Portraits

Une femme, une institution, mille et une vies

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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© SIRPAG - MAJ.F. BALSAMO

Œuvrant au sein de l’Institution depuis bientôt trente ans, la lieutenante-colonelle (TA) Fabienne Lopez fait partie des premières femmes à avoir occupé des postes jusqu’ici réservés à la gente masculine. Entrée en tant que sous-officier en 1989, elle s’est bâti une carrière très riche, tout en assistant à la féminisation de la gendarmerie. Elle revient sur cette évolution à travers son parcours atypique.

 

Derrière l’accent chantant et le sourire lumineux se cache une femme de caractère ayant réussi à gravir les différents échelons au sein de l’Institution et commandant aujourd’hui le Centre de lutte contre la cybercriminalité (C3N), une unité stratégique faisant face à la délinquance sur le territoire numérique.

Sa détermination est déjà au rendez-vous quand, en 1989, Fabienne Lopez décide d’intégrer la gendarmerie. « J’avais envie d’être dans le monde du travail assez vite et d’avoir un emploi où je me sente utile aux gens. J’avais peur de m’ennuyer, je voulais de l’action et le volet police judiciaire me semblait intéressant », raconte la colonelle. C’est ainsi qu’à dix-neuf ans, son DEUG d’espagnol en poche, elle entre à l’école des sous-officiers de gendarmerie de Montluçon.

Une curiosité insatiable

À l’issue de sa scolarité, Fabienne Lopez apprend les bases du métier à la brigade territoriale de Tarascon-sur-Rhône. Elle est alors la seule femme dans une unité comptant douze hommes et deuxième femme affectée dans la région. Toujours curieuse d’approfondir ses connaissances en Police judiciaire (P.J.), elle répond à un appel à volontaire en 1992, pour intégrer la section technique d'investigation criminelle de la gendarmerie, l’ancien IRCGN. « Je trouvais la matière de police technique et scientifique passionnante. Ils recherchaient essentiellement des profils scientifiques et je devais être la seule littéraire. Aussi, j’ai posé des jours de permission et je suis montée en train pour leur exprimer ma motivation. Face à ma détermination, ils m’ont proposé une affectation au service enseignement et relations extérieures. »

Quatre ans plus tard, elle passe l’examen d’officier de police judiciaire et brigue alors un poste en brigade de recherches pour retrouver le terrain et assouvir sa passion de l’enquête. C’est sans compter sur la Direction des relations internationales (DRI), qui recherche alors des hispanophones pour encadrer les délégations venant d’Espagne ou d’Amérique du sud. Étant l’une des rares à avoir le profil, elle accepte de vivre cette nouvelle expérience d’interprète pendant deux ans, ce qui lui permet de découvrir également les coulisses de l’administration centrale.

Une femme de terrain

Durant son passage à la DRI, Fabienne Lopez s’intéresse de près au métier d’officier. Elle finit par passer le concours, qu’elle obtient en 1998, et repart ainsi étudier durant trois ans sur les bancs de l’école des officiers de la gendarmerie nationale, à Melun. Sa promotion ne compte alors que deux autres femmes. À sa sortie, elle se retrouve adjointe au commandant de la compagnie d’Arles, une « grosse boutique » de 180 personnels à l’activité dense. « J’ai voulu me tester et savoir quel officier j’allais devenir. J’ai fait ce choix en me disant : si ça marche, c’est que je suis faite pour le terrain, sinon il s’agira de rester dans les bureaux ! »

Débordante d’énergie, elle parvient à s’imposer naturellement et s’épanouit pleinement dans ses nouvelles fonctions de commandement. Elle poursuit sur cette lancée et prend ensuite le commandement de la compagnie de Pamiers. L’activité y est alors moins soutenue, cependant son expérience arlésienne lui permet de dynamiser une unité au beau potentiel.

À partir de 2012, l’officier revient vers ses premiers amours : la police judiciaire. Elle occupe d’abord le poste de chef de division appui aux prémices de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP). Par la suite, elle est nommée officière adjointe chargée de la police judiciaire au groupement de gendarmerie départementale de Versailles et supervise ainsi les enquêtes des unités du département. S’épanouissant dans la matière, elle prend, en 2015, la place d’adjoint au commandant de la section de recherches de Bordeaux, avant de rejoindre le C3N l'an dernier. « Finalement, à travers mon parcours, j’ai pu voir la P.J. sous toutes ses facettes », apprécie la colonelle.

Être femme en gendarmerie

Après toutes ces années passées en gendarmerie, Fabienne Lopez revient sur la féminisation au sein de l’Institution. « C’est sûrement plus facile pour les femmes qui intègrent aujourd’hui que lorsque je suis rentrée, tout simplement parce que nous étions très peu à l’époque, souvent seules au sein du département, voire de la région. Il s’agissait surtout de rassurer ces hommes qui n’avaient encore jamais travaillé avec des femmes, de répondre à leurs interrogations, de les rassurer sur nos compétences ».

Aujourd’hui, elle se félicite de voir que l’Institution donne toute leur place aux femmes. « Les mentalités ont évolué. Certaines mesures y ont aidé pour éviter le harcèlement ou toute forme d’inégalité dans le travail. Aujourd’hui, une femme qui fait bien son travail est récompensée. L’égalité doit être parfaite de ce point de vue là. Faire accéder les femmes à de brillantes promotions juste pour afficher notre présence dans les postes à responsabilité serait une erreur », estime-t-elle.

Mère de deux enfants, elle reconnaît qu’il n’est pas toujours facile de concilier ce métier exigeant avec sa vie privée. « Les femmes se remettent beaucoup en question au cours de leur carrière et ont nécessairement une charge mentale liée à la famille. C’est une question de choix. Il faut beaucoup d’énergie et finalement faire preuve du même sens de l’organisation auquel nous faisons appel lorsque nous sommes sur le terrain. »

Si elle avait un conseil pour les jeunes femmes entrant dans l’Institution aujourd’hui ?

« Arrêter de vouloir en faire plus qu’un homme pour prouver sa valeur. Les femmes ont toute leur place : si elles sont à l’avancement, c’est qu’elles l’ont mérité ! En pensant ainsi, elles gagneront en sérénité. »