonce la porte d’entrée et entre dans la maison. Dans l’habitation, se trouve la femme de l’individu, qui sera mise en sécurité. Les gendarmes rejoignent la terrasse arrière et se préparent à monter sur le toit, où l’individu, armé d’un semi-automatique de calibre 6.35, les attend. « Dès que j’arrive en haut de l’escalier, il me présente de suite les épaules. Je vois qu’il n’a plus rien, qu’il n’a plus son arme. C’est la première chose que je regarde. Avant de regarder ses yeux, je regarde ses mains. Puis je monte les trois marches, je le braque avec mon arme, je suis à deux mètres de lui et il est comme ça, il me montre ses mains, il esquisse un sourire et là, il lâche le chien. »

Immédiatement, l’un de ses sous-officiers et son commandant de compagnie, positionnés juste derrière lui, maîtrisent l’animal, avant que le troisième gendarme présent sur le toit, le maréchal des logis-chef Francis, ne prenne en charge l’individu qui, à court de munitions, a lâché son arme. « Quand mon collègue le met au sol et que le chien est maîtrisé, d’un coup, on sait que ça va mieux. Alors je me penche, je regarde les collègues de la brigade, en bas. J’ai juste le temps de leur demander si ça va et là, la douleur devient terrible. »

À 8 h 11, soit 10 minutes seulement après le début de l’intervention, le SMUR est appelé et le major est transporté en urgence à l’hôpital de Dreux, où un grand spécialiste, justement de passage dans la ville, accepte de l'opérer.

Saint-Just : une onde de choc

Onze jours seulement après cette intervention, alors que le major se remet de l’opération, un drame secoue la famille de la gendarmerie. Alors qu’ils interviennent sur un cas de violences intra-familiales, trois gendarmes de la compagnie d’Ambert, dans le Puy-de-Dôme, décèdent sous les balles de l’homme qu’ils venaient interpeller. Pour le major, c’est une nouvelle onde de choc. « C’est comme si Saint-Just avait déclenché quelque chose, comme si ça m’avait dit : tiens, regarde, regarde ce qui aurait pu se passer. [...] Dans mes cauchemars, je ne suis pas touché, mais j’ai mes GAV qui tombent, c’est un sentiment terrible, terrible. [...] Les premières fois, vous vous réveillez en sursaut, trempé, vous vous dites punaise, il s’est passé quoi ? Je mets du temps à me dire qu’ils sont tous là, que tout va bien. »

La reconstruction

Il faudra plusieurs mois au major pour se remettre physiquement et psychologiquement de cette intervention qui a failli lui coûter la vie. Aujourd’hui, sept mois plus tard, il en dresse le bilan. « Ce que j’ai retenu ? Qu’il n’y avait pas de petites interventions. Après, nous ne l’avions pas pris à la légère, c’est d’ailleurs ce qui nous a permis de tenir le coup. Elle avait été particulièrement bien préparée. Mais voilà, il faut tout prendre au sérieux. […] Pour mon équipe ? Disons que maintenant, sur toutes les interventions, je fais très attention de savoir où ils sont. Et sur toutes les interventions, aussi minimes soient-elles, nous avons le gilet lourd et le bouclier balistique à proximité. »

Une bonne préparation donc, mais surtout une équipe au sang-froid, au courage et au calme remarquables. C’est, selon le major, ce qui a permis à cette intervention de trouver une issue favorable. « Le sang-froid dont tout le monde a fait preuve... C’est incroyable. Même mes jeunes gendarmes. Si le dénouement a été favorable, c’est grâce à eux. »

La médaille de la gendarmerie

Invité dans les tribunes du 14 juillet pour voir le défilé, le major sera mis à l’honneur lors de la cérémonie des héros du quotidien, le 15 juillet, aux Invalides, au cours de laquelle il recevra la médaille de la gendarmerie. Une très grande fierté pour celui qui, déjà enfant, n'avait qu’un rêve : devenir gendarme. Une vocation qui, 30 ans plus tard, est toujours aussi forte.