Portraits

Myriam, au secours des Tendasques

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃3 min.
© Thomas Goisque / Le Figaro-Magazine

Avec ses quatre collègues de la brigade de proximité de Tende, dans les Alpes-Maritimes, la gendarme Myriam a activement participé aux opérations de secours et d'évacuation, dans la soirée du 2 octobre 2020, lorsque la tempête Alex a dévasté la vallée de la Roya. Elle sera honorée le 15 juillet, aux Invalides, lors de la cérémonie en hommage aux Héros du quotidien.

Affectée depuis 2005 à la brigade de proximité de Tende, Myriam connaît bien les épisodes climatiques spectaculaires qui peuvent survenir dans la vallée de la Roya. Mais lorsque le vent s’est levé en milieu d’après-midi, ce 2 octobre 2020, accompagné de pluies torrentielles, elle a vite compris qu’il s’agissait d’une tempête exceptionnelle. « La rivière a gonflé très rapidement, raconte-t-elle. Vers 17 heures, les premiers arbres ont été emportés et l’eau est passée par-dessus le pont. » 

Dans un premier temps, Myriam prend en compte les appels téléphoniques, dispense des conseils avisés aux personnes en détresse, oriente les patrouilles pour localiser précisément les personnes en danger. Le commandant de la brigade, l’adjudant-chef David, n’est pas dans les locaux à ce moment-là. Alors qu’il quitte Breil-sur-Roya, en aval, pour rejoindre son unité, il se retrouve isolé, puis engagé dans une opération de sauvetage, à l’extérieur du village.

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« Tende s’est retrouvé coupé du monde, poursuit Myriam. Il n’y avait plus d’accès par la route, plus aucune liaison radiophonique et téléphonique. Nous sommes alors cinq gendarmes : trois sous-officiers et deux gendarmes adjoints volontaires. Nous avons dû prendre des initiatives, sans en référer au gradé comme nous en avons l’habitude. »

Des pans de terrain entiers glissent dans la Roya. C’est notamment le cas du petit jardin en contrebas de l’EHPAD (Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes). « Quand on a vu avec quelle force la rivière tapait sur le bas du bâtiment, on n’a pas voulu prendre le risque qu’il s’effondre. Nous avons pris la décision d’évacuer. »

Pas le temps d’avoir peur

La nuit est tombée sur Tende. Les soignants réveillent les 72 résidents un par un, pendant que les gendarmes préviennent l’antenne locale du CHU de Nice, située en sécurité à l’écart de la Roya, de leur arrivée. Avec l’aide des sapeurs-pompiers, les allers-retours se déroulent dans le calme.

Les gendarmes poursuivent leurs patrouilles. Deux équipes sont constituées pour couvrir tout le village sans perdre de temps. « Des personnes étaient coincées à l’étage de leur habitation, le rez-de-chaussée submergé, se remémore la gendarme. On avait de l’eau jusqu’à mi-cuisse. Il a fallu découper des clôtures pour accéder à certains terrains. Dans cette situation, on n’a pas le temps de réfléchir, pas le temps d’avoir peur. On est dans le feu de l’action, on ne peut pas s’arrêter, on veut secourir le plus de gens possible, et surtout n’oublier personne. » 

Les jours suivants, certains habitants secourus seront hébergés dans les locaux de la brigade, pendant que les gendarmes multiplient les patrouilles, en quad, pour véhiculer et ravitailler les Tendasques.

Aucune intention de quitter la vallée

Myriam sera honorée le 15 juillet aux Invalides, lors de la cérémonie en hommage aux Héros du quotidien. « Je suis très fière de cet honneur. Je ne m'y attendais pas forcément, parce qu’aider la population, c’est notre travail ! » Neuf mois après cette nuit de tempête, la gendarme dit n’avoir subi aucune forme de traumatisme. « Je ne l’ai pas mal vécue. Je n’y repense jamais en fait, et je ne fais aucun cauchemar... »

Elle a d’ailleurs demandé à rester à Tende. « C’est ma première et, pour le moment, ma seule affectation. Je n’ai aucune intention de quitter la vallée. La reconstruction du village sera lente et difficile, et je veux rester ici pour aider. » Comme elle l’a toujours fait.