Portraits

Tel père, telle fille...

Auteur : Antoine Faure - publié le
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L’un s’en va bientôt, au moment où l’autre arrive. Entre le major Bernard et sa fille Ambre, s’est tissé un lien d’hérédité supplémentaire. Une histoire de transmission comme il en existe beaucoup en gendarmerie, mais chacune est unique en son genre.

Après 39 années de service au sein de la gendarmerie, le major Bernard fera valoir ses droits à la retraite le 23 mars 2023, jour de l’anniversaire de sa fille Ambre, qui, elle, aura commencé sa carrière de sous-officier un mois plus tôt, à sa sortie de l’école de Tulle. « Un vrai passage de relais », sourit Bernard.

Lui ne se destinait pas forcément à une carrière en bleu. Ou alors bleu marine, comme son père, engagé dans la Marine nationale. À la brigade de gendarmerie, où il se présente pour le recensement, un gendarme lui en raconte une bonne : « On a aussi des bateaux en gendarmerie ! » Et c’est ainsi que Bernard se retrouve à Toulon, en gendarmerie maritime, dans le cadre de ses obligations militaires. Mais il reste le plus souvent à quai.

« Moi, je voulais bouger, je voulais de l’action. J’envisageais alors de devenir CRS, comme mon frère. Mais les militaires d’un escadron de gendarmerie mobile sont venus déjeuner à la caserne et j’ai pu discuter avec eux. J’ai alors découvert qu’il y avait des mobiles en gendarmerie ! Ma carrière a commencé ainsi, par une série de hasards. »

De la fête nationale à la surveillance des vignes

Pour sa première affectation, Bernard rejoint l’escadron de gendarmerie mobile de Châtellerault. « Je voulais intégrer le GIGN, malheureusement, des événements m’ont empêché d’aller au bout de ce projet. » Lors d’un déplacement en Corse, il rencontre celle qui va devenir son épouse. « Mais c’était très difficile d’intégrer l’escadron de l’île. Je suis devenu célibataire géographique, par la force des choses. »

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En qualité de moniteur-chef EPMS (Éducation physique militaire et sportive) et instructeur de sports de combat, il intègre le bureau des sports de l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN), à Melun, puis celui du 2e régiment de la garde républicaine de la caserne Kellerman, à Paris, avant d’atterrir enfin à Ajaccio, comme commandant de l’unité des Véhicules blindés à roue de la gendarmerie (VBRG). C’est à cette époque qu’entre en scène Ambre, qui voit le jour en 2002.

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Dans cette grande famille de sportifs – sa sœur accumule les titres en kickboxing, dont une médaille de bronze à la coupe du Monde de Budapest, et sa mère tient un club de fitness –, Ambre choisit les étriers. « Depuis toute petite, je voulais avoir un métier en relation avec le cheval. C’est mon père qui m’a parlé du régiment de cavalerie de la Garde républicaine, raconte-t-elle. J’ai pu rencontrer des cavaliers en 2016, sur le stand de la Garde au salon du cheval à Paris. »

Baccalauréat ES en poche, elle est encouragée par le Centre d’orientation et de reconversion (COR) d’Ajaccio à présenter le concours de Gendarme adjoint volontaire (GAV). Elle intègre l’école de Fontainebleau pour sa formation de trois mois, et son niveau d’équitation – galop 7 Cross – lui ouvre les portes de la caserne des Célestins, à Paris, à la Garde républicaine. Elle participe notamment aux répétitions pour le défilé du 14 Juillet, aux surveillances équestres dans les vignes…

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Je sais tout ce que la gendarmerie m’a apporté

Le 13 juin 2022, Ambre entrera à l’école de sous-officiers de Tulle. « C’est une grande fierté, avoue Bernard. Je ne m’y attendais pas vraiment. Je ne l’ai jamais poussée à devenir gendarme. Mais je sais tout ce que la gendarmerie m’a apporté et ce que, j’espère, elle pourra lui apporter. Ce métier m’a rendu heureux, et je suis ravi de lui transmettre ce flambeau, de partager avec elle mon expérience et ma connaissance du monde militaire. »

« Mon père ne me parlait pas spontanément de ses missions, mais il répondait à toutes mes questions, et je lui en posais beaucoup, se souvient Ambre. Et il y avait souvent ses camarades mobiles qui passaient à la maison. La Garde républicaine reste mon premier choix, car elle me permet de concilier ma vie professionnelle et ma passion pour l’équitation, mais si ce n’est pas possible, j’opterai pour la gendarmerie mobile, qui offre une grande diversité de missions. C’est aussi ce que j’aime dans la gendarmerie : il y a une tonne de métiers en un seul ! »

Le papa confirme : « Je ne pensais pas que je pourrais vivre tout ce que j’ai vécu quand je suis entré dans notre institution. Je vais la quitter bientôt, mais par obligation et à regret. Je n’arrive pas à me dire que je pars à la retraite, le temps est passé si vite ! » Bernard ne partira pas complètement puisqu’il deviendra réserviste à la gendarmerie maritime d’Ajaccio. « Je reviens un peu à mes premières amours, la boucle est bouclée ! »