Portraits

Le major Emmanuel : blessé alors qu’il protégeait la caserne du danger

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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© D.R.

Affecté à la brigade de La Chapelle-sur-Erdre (44) depuis trois ans, le major Emmanuel était de service, le 28 mai dernier, lorsqu’un homme a agressé une policière municipale et s’est emparé de son arme avant de s’enfuir. Chargé d’organiser la sécurisation de la caserne alors que ses collègues recherchaient l’individu, il s’est retrouvé directement face à la menace.

Au petit matin du 28 mai dernier, le major Emmanuel, affecté à la brigade de La Chapelle-sur-Erdre (44), est descendant de nuit et s’apprête à se reposer après avoir assuré le service avec ses deux collègues. Mais en fin de matinée, il reçoit un appel d’un camarade lui relatant des faits très graves qui viennent de se produire dans cette commune de l’agglomération nantaise. Une policière municipale s’est fait agresser à coups de couteau par un homme qui a fui après s’être emparé de son arme.

Une priorité : protéger les siens

Le major reprend tout de suite ses réflexes de gradé : « Le planton est seul à l’unité alors que les autres sont partis à la recherche de l’individu. Il faut sécuriser la brigade ! J’appelle les deux collègues qui ont fait la nuit avec moi et je leur explique la situation. À notre arrivée à l’unité, c’est l’effervescence. Le commandant de compagnie et l’officier adjoint territorial montent un P.C. opérationnel. Ils me sollicitent pour orienter les recherches vu ma bonne connaissance du territoire. » Emmanuel leur apporte son assistance mais a toujours en tête la sécurité de la caserne, qui n’est qu’à deux petits kilomètres du poste de la police municipale. « Je demande que les familles restent bien en sécurité chez elles et je nous positionne, moi et mes deux collègues, à des endroits stratégiques de l’enceinte. »

L’intuition comme un sixième sens

Son pressentiment s’avère vite exact, puisqu’une fois dans la cour de la brigade, il entend des coups de feu retentir et une riposte s’en suivre. « Je pense tout de suite à mes deux hommes et je cours vers celui qui me semble être le plus proche de l’action pour qu’il ne soit pas tout seul. » Ce dernier lui explique que les gendarmes mobiles étaient en train d’effectuer une vague de ratissage lorsque des coups de feu ont été tirés derrière la brigade. « Tandis qu’il me raconte cela, j’entends une voix derrière moi s’écrier : « Il est là, il est là ! » Je distingue alors un homme à une cinquantaine de mètres, mais je ne suis pas sûr que cela soit l’individu recherché au vu du signalement. Je vois son bras se lever, il peut s’agir d’un témoin qui souhaite nous indiquer une direction, mais je nous sens en danger, alors je me mets aussitôt de profil et entraîne mon collègue avec moi. » Sans le savoir, cette dernière intuition vient de leur sauver la vie !

Miraculé après avoir frôlé le pire

« Je sens une brûlure à l’avant-bras et à l’abdomen et mon bras est maculé de sang. Je regarde mon gilet pare-balles, mais je ne vois rien. Nous sommes immédiatement rejoints par un gendarme du PSIG (Peloton de Surveillance et d’Intervention de Gendarmerie, NDLR) et je remarque seulement alors que des renforts sont arrivés. »

Tandis qu’il est pris en charge par les pompiers, Emmanuel entend que l’assaillant vient d’être neutralisé. On lui retire son gilet pare-balles et il remarque alors un détail. « Je vois le gilet passer devant moi et je les arrête. La balle est venue se loger là, à un centimètre au-dessus de mon abdomen ! C’est la même qui nous a touchés moi et mon collègue. Je leur dis qu’il faut absolument confier mon gilet aux TIC. » Avec le recul, le major comprend qu’ils ne sont pas passés loin du drame. « C’étaient des conditions apocalyptiques, mais les réflexes militaires reviennent vite. On est conditionné avec les instructions sur les tueries de masse ou encore les entraînements au tir, où on apprend à bien observer son environnement. »

Pas de peur, mais des liens indéfectibles

Certes, après 32 ans de carrière, dont 24 passés en brigade, et une expérience outre-mer, Emmanuel connaît la tension et la montée d’adrénaline. Mais c’est la toute première fois qu’il est confronté à un tel danger. « Selon moi, nous avons fait l’objet d’une attaque terroriste. C’est la partie famille, c’est notre intimité qui a été touchée. J’aurais pu faire usage de mon arme, mais l’expérience permet de prendre du recul. »

Aujourd’hui, il parvient à « évoquer la situation sans peur » et échange beaucoup avec ses collègues, notamment l’autre blessé, mais aussi un troisième qui a riposté depuis chez lui pour les protéger. « Nous sommes très proches, nous sommes devenus frères d’armes. »

 J’avais sécurisé l’événement quand j’étais jeune mobile, mais c’est la toute première fois que je défile. J’en suis très honoré, d’autant que la gendarmerie départementale et les primo-intervenants sont mis à l’honneur cette année. Symboliquement, c’est énorme ! »

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