Immersion

DQTM « été » : un pied dans la spécialité montagne

Auteur : la capitaine Céline Morin - publié le
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La formation au DQTM se compose de trois modules : un stage « été », une formation au secourisme et enfin un module « hiver ». Quatorze semaines au total pour enseigner aux stagiaires les techniques d'évolution en montagne et leur donner la qualification leur permettant d’encadrer leur unité.
© BRC F .GARCIA

Chaque année, le centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie forme des gendarmes départementaux et mobiles au Diplôme de qualification technique montagne. À l'issue de leur formation, ils seront compétents pour encadrer les missions de leur unité en montagne et assurer la formation au Certificat élémentaire montagne. Ils pourront également participer aux secours d’envergure, en renfort des unités spécialisées. Focus sur le module « été », coup d'envoi de la formation…

Ils étaient trente-cinq candidats à avoir fait le déplacement à Chamonix, début août, afin de passer les tests de sélection du Diplôme de qualification technique montagne (DQTM). Ces derniers sont ouverts à tous, officiers et sous-officiers issus des gendarmeries départementale et mobile, sous réserve de remplir deux prérequis. Les postulants doivent, en effet, être obligatoirement détenteurs du Certificat élémentaire montagne (CEM), dont la formation est dévolue aux régions, sous la conduite pédagogique du Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie (Cnisag). Ils doivent également avoir accompli quinze courses en montagne en service.

« On ne se présente pas au DQTM à la légère. On s'y prépare énormément, en parallèle des missions de l'unité. Cela nécessite vraiment un investissement personnel énorme sur de nombreuses années. C’est une grande chance d'avoir été sélectionné, insiste le gendarme (GND) Pierre-François Bender, de l’EGM montagne 34/6 de Saint-Gaudens (31). En EGM montagne, nous avons la chance de pouvoir pratiquer de temps en temps, mais ce diplôme nous fait pleinement intégrer la mission montagne de la gendarmerie ».

La formation débute sans attendre…

La formation des 26 heureux élus, parmi lesquels cette année deux femmes, dont l'une unique représentante du corps des officiers, débute dès le lendemain des tests. Le module « été » va durer six semaines. Les reçus recevront ensuite une formation au secourisme (PSE1 et PSE2) de trois semaines en novembre, avant de s’attaquer, en janvier, au module « hiver », lequel s’étale sur cinq semaines, avec au programme ski alpinisme, de piste et de randonnée, ainsi que cascade de glace.

« J’envisageais de passer le DQTM depuis le 1er niveau du CEM à l'EOGN. Originaire du Gard, je ne suis pas une montagnarde née, il a fallu acquérir de l'expérience, faire les courses, ce qui s'est avéré un peu compliqué au regard de mon affectation loin des massifs. Mais l'entraînement a payé, confie la lieutenante (LTN) Isabelle Chazal, commandant la communauté de brigades de Veyre-Monton (63), au sud de Clermont-Ferrand. Je suis vraiment contente d'être là. Contente aussi de pouvoir représenter le corps des officiers, puisque je suis la seule cette année, et d'apporter, avec mon autre camarade féminine, un peu de diversité dans la promotion qui compte essentiellement des gendarmes mobiles. Ce qui contribue à la richesse de cette formation, c'est d'ailleurs qu'elle permet de rencontrer des personnalités variées et d'apprendre les uns des autres. »

14 semaines de formation à la montagne

Quatorze semaines au total pour enseigner aux stagiaires les techniques d'évolution en montagne et leur donner la qualification leur permettant d’encadrer leur unité (peloton montagne ou groupe montagne gendarmerie) lors de missions dans cet environnement spécifique, de façon autonome, par exemple sur des opérations de recherches de personnes, ou en soutien des Pelotons de gendarmerie de haute montagne (PGHM) sur des opérations d'envergure.

L’encordement est l'un des fondamentaux à maîtriser pour une pratique de la montagne en toute sécurité.

© BRC Florian Garcia

« On leur apprend notamment à adapter leur matériel et leur comportement, par exemple les distances d’encordement, au danger le plus prédominant à l'instant T », explique l'adjudant Renaud Chatain, responsable du stage.

L'obtention du DQTM ouvre également les portes des tests de sélection pour la spécialité montagne, organisés chaque année en mai.

Un encadrement de haut niveau

Pour encadrer le stage du DQTM, les instructeurs du Cnisag sont renforcés par des spécialistes venus de différents PGHM. « Le renfort de ces unités, alors qu'elles sont soumises elles-mêmes à une forte activité opérationnelle, est fondamental. Il nous permet de mener à bien nos différentes actions de formation, dans les conditions optimales de sécurité. Sans cet appui tout au long de l’année, on ne pourrait pas encadrer de tels stages et dans le même temps permettre à nos personnels de se maintenir en condition opérationnelle et d’acquérir de nouvelles compétences, reconnaît le chef d’escadron Raymond Salomon, commandant le Centre. « En retour, ces spécialistes qui viennent nous appuyer ont l’occasion d’actualiser leurs connaissances et, notamment, de se confronter au face-à-face pédagogique. Ils repartent ainsi porteurs d'un enseignement rénové ».

Ce module « été » est ainsi encadré par treize formateurs, soit un par cordée, tous guides de haute montagne ou aspirants guides.

« Nous bénéficions vraiment d'un encadrement et d'un enseignement de haute qualité, avec des instructeurs issus d'unités expérimentées », estime la LTN Chazal, rencontrée au cours de la troisième semaine de formation.

Ce que corrobore le GND Bender : « On ne peut pas avoir meilleur enseignement qu'ici. Tous les jours nous sommes encadrés et formés par des instructeurs de haute technicité, qui ont des années d'expérience en secours. Leur parole vaut de l'or. »

Trois semaines de fondamentaux…

La première semaine permet d'aborder les deux premiers fondamentaux, à commencer par les nœuds, l'encordement et les techniques d'assurance, avant de se mesurer à plusieurs hauteurs d'escalade (100, 200 et 300 mètres), avec bien entendu descentes en rappel. Puis, en fin de semaine, les stagiaires sont amenés à pratiquer sur grande voie aseptisée (équipée à demeure).

La deuxième semaine est consacrée à l'initiation à l'escalade artificielle, à la

à la via ferrata et au terrain d'aventure, où le stagiaire doit lui-même équiper sa voie en posant des ancrages adaptés dans la roche (pitons, friends et coinceurs). La semaine se termine par une mise en application en montagne (hors approche glaciaire)

Départ d’une cordée composée d’un instructeur du Centre national d'instruction de ski et d'alpinisme de la gendarmerie de Chamonix et d’un binômes de gendarmes, sur l’arête de l’Aiguille du Midi.

© BRC Florian Garcia

En troisième semaine, les stagiaires s'attaquent aux fondamentaux neige et glace. Au programme : techniques de cramponnage, progression et encordement, tant sur glacier que sur neige, et exercices de chute en crevasse.

« L'exercice est réalisé dans des conditions au plus proche de la réalité. L'objectif est d'apprendre à enrayer la chute de son compagnon de cordée et le sortir de la crevasse à l'aide d'un mouflage, c’est-à-dire un système de renvoi de corde. C'est aussi l'occasion de tester la capacité du stagiaire à s'autosauver de la crevasse », explique l'adjudant Chatain, tout en précisant que l'exercice est assuré par un dispositif de sécurité mis en œuvre par l'instructeur de chaque cordée.

Les stagiaires peuvent ensuite partir en course d'alpinisme pure en toute sécurité. « Course d'arête, course de neige, on essaie de voir tout le panel possible… »

« D'un point de vue technique, l'objectif est de me perfectionner, d'acquérir de l'expérience. C'est un stage exigeant physiquement et techniquement. Sur le plan humain, il nous permet d'apprendre à nous connaître, connaître nos limites, nous dépasser… Il est pédagogique et progressif, mais il faut rester très concentrés afin de ne pas commettre d'erreur. La montagne ne pardonne pas. Face à elle, on doit garder une approche humble et modeste, souligne la LTN Chazal.

… avant de passer à l'alpinisme pur

La quatrième semaine est entièrement dédiée à l'alpinisme. « Les stagiaires partent le lundi et font de l'alpinisme tous les jours. Ils passent généralement une nuit en refuge et une autre en bivouac », précise le directeur de stage.

La suivante, outre trois nouvelles journées d'alpinisme, une journée permet d'aborder le volet pédagogique, puisque les futurs diplômés seront eux-mêmes amenés à encadrer les formations CEM au sein de leur unité. Au cours de la même semaine, un créneau est consacré aux Groupes montagne gendarmerie (GMG), véritable force d'appui des pelotons montagne. Les stagiaires apprennent ainsi à évoluer aux côtés des spécialistes ou encore à approcher les hélicoptères sur la DZ, avant de s'immerger concrètement sur une scène de secours.

Pour clore ce module été, l'organisation de la sixième et dernière semaine est laissée à la main des stagiaires : « Ils gèrent leur semaine de A à Z, leurs courses, les itinéraires, l'approche météo. Ils sont évalués sur l'ensemble »

De la pratique mais aussi de la théorie

Au cours des trois premières semaines, les stagiaires bénéficient également de nombreuses conférences, par exemple sur les Équipements de protection individuels (EPI), comme les baudriers.

À l'issue du stage, ils seront d'ailleurs vérificateurs EPI, à même de contrôler leur équipement et celui de leurs camarades d'unité.

Des conférences sont également dispensées aux stagiaires du DQTM tout au long de la formation pour mieux appréhender les dangers de la montagne, les contraintes de la météo, les prérogatives qui seront les leurs…

© BRC Florian Garcia

Les thèmes des présentations théoriques du stage été sont variés : recherche de personnes, météo, gestion des risques (dangers de la montagne), préparation des courses en montagne, droit et réponse judiciaire en montagne (prérogatives), pitons, orientation (théorie et pratique), information sur la circulaire 74000 qui gère la spécialité montagne. Puis seront abordés, lors des stages PSE 1-PSE 2 et hiver, le secourisme (massage cardiaque, gestes de secourisme sur personne) ou encore secours (extraction d'une victime).

Le début d'une aventure

« Pour beaucoup, c'est le début de l'aventure. Nous sommes des embryons de la spécialité. En ce qui me concerne, c'est, je l'espère, le début de la vie de montagnard, car j'aimerais vraiment rejoindre la spécialité et commander une unité, conclut avec conviction la LTN Chazal. Mais c'est loin d'être gagné. Entre le CEM et le DQTM, la marche est déjà haute. Le niveau requis pour rejoindre la formation du Brevet spécialiste montagne est encore un cran au-dessus. Cela nécessite un haut niveau technique et physique ».

Être responsable

« Le rythme est dense, mais j'apprécie vraiment de pouvoir me consacrer à l'apprentissage de la haute montagne. C'est vraiment un stage très qualifiant, où l’on apprend énormément de choses. La formation nous permet d’accroître et d’approfondir nos connaissances sur la montagne et de nous y sentir à l’aise, note avec enthousiasme le GND Bender. Pour moi, c'est d’abord pour un diplôme d'encadrement. Nous sommes formés pour être responsables et savoir faire face à toute éventualité. Quand on est en haute montagne, rien ne doit être laissé au hasard. Nous sommes donc évalués sur notre façon de mener la course en toute sécurité. On nous responsabilise. C'est une bascule entre une pratique de la montagne à un niveau amateur et une pratique professionnelle. Après pourquoi pas, en effet, poursuivre dans la spécialité… »