Immersion

Isère : protéger la population en toute saison

Auteur : le capitaine Éric Costa - publié le
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Au même titre que sur le littoral en été, les régions bénéficiant de zones montagneuses voient leur fréquentation exploser pendant la saison hivernale. Afin de sécuriser au maximum les déplacements sur les axes routiers surchargés lors des chassés-croisés, et veiller à la tranquillité de tous, notamment dans les stations de sports d’hiver, un Dispositif hivernal de protection des populations (DHPP) est mis en place par la gendarmerie. Focus sur le groupement de gendarmerie départementale de l’Isère.

Eu égard à l’attractivité des stations de sports d’hiver, les régions montagneuses de l’est et du sud de la France sont particulièrement impactées par l’afflux de touristes extrêmement important. En conséquence, un dispositif pérenne de sécurisation, le DHPP, associant la Gendarmerie départementale (G.D.), la Gendarmerie mobile (G.M.) et la réserve opérationnelle, est mis en place chaque année par la direction générale de la gendarmerie nationale dans les Groupements de gendarmerie départementale (GGD) concernés.

Un positionnement ciblé des forces

« Il s’agit de proposer un dispositif de proximité pendant ces périodes d’affluence saisonnière. En plus du renfort en personnels accordé aux différentes brigades qui voient leur population fortement augmenter, des postes provisoires sont implémentés sur les points les plus fréquentés et où la présence d’une unité de gendarmerie à l’année ne serait pas justifiée, à l’instar de la station de l’Alpe d’Huez, qui accueille plus de 30 000 personnes en pleine saison, pour quelques centaines le reste de l’année », précise le colonel Yves Marzin, commandant le GGD de l’Isère (38).

Afin d’armer ces différents postes provisoires, le commandant de groupement procède, le temps de la saison, à une bascule interne de ses forces. Ne pouvant pas désengager totalement les militaires situés en plaine, pour ne pas laisser le champ libre à la délinquance, un complément de personnel est assuré par la réserve opérationnelle.

Enfin, le renfort de la G.M. est très apprécié, voire indispensable. Un officier de gendarmerie mobile vient d’ailleurs en appui au niveau du groupement pour s’assurer de la parfaite coordination entre les effectifs des deux subdivisions d’arme.

« Cette année est vraiment singulière. Le mouvement des gilets jaunes a fortement mobilisé les gendarmes mobiles et continue de le faire. Nous avons craint que les renforts G.M. soient purement et simplement annulés, ce qui, fort heureusement, n’a pas été le cas, mais a tout de même eu pour effet direct de limiter leur période de renfort et de réduire le volume de gendarmes mobiles. De plus, pour des raisons budgétaires, nous n’avons pas pu solliciter outre mesure les réservistes opérationnels. Il a donc fallu répondre à ces écueils, qualitatifs et quantitatifs, en augmentant le volume de G.D. sur les différents postes. Pour remédier à toutes ces contraintes, le GGD 38 a été innovant, en mettant en place des renforts de G.D. volontaires pour monter en station sans être défrayés ».

Large spectre missionnel

Cinquante pour cent des unités élémentaires de l’Isère ont une dimension montagne. Les missions du DHPP correspondent donc à leur quotidien.

Cependant, ce type de détachement permet également aux gendarmes d’unités plus classiques de faire leurs premières armes dans l’univers de la montagne, où ils déclinent l’ensemble des missions de la gendarmerie : anticipation, prévention, intervention, investigation et communication. Des vocations peuvent ainsi naître.

Pour d’autres, à l’instar de la gendarme Lucile Jacquet, jeune Officier de police judiciaire (OPJ) affectée à la brigade de proximité de La Motte-Chalancon (26), un détachement au profit du DHPP est l’occasion de traiter plus de procédures que dans son unité d’origine, à faible activité judiciaire : « Nous traitons des faits de vol simple, de cambriolage avec effraction dans des résidences, de transport et de consommation de produits stupéfiants, d’agressions, etc. Nous avons même eu un cas d’exhibition sexuelle. Si besoin, nous effectuons les constatations sur les accidents de ski sur les pistes. Nous appuyons également le PGHM sur certaines enquêtes. Ce type de détachement est très formateur. »

À cela, s’ajoutent les militaires qui constituent le Groupe montagne gendarmerie (GMG). Puisés dans différentes unités élémentaires, ils peuvent accomplir des missions ponctuelles pour renforcer des dispositifs d’envergure de recherche de personne ou de secours. Sur le haut du spectre de l’environnement montagnard, les gendarmes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) viennent compléter ce dispositif, et pas seulement dans le domaine du secours en montagne, puisqu’eux aussi déclinent l’ensemble des missions dévolues à la gendarmerie.

Sécurité des mobilités

Cependant, il ne faut pas se focaliser uniquement sur les stations en montagne. Les nœuds de communication en plaine, à l’instar du péage autoroutier de Saint-Quentin-Fallavier, sont des points névralgiques, notamment lors des chassés-croisés entre les différentes zones de vacances scolaires. « La quasi-totalité des Français qui vont skier traversent l’Isère. La gestion des flux est donc primordiale. Elle est essentiellement assurée par les unités de l’escadron départemental de sécurité routière de l’Isère (EDSR 38), notamment au niveau des verrous que sont les grandes barrières de péage, en coordination avec les personnels des sociétés de gestion des autoroutes Vinci et Area. Mais cette mission impacte également pour partie les militaires des différentes unités élémentaires compétentes sur des portions du réseau secondaire », ajoute le colonel.

Maintenir le contact

La fonction contact est partie prenante de la mission prévention évoquée en préambule et entre pleinement dans le DHPP. Essentielle dans les stations de ski, elle est mise en œuvre dès la fin du mois de décembre, avec l’arrivée des premiers gendarmes mobiles.

La police de sécurité du quotidien s’effectuant là où se trouve la population, les gendarmes vont également à la rencontre des touristes skis aux pieds, ce qui ne manque pas d’en surprendre plus d’un.

La complémentarité des unités

« Nous pouvons dire que tous les effectifs du GGD 38 sont concernés par le DHPP. Mais le point clé est que, dans nos habitudes de travail, nous sommes dans un décloisonnement opérationnel et dans un décloisonnement des unités en ce qui concerne leur fonctionnement.

Cela se traduit par une continuité de l’action des unités depuis la brigade territoriale jusqu’au PGHM, avec une montée en puissance progressive. La section de recherches de Grenoble y contribue, puisqu’elle dispose d’un groupe montagne qui permet de prolonger l’action judiciaire sur des phénomènes de haute intensité sur le plan technique. Ainsi, des Techniciens en identification criminelle (Tic) spéléologues/montagnards peuvent effectuer les constatations de police technique et scientifique dans tout environnement moins accessible », conclut le colonel Marzin.

Prenez de la hauteur avec ce dossier, qui vous emmène dans l’univers de la montagne, enjeu majeur pour la gendarmerie, en termes de police judiciaire, d’intervention mais aussi de prévention. Un milieu difficile, parfois hostile, où chaque intervention nécessite la maîtrise de technicités et de savoir-faire particuliers. Unités territoriales, mobiles, spécialisées et aériennes y conjuguent leurs efforts au quotidien, été comme hiver.Prenez de la hauteur avec ce dossier, qui vous emmène dans l’univers de la montagne, enjeu majeur pour la gendarmerie, en termes de police judiciaire, d’intervention mais aussi de prévention. Un milieu difficile, parfois hostile, où chaque intervention nécessite la maîtrise de technicités et de savoir-faire particuliers. Unités territoriales, mobiles, spécialisées et aériennes y conjuguent leurs efforts au quotidien, été comme hiver.

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