Portraits

Retour sur 33 ans de mariage avec la gendarmerie

Auteur : Antoine Faure - publié le
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À l’issue d’une carrière longue de 33 ans, dont 30 en départementale et 3 en prévôtale, suivie de 6 années comme réserviste, l’adjudant-chef Charles Borlandelli a pris une retraite bien méritée, et s’est lancé dans l’écriture d’un texte revenant sur son expérience, que le major général de la gendarmerie nationale, le général de corps d’armée Bruno Jockers, a accepté de préfacer.

Lorsqu'il quitte définitivement la gendarmerie, en 2020, l’adjudant-chef Charles Borlandelli décide de s’atteler à l’écriture d’un témoignage, un retour d’expérience sur sa vie de gendarme. L’envie lui est venue pendant la crise des gilets jaunes. « J’étais agacé par le traitement médiatique. Notamment par le fait que les journalistes évoquaient surtout les violences subies par les manifestants, en les sortant du contexte de maintien de l’ordre, en ignorant les agressions et les violences subies par les forces de police et de gendarmerie, et les blessés dans leurs propres rangs. J’ai eu alors envie de faire connaître ce métier que j’ai appris à aimer sur le terrain. »

Travailler pour les victimes

Rien ne le prédestinait à cette carrière en gendarmerie. « C’était tout sauf une vocation, reconnaît-il. Simplement, il fallait remplir les obligations militaires avant de commencer à travailler. Un ami dont le père était gendarme m’a proposé de faire mon service avec lui, et je l’ai suivi. Puis on m’a incité à faire l’école de sous-officier de Chaumont, et c’est parti comme ça. »

Il est affecté à la gendarmerie départementale. « J’étais sorti en milieu de tableau, je n’ai pas vraiment eu le choix. » Au sein de sa première brigade, dans le Val d’Oise, il apprend le métier, au contact des anciens, se découvre une appétence pour le domaine judiciaire. « Je voulais travailler pour les victimes, aider leurs familles, me sentir utile dans des circonstances dramatiques, explique-t-il. J’ai eu la chance d’être commandé par des officiers qui savaient exploiter les compétences de chacun. »

Après 12 ans dans le Val d’Oise, il part sur la côte normande, à Ouistreham, où il restera 18 ans. Il y fait notamment la connaissance du capitaine Bruno Jockers, alors commandant de compagnie à Caen, aujourd’hui major général de la gendarmerie nationale. « J’ai été sous ses ordres pendant trois ans, et c’est l’un des officiers qui m’a le plus marqué, par son intelligence et sa simplicité, souligne-t-il. La première fois qu’il est venu à la brigade, il nous a dit : "Vous me verrez souvent. Je ne suis pas là pour vous surveiller, mais pour apprendre de vous." C’était un chef qui faisait énormément confiance. » Charles a sollicité le général Jockers pour lui demander de rédiger la préface de son texte. « Il m’a répondu positivement dans l’heure qui a suivi. Cela m’a fait plaisir, mais ça ne m’a pas vraiment étonné. »

Une véritable révolution

Ce document concis, qui se veut objectif, sans rien édulcorer, s’intitule Gendarme, pour le pire et le meilleur. « J’ai choisi ce titre parce que pour moi c’est un mariage, l’union d’un individu avec une institution », relève-t-il. Charles y passe en revue les différents aspects du métier : l’instruction, les missions, la tenue, l’armement, l’importance de la famille… Il évoque certaines interventions, pour le moins insolites, comme cette femme sollicitant les gendarmes parce que son mari refusait de remplir ses obligations conjugales… lequel était ravi de l’arrivée de militaires le protégeant de ces assauts qu’il estimait, lui, trop fréquents !

Il ne cache rien non plus des difficultés qu’il a pu rencontrer, notamment les changements radicaux traversés, parfois subis, au fil des ans. « Il faut bien comprendre que les gens de ma génération ont connu une véritable révolution. On a commencé à travailler sur des machines à écrire mécaniques ! La technologie présente bien sûr des aspects positifs, mais elle met aussi les gendarmes derrières des écrans, sur leur ordinateur, leur téléphone, ce qui peut créer, parfois, une forme d’individualisme. C’est l’évolution de la société d’ailleurs. Et la gendarmerie est une société dans la société. »

De la Normandie à Djibouti

Charles le dit sans ambages : il se sentait en décalage, un peu dépassé. « On me disait souvent : "Oh ! Toi et ta gendarmerie de grand papa !" Il valait mieux que je laisse la place aux jeunes ! Mais je ne suis pas du tout aigri. Simplement, et la gendarmerie nationale l’a bien compris, je pense qu’il faut urgemment regagner le terrain, retrouver cette dimension « recherche du renseignement » de notre métier, et ça, c’est au contact des gens que ça se passe, pas devant un ordinateur derrière un bureau. »

Après 30 ans de carrière en gendarmerie départementale, il quitte le climat normand, pour celui radicalement différent de Djibouti, en qualité de prévôt. « J’avais déjà fait deux missions en OPEX, au Tchad et en Côte d’Ivoire, mais je voulais vivre dans la durée un autre aspect du métier de gendarme, plus proche du monde militaire. » Il découvrira aussi l’air brûlant, « comme celui soufflé par un sèche-cheveux », de cette région de la corne de l’Afrique, « où on peut cuire un œuf au plat simplement en le posant sur une roche au soleil ».

Il termine sa carrière au grade d’adjudant, puis d’adjudant-chef au fil des missions remplies avec la réserve. Définitivement retraité, l’écriture est devenue pour lui un passe-temps, « un moyen de nourrir ma curiosité et de me détendre ». Il noircit des cahiers d’ébauches qui deviendront peut-être un jour, pourquoi pas, une fiction, « mais très ancrée dans la réalité, suivant le déroulement d’une garde à vue par exemple ». En attendant, il poursuit ses recherches sur l’histoire de son village. Curieux, toujours.

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