Portraits

Sauvetage en profondeur pour les gendarmes Alexandre et Thiévin

Auteur : capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© Gendarmerie nationale

Le 15 décembre 2020, c’est une intervention peu singulière qu’ont réalisée les gendarmes Alexandre et Thiévin. Grâce à leur coordination avec les pompiers, ils ont participé au sauvetage d’une personne âgée tombée dans un puits. Récit.

Ce jour-là, c’est une matinée comme tant d’autres pour le binôme, affectés à la Communauté de brigades (CoB) de Vitry-le-François, dans la Marne. Ils sont premiers à marcher, en charge de la gestion des interventions sur leur circonscription, et effectuent une patrouille de prévention de proximité. Vers 11 heures, ils sont engagés par le Centre d’opérations et de renseignement (CORG) : une personne est tombée dans un puits à Vitry-en-Perthois.

Au fond du puits

Sans attendre, les deux jeunes gendarmes se rendent sur les lieux. Une fois sur place, c’est avec surprise qu’ils découvrent les lieux. « On s’attendait à un puits classique, dans un jardin. Mais pas du tout ! On se retrouve dans une cave où, au fond, il y a un trou béant, circulaire, à même le sol. »

Âgée de 80 ans, la victime se trouve à 2m50 de profondeur, assise dans l’eau. Au vu de son élocution, les gendarmes comprennent rapidement que sa tête est partiellement immergée. « Il fallait la sortir de là. Les pompiers n’étaient pas encore arrivés. J’ai commencé à me déséquiper pour descendre dans le puits. Je comptais mettre mon dos contre la paroi, les pieds en opposition », raconte le gendarme Alexandre. Mais pour son binôme, le gendarme Thiévin, la manœuvre est trop risquée : « on n’était que deux, ce n’était pas possible. Je n’aurais pas pu, à la force des bras, ressortir Alexandre et la victime du puits. De plus, on savait que les pompiers allaient arriver sous peu, donc il valait mieux attendre. »

Une manœuvre en coordination avec les pompiers

Finalement, les pompiers arrivent quelques minutes après. « Le problème était que l’échelle télescopique n’atteignait pas le fond. Ils ne pouvaient donc pas descendre pour récupérer la victime », se souviennent les deux militaires. Ils prennent donc la décision de procéder à une extraction en relais d’urgence et vont descendre dans le puits chercher la victime. Deux riverains se joignent à la manœuvre. Les deux pompiers s’introduisent dans le puits, tête la première, tenus par les pieds par les deux gendarmes et les deux voisins. À la force des bras, les gendarmes Alexandre et Thiévin vont maintenir les pompiers pour qu’ils hissent la victime hors de la cavité. « C’était une manœuvre de coordination. Ils nous disaient s’il fallait qu’on les tire ou non, c’était assez physique ! ». À sa sortie, la personne âgée est toujours consciente et ne présente aucune blessure. Néanmoins, les gendarmes constatent rapidement qu’il ne s’agit pas d’un banal accident. « C’était difficile à croire ! Le puits n’était pas en plein milieu de la cave mais au fond, contre un mur. Une chute involontaire était donc peu probable », raconte le gendarme Alexandre. Et en effet, la victime a échappé à la vigilance de sa tutrice et a tenté de se suicider.

Une intervention unique et félicitée

Pour le gendarme Alexandre, cette intervention est encore gravée dans sa mémoire. « Après coup, on se dit que c’est unique !, partage-t-il avec enthousiasme. Ce qui m’a marqué, c’est le regard du pompier après l’intervention. Je ne l’avais encore jamais vu. À travers lui, il me remerciait de l’avoir soutenu à bout de bras. Sans cette complémentarité, ça n’aurait pas pu se faire. »

Le sentiment est partagé par le gendarme Thiévin : « Lors d’une intervention comme celle-ci, les émotions se chevauchent. D’abord, on ressent du stress, car on sait que le temps est compté et qu’on est responsable de la victime. Ensuite, on ressent un soulagement quand les pompiers arrivent. »

Tous les deux s’accordent pour dire que cette action ne fait pas d’eux des héros. « On n’a pas spécialement le sentiment d’en être, c’est notre métier, on est formé pour ça. Il fallait apporter une réponse à une situation. N’importe qui aurait réagi pareil. Alors quelque part, on fait tous preuve d’héroïsme dans nos missions du quotidien. »

Cette intervention symbolise beaucoup pour le binôme, car elle représente l’essence même de leur engagement. « On est au service de la population, on lui porte secours quand elle en a besoin. C’est ce pour quoi on s’engage en gendarmerie », explique Alexandre, qui exerce le métier depuis trois ans. Et le gendarme Thiévin d’ajouter : « c’est une mission importante, car on a porté secours à une personne qui en avait besoin. Quand on rentre chez soi après une intervention comme celle-ci, on se sent bien dans notre rôle de gendarme. »