Portraits

Le MDC Maxime a sauvé un homme de la noyade

Auteur : Antoine Faure - publié le
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© D.R.

Affecté à la Brigade nautique d’Arcachon, le maréchal des logis-chef (MDC) Maxime a sauvé un homme d’une mort certaine lors d’une sortie en kitesurf. Récit d’un acte empreint de sang-froid pour lequel il a été mis à l'honneur par la gendarmerie comme héros du quotidien.

Ce 9 octobre 2019, les conditions sont idéales sur le lac de Cazaux et de Sanguinet, au nord de Biscarosse. Les kitesurfs sont de sortie. Éole gonfle les voiles de ce ballet aérien, désormais rituel partout où il y a de l’eau et du vent. Maxime, grand passionné de sports de glisse et gendarme de profession, affecté depuis moins d’un an à la Brigade nautique (B.N.) d’Arcachon, prépare son matériel, puis fait décoller son aile.

De la montagne à la nautique

Maxime est entré en gendarmerie en 2007. Une idée soufflée par son grand-père, qui a fini sa carrière comme adjoint au commandant du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Gers, avec le grade de lieutenant-colonel. Le jeune homme était alors en fac de sport, « mais aimer le sport et l’enseigner, ce sont deux choses très différentes », relève-t-il avant d’ajouter : « La gendarmerie me permet de suivre des voies et de vivre des expériences diverses. C’est ce que m’avait dit mon grand-père et il avait raison. »

Après une première affectation de quatre ans en montagne, comme gendarme adjoint volontaire à la brigade de Bagnères de Luchon, il entre à l’école de sous officiers de Montluçon, dont il sort en 2012 pour rejoindre la brigade de Langon, en Gironde. « Il y avait une forte activité judiciaire. Ça m’a mis le pied à l’étrier ! »

En 2017, il répond à un appel à volontaires pour participer au stage des plongeurs de la gendarmerie. Il n’avait alors jamais fait de plongée sous marine, mais c’est excellent nageur, titulaire du Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA), et ça tombe bien : la pré-sélection comprend essentiellement des épreuves de natation et d’apnée.

Maxime est retenu pour les tests de sélection à Antibes, puis intègre la formation des plongeurs de bord, assurée par des instructeurs de la marine nationale à l’École de plongée de Saint Mandrier. Le 1er juillet 2018, il est affecté à la brigade nautique d’Arcachon, « mon premier choix », où il perfectionne ses techniques de plongée et obtient rapidement le diplôme de Technicien d’investigation subaquatique (TIS).

Une masse sombre sous la surface

Le 9 octobre 2019, Maxime profite donc d’un jour de repos pour mettre à l’eau son kite, « pour la première fois depuis longtemps ». Il s’éloigne à quelques 200 mètres, « pour avoir un peu de place », quand il  remarque une voile posée sur l’eau sur la tranche. « La position dans laquelle on pose son aile pour atterrir. J’ai alors pensé qu’un kitesurfeur avait accroché sa barre à la bouée, le temps d’aller changer de planche, ce qui peut arriver, mais jamais aussi loin de la rive ».

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Maxime tire quelques bords pour se rapprocher. Il remarque que l’aile se déplace lentement, puis découvre la planche, et enfin une masse sombre au bout des lignes. Un homme gît sous la surface du plan d’eau, tracté par son matériel à la dérive. Maxime détache la voile qui s’envole vers le rivage, puis sort son propriétaire de l’eau, « un homme d’une cinquantaine d’année, très pâle, les yeux grands ouverts figés, présentant du sang sous le nez et jusqu’aux oreilles ». Il commence à le ramener vers le bord en le tirant par le crochet métallique de son harnais, tout en appelant à l’aide les autres kiteurs à proximité. « Fort heureusement, il y avait peu de profondeur, et je pouvais prendre appui sur le sol. »

Il s’est écoulé environ une minute entre le moment où le maréchal des logis-chef a aperçu l’aile et celui où il a pris en compte physiquement la victime. Il en est alors persuadé : le corps inerte, sans respiration, est celui d’un homme mort. « Déformation professionnelle sans doute, reconnaît-il. En tant que plongeur de la gendarmerie, on prend l’habitude de découvrir des victimes de noyade sous l’eau. Je lui criais quand même sans cesse de rester avec moi, tout en comprimant son harnais pour lui faire cracher de l’eau. » Une kiteuse part alerter les secours pendant que le gendarme poursuit son effort.

Les gestes qui sauvent

Sur la terre ferme, Maxime commence à prodiguer les premiers gestes, acquis lors de ses études et approfondis lors des formations en gendarmerie. Son massage cardiaque se révèle vite efficace. L’homme expectore du spume. Le gendarme le met aussitôt en position latérale de sécurité (PLS). « Il a ouvert les yeux et émis quelques sons, avant de réussir à articuler son prénom. Il était totalement désorienté dans l’espace et le temps. Les médecins urgentistes et les pompiers sont arrivés environ un quart d’heure après, et l’ont évacué vers l’hôpital d’Arcachon. »

Inquiet, Maxime dormira peu cette nuit-là. Le lendemain matin, il parvient à avoir des nouvelles rassurantes. L’état de santé de la victime s’améliore doucement. Il ne présente aucune séquelle, si ce n’est une perte de sensibilité au niveau des doigts qui durera quelques semaines. « J’ai pu échanger avec lui par téléphone, et plus tard, nous avons partagé un bon repas. »

Les deux hommes le savent sans avoir besoin de se le dire : tout s’est sans doute joué à rien. Une minute, peut-être deux... La réactivité de Maxime, son sang froid, ses compétences en secourisme ont permis ce jour-là de sauver une vie.

À noter : Le MDC Maxime a été honoré le 16 février lors de l’hommage national aux héros du quotidien de la gendarmerie. Il a reçu la médaille d'honneur pour acte de courage et de dévouement.