Portraits

Majore Corinne : un parcours tourné vers les autres

Auteur : Lieutenante Floriane Hours - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
© SIRPAG - GND F. GARCIA
À la tête de la section commandement de la région Auvergne Rhône-Alpes, la majore Corinne se bat pour lutter contre les inégalités et les discriminations. Référente égalité diversité (RED), puis formatrice et, enfin, conseillère concertation, elle défend avec pragmatisme et bienveillance les différents militaires qui toquent à sa porte. Un parcours au service des autres.

« J’ai voulu être gendarme par conviction, par souhait d’aider les gens. Finalement, c’est ce que je fais, mais en interne »

En 2016, un appel à volontaires est lancé à destination de toutes les unités de gendarmerie, afin de trouver des personnels souhaitant devenir RED, Référent Égalité Diversité. Un nouveau titre donné à des personnels de la gendarmerie désireux de s’impliquer dans la lutte contre les inégalités et les discriminations. Déjà engagée sur ces thématiques via le Comité régional d’accompagnement du personnel (CRAP), la majore Corinne, en poste au cabinet de la Région de gendarmerie Auvergne Rhône-Alpes (RGARA), n’hésite pas un instant et signe, devenant l’une des premières RED de France. Deux ans plus tard, en 2018, c’est de nouveau en précurseur qu’elle prend le titre de Formatrice de référents égalité diversité (Fred), avant d’accepter une nouvelle casquette, celle de la concertation. Aujourd’hui, elle est l’une des figures emblématiques de la région. Spécialisée sur ces thématiques, elle est le point d’entrée pour de nombreux personnels sollicitant son expérience.

Trois casquettes

Sous ses trois casquettes (RED, formatrice RED et concertation), les missions de la majore sont nombreuses. En tant que formatrice RED, tout d’abord, elle instruit une quinzaine de référents répartis au sein de la région RGARA. Durant ces sessions, elle leur transmet les notions d’écoute et d'accompagnement, des valeurs indispensables pour être un bon RED. « Je leur dis souvent qu’il faut écouter et faire attention à la perception que l’on a, parce qu’on est tous pétris de certitudes. Pour cela, on apprend notamment à décortiquer un stéréotype, afin que les gens prennent conscience des leurs et puissent y faire attention pour éviter tout préjugé. »

La majore est aussi conseillère concertation pour les militaires et RED pour l’ensemble des personnels, civils et militaires, de l’état-major de la région. À ce titre, elle intervient au sein du Centre régional d’instruction (CRI), basé à Sathonay-Camp, afin de sensibiliser les réservistes et les Gendarmes adjoints volontaires (GAV) de passage à la question de l’égalité-diversité. Au côté des personnels, elle accompagne les gendarmes en demande, en les écoutant, puis en les orientant vers les bons interlocuteurs. « En tant que RED, il faut connaître tous les acteurs d’accompagnement, mais aussi savoir rassurer la personne. L’avantage en état-major, c’est que nous avons à disposition tous les leviers d’action : le bureau d’accompagnement du personnel, des psychologues, un médecin en chef, des assistantes sociales, une chancellerie, en somme des sachants. »

Grâce à cette position au cœur de l’état-major, mais aussi et surtout grâce à son expérience et à sa connaissance du spectre régional des RED, la majore Corinne est également devenue, au fil des ans, une messagère privilégiée entre le commandement et le terrain. « Les chefs m’ont toujours associée à ces démarches de bien-être au travail, qui leur tenaient à cœur. Le bien-être au travail est d'ailleurs un sujet qui a orienté tout mon parcours. Donc forcément, devenir RED était une évidence. »

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Au service des autres

Arrivée en gendarmerie il y a 30 ans, la majore Corinne débute comme GAV. Affectée ensuite à Fontainebleau, puis à Lyon, elle décide rapidement de passer le concours EAEM (Emploi Administratif et d’État-Major). Reçue, elle rejoint, en tant que sous-officier du corps technique et administratif, le site de Rosny-sous-Bois, où elle travaillera plusieurs années, avant de rejoindre, en 1997, la région Rhône-Alpes. En 2003, deux ans après la création du cabinet commandement régional, la majore intègre la section. Un bureau qu’elle ne quittera plus, mais au sein duquel elle va continuer à évoluer. Ainsi, en 2016, pour devenir RED, elle part se former à l’IRA (Institut Régional d’Administration) de Nantes. Deux ans après, pour devenir formatrice, elle va suivre une formation à Maisons-Alfort. Une instruction dispensée par un avocat spécialisé, l’association FLAG et l’Inspection générale de la gendarmerie nationale. « C’était dans la juste continuité des choses », précise-t-elle, avant de poursuivre : « À l’époque, un peu avant les RED, le commandant de région, le général Grandchamps, avait mis en place le CRAP, dont je faisais partie. Ce faisant, j’ai été sensibilisée aux problématiques que les personnels pouvaient rencontrer, que soit dans leur vie personnelle ou professionnelle. J’ai toujours été très sensible à la prévention des risques primaires, c’est-à-dire savoir évaluer quelqu’un qui serait en difficulté et savoir lui apporter une réponse. Donc la création des RED tombait très bien ! » Cette même année 2018, la majore prend la tête de la section commandement de la région, une place centrale, car « tout le monde passe à l’état-major à un moment ou un autre, pour percevoir un véhicule, obtenir un renseignement, etc. »

« La parole se libère »

En 15 ans passés au sein de cette section, la militaire a vu évoluer ce sujet, aujourd’hui abordé de façon beaucoup plus transverse entre les conseillers concertation, les RED, les médecins et psychologues, et le commandement, avec des chefs ouverts sur la question du bien-être au travail. « C’est un peu comme la concertation. Aujourd’hui, toute la chaîne de commandement est sensibilisée à ces questions. Elle s’appuie et écoute les RED. Il y a vraiment une prise en compte de la souffrance des personnels. Une souffrance qui peut être avérée ou ressentie, mais une souffrance qui est bien là. »

En parallèle, un autre phénomène a été observé par la majore : la libération de la parole. Facilitée par l’arrivée d’outils numériques en gendarmerie, comme le dispositif @ppel RH (une hotline mise en place dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, permettant à tous les personnels de gendarmerie de saisir le RED sans passer par la voie hiérarchique), cette libération a également fait évoluer les comportements. « Nous sommes plus attentifs aux critères de discriminations, aux bizutages et à l’humour potache. […] Une partie de mon job, c’est aussi de veiller au respect du langage. Le film que nos CED (Coordinateurs Égalité Diversité) nationaux nous ont donné s’intitule “l’exigence du respect”. Je crois que tout est dit. Pour être RED, il faut être respectueux les uns des autres. La différence, c’est notre richesse. J’ai des lunettes, pas parce que je suis intello, mais parce que je suis myope ! » Casser les préjugés pour permettre à chacun de trouver sa place au sein de l’institution, tout en étant complètement épanoui, est ce qui, après 30 ans de gendarmerie, anime toujours la majore. « Je crois que si on ne fait pas ce métier par amour des autres, il ne faut pas le faire. Mon téléphone est toujours ouvert, tout le temps et pour tout le monde. »

Un combat qu’elle continue à mener aujourd’hui au côté des différents RED et de la coordinatrice régionale, la chef d’escadron Clémence. « Parce qu'au fond, un gendarme heureux est un gendarme qui fait bien son travail. »

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