Portraits

Le psychologue clinicien en gendarmerie (5/5) : les stages Ad Refectio ouvrent la voie à une vraie stratégie thérapeutique

Auteur : la capitaine Cécile Nicolas - publié le
Temps de lecture: ≃3 min.
Le stage Ad Refectio permet aux blessés de la gendarmerie et à leurs familles de se retrouver pour partager avec l’équipe encadrante la joie du jeu, la persévérance dans les épreuves sportives et ainsi redonner le goût d’agir à travers la reconnaissance du groupe.
© Gendarmerie nationale

Le dispositif d’accompagnement psychologique est engagé dans plusieurs projets institutionnels, tels que la reconstruction par le sport. À ce titre, les psychologues cliniciens participent chaque année aux stages annuels Ad Refectio, aux côtés des gendarmes blessés et de leurs familles. La capitaine Cécile Nicolas raconte cette expérience, où la nécessaire distance instaurée dans le cadre de sa pratique professionnelle fait place à un véritable partage d’émotions.

Le capitaine Thierry Rousseau l’a voulu ainsi : tous unis pour vivre une semaine dans l’effort, la douleur, le plaisir et la satisfaction, en expérimentant des activités sportives et culturelles.

C’est sur ce postulat du « faire ensemble » que l’organisateur a pensé ce stage Ad Refectio. Il propose aux blessés de la gendarmerie et à leurs familles de se retrouver pour partager avec l’équipe encadrante la joie du jeu, la persévérance dans les épreuves sportives et ainsi redonner le goût d’agir à travers la reconnaissance du groupe.

Des valeurs fortes : camaraderie, cohésion, courage et ténacité

Deux stages sont ainsi organisés chaque année, avec pour objectif de favoriser les échanges de vécus et d’expériences pour les gendarmes blessés. Ce stage veut restaurer des valeurs fortes de la gendarmerie : la camaraderie, la cohésion, le courage, la ténacité. Il met également l’accent sur la réparation du lien familial, en invitant les familles à rejoindre le groupe à mi-parcours. En effet, si la blessure entraîne des conséquences parfois lourdes au niveau professionnel, elle occasionne aussi des bouleversements importants au sein de la famille.

Pleinement intégrée au stage, j'ai éprouvé, au même titre que les stagiaires et le staff, les émotions et les ressentis liés à la pratique d’activités. Après avoir endossé, comme tous les autres, mon jogging bleu où apparaît le phénix, symbole de la renaissance, je me mêle au groupe pour vivre, avec tous, le quotidien de cette semaine.

Je suis donc invitée à tirer plaisir et satisfaction dans ma participation aux activités du stage, au même titre que les autres membres du groupe. Cette place particulière échappe à la règle de la nécessaire distance que j’entretiens habituellement dans ma relation au patient. Cette intégration me plonge, au contraire, dans le partage d’émotions. Je ressens moi aussi la douleur dans l’épreuve sportive, la satisfaction dans l’effort produit, le plaisir des sorties culturelles.

« Un moyen de s’adresser plus facilement à moi,

sans formalisme et sans crainte »

Je m’interroge : suis-je toujours alors en capacité de tenir mon rôle de psychologue ? La réponse m’est donnée par les stagiaires et leurs familles, qui trouvent, dans ma présence constante à leur côté, un moyen de s’adresser plus facilement à moi, sans formalisme et sans crainte.

En me joignant au groupe, je propose à chacun, à tout moment, de se saisir de ma présence pour discuter. C’est parce que je suis là qu’on vient me parler. En participant aux échanges instantanés, la psychologue que je suis est à même d’écouter ce qui se passe de singulier pour chacun, comme je le ferais dans mon bureau, assise face à mon patient.

Ainsi, associée au mouvement du groupe, j'invite les stagiaires à évoquer ce qu’ils éprouvent au cours d’une sortie vélo ou durant une visite culturelle. Les trajets en bus ou les repas sont aussi des moments privilégiés pour échanger. On peut partager un déjeuner et un dîner et rester psychologue malgré tout !

Une aspiration commune : vivre un nouvel élan vital

Ad Refectio propose un cadre contenant, où chacun peut s’appuyer sur l’autre pour avancer. Tous les acteurs du stage, y compris le psychologue, s’engagent vers une aspiration commune : celle de vivre, à travers cette expérience de groupe, un nouvel élan vital. Le plaisir à être et à faire ensemble stimule le lien à l’autre et est vecteur de bien-être. Et c’est parce que l’équipe entière adhère à cette conception, que l’effet de groupe va être efficace. Cette posture particulière pour le psychologue, lorsqu’elle est vécue sans angoisse ni culpabilité, peut devenir une vraie stratégie thérapeutique.