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L’action du GARSI au Sénégal

Auteur : la chef d’escadron Gaëlle Pupin - publié le
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Afin de montrer une forte capacité d’intervention, le GARSI a notamment été équipé d’une quinzaine de Toyota V8, de trois blindés et d’une douzaine de motos.
© BREMG

La mise en place des GARSI (Groupes d’Action Rapides de Surveillance et d’Intervention) au Sahel contribue à la stabilisation de la zone, en renforçant les capacités opérationnelles des autorités nationales et leur contrôle effectif du territoire. Confiée à la gendarmerie nationale française depuis 2017, la coordination de ce projet européen multinational sur le territoire sénégalais a abouti au déploiement de l’unité, à Kidira, à la frontière Est du Pays.

« La lutte contre les menaces transnationales au Sahel ne peut être effective qu’avec le renforcement des capacités opérationnelles des forces nationales de sécurité et la création de conditions favorables à une meilleure coopération transfrontalière, explique le colonel Alain Fousseret (Er), désigné par le directeur général de la gendarmerie pour occuper la fonction de coordinateur national du projet GARSI-Sahel. La création d’un GARSI au sein de chaque pays membre du G5 Sahel, mais aussi du Sénégal qui a rejoint le projet, est une proposition cohérente avec la stratégie de l’Union européenne pour ces États et leur volonté de coopérer entre eux pour trouver des solutions aux problèmes de la région. »

Proposé par la garde civile espagnole, le projet GARSI-Sahel est adopté par le comité exécutif du Fonds Fiduciaire d’Urgence de l’Union européenne le 13 juin 2016. La gendarmerie nationale française, les carabiniers italiens et la garde nationale portugaise participent, dès lors, à sa mise en œuvre. « Ce projet ne prétend pas répondre à lui seul aux défis sahéliens mais propose un outil complémentaire s’intégrant pleinement dans une approche globale. » Dès l’année suivante, des dispositions sont prises pour créer les organes chargés de la mise en œuvre du projet et de son contrôle. La direction est confiée à l’Espagne, tandis que les responsabilités sont réparties au sein des institutions des trois autres pays. La gendarmerie française se voit confier deux postes de coordinateurs du projet (Sénégal et Burkina Faso) et un d’adjoint (Tchad).

S’adapter au territoire

Déployés à Dakar à compter du 1er octobre 2017, le colonel Fousseret et son adjoint, un lieutenant-colonel des carabiniers italiens, entament une mission de trois mois, dite de « diagnostic », afin de faire les premières propositions quant à la future unité à créer. Ils sont d’emblée convaincus par ce projet: « Tout l’intérêt de la création d’une unité GARSI réside dans ses caractéristiques propres à lutter contre les différentes formes de criminalité : robustesse, réactivité, polyvalence et nomadisation. »

Le GARSI vient en complément des forces de sécurité intérieure pour accroître la présence de l’État en zone reculée et transfrontalière, en y menant ses missions principales : prévenir et combattre le terrorisme et la criminalité organisée, intervenir en cas de menace grave à l’ordre public, participer au contrôle des frontières pour lutter contre l’immigration irrégulière, rechercher le renseignement et apporter un appui opérationnel au profit des services de police judiciaire. Il permet également une interopérabilité avec les forces des pays voisins (Mali-Mauritanie). « Nous avons réalisé un état des lieux sécuritaire. Rapidement, la partie Est du Sénégal est identifiée comme étant la plus exposée, avec une quasi-absence des services étatiques. Nous avons convaincu les autorités sénégalaises d’installer l’unité à Kidira, à la frontière du Mali et de la Mauritanie. »

Des propositions concrètes sont formulées à destination des hautes instances du pays et de l’état-major de la gendarmerie nationale sénégalaise, unique bénéficiaire du projet de 6,4 millions d’euros.

« Tout a été abordé : organisation et type d’unité, besoins en matériels, doctrine d’emploi, interopérabilité avec les forces de sécurité du Sénégal et celles des pays voisins, dont les autres GARSI, précise le lieutenant-colonel Jean-Philippe Maas, du Bureau des relations extérieures militaires gendarmerie (BREMG). Le rôle du coordinateur est essentiel. À lui de comprendre le fonctionnement du pays et de la gendarmerie locale pour suggérer une réglementation ou une modification de la loi, afin de faciliter l’intégration du projet au cœur du dispositif des FSI et de pérenniser l’emploi du GARSI . »

Cette mission de trois mois s’est clôturée par la production d’un rapport de diagnostic et d’un plan d’action, validés en comité de pilotage national en février 2018, puis approuvés par Bruxelles. Vient ensuite le temps de la mise en œuvre, initialement fixée à 17 mois.

Appropriation du projet par les autorités sénégalaises

L’action a d’abord porté sur le recrutement des personnels et leur formation, avec le soutien ponctuel d’experts du consortium. « La première difficulté était de trouver un vivier solide d’une vingtaine de cadres (commandement, adjoints, chefs de section, gradés d’encadrement), afin de les envoyer en Espagne pour recevoir une formation de deux mois aux techniques pédagogiques et aux tactiques de commandement », explique le LCL Maas. Cette formation s’est poursuivie pendant un mois au Sénégal et a permis de mettre en place la hiérarchie et la répartition des diverses responsabilités. Les techniques dispensées pendant les mois suivants ont, cette fois, bénéficié à toute l’unité et à des personnels spécialisés en police judiciaire, en renseignement et en soutien.

Simultanément ont été réalisées des dotations en matériels et en équipements adaptés aux besoins de la nouvelle unité. « La gendarmerie sénégalaise s’est totalement approprié le projet et a mis de nombreux moyens en œuvre afin de le faire aboutir, reconnaît le colonel Fousseret. Cette adhésion a permis de venir compléter des moyens déjà intéressants. Le texte de création du GARSI, définissant le cadre juridique de l’unité, est devenu un décret signé par le président de la République. Quelle meilleure preuve de l’enthousiasme du Sénégal pour ce projet ? »

Si le GARSI sénégalais a bénéficié d’environ 3,6 millions d’euros de dotation, il est important de noter que l’Union européenne n’a pris à sa charge ni l’armement létal, ni l’immobilier. « La gendarmerie sénégalaise a construit une caserne dédiée au GARSI et a procédé à une dotation complète, à neuf, en matière d’armement. C’est un acte d’appropriation très fort », ajoute le colonel. Un engagement d’autant plus remarquable qu’il ne semble pas être le même selon les pays…« La différence est notable, par exemple avec le Burkina Faso, également sous coordination française, note le LCL Maas. Certes, le contexte est différent, avec un positionnement de l’unité dans le Nord, avec les difficultés que l’on connaît, en l’absence de tout État de Droit, armée ou forces de l’ordre. Mais l’absence de budget propre au départ pour créer une caserne pour les deux unités fut une difficulté majeure, qu’il a fallu contourner. »

Le GARSI commence à avoir de beaux résultats à son actif, ce qui participe à sa renommée dans la région.

© BREMG

Pour faire face au terrorisme, existant grâce au financement des trafics d’armes, de drogues ou encore d’êtres humains, il fallait que le GARSI puisse montrer une forte capacité d’intervention. Il a notamment été équipé d’une quinzaine de Toyota V8, de trois blindés, d’une douzaine de motos, etc.« Il a surtout perçu des moyens exceptionnels : deux camions de vie en campagne, permettant de déployer un peloton d’une trentaine de personnes en autonomie complète pendant presque un mois, dans des zones même très reculées. Le GARSI a ainsi la capacité de s’installer dans des zones où plus personne n’est présent et de perturber les trafics qui peuvent s’y dérouler.» De même, des moyens de transmission très sophistiqués ont été mis à disposition, tout comme des caméras thermiques, afin d’observer les trafics de nuit et surveiller les frontières, ou encore des drones avec caméras de vision nocturne.

Enfin, l’action de conseil et d’accompagnement stratégiques permanente conduite par le coordinateur et son adjoint, a été doublée de phases de mentorat ponctuel opérationnel avec le concours de missionnaires de courte durée. Le tout constituant un des points forts du projet.

Un mentorat nécessaire

L’action de mentorat stratégique est conduite par le colonel Fousseret et son adjoint à destination du commandement de la gendarmerie sénégalaise. « Il s’agit de veiller à ce que le projet reste bien conforme aux objectifs », précise le colonel. Ainsi, son emploi doit être prioritairement axé sur les zones reculées et doit permettre l’interopérabilité avec les forces de défense et de sécurité des pays voisins.

Plusieurs périodes de quinze jours ont été conduites par des experts du consortium au titre du mentorat opérationnel. « Nous sommes venus au Sénégal à trois reprises, pour voir évoluer les personnels de l’unité, apprendre à les connaître et travailler avec eux. », précise le lieutenant Mathieu Bigot. Binômé avec un lieutenant espagnol à l’origine de la conception des formations, l’officier français dispose rapidement d’une vision globale du projet et prend à cœur cette mission de mentorat des 150 personnels du GARSI.

Lors du premier déploiement, l’unité n’était pas encore sur sa zone d’emploi à Kidira. « Dans la banlieue de Dakar, notre mission était de les accompagner dans leur mise en condition opérationnelle et leur montée en puissance. Nous les avons aidés à s’organiser, à gérer une instruction, les matériels, la mise en place d’alertes, de moyens pour répondre rapidement à une sollicitation. Ils n’avaient pas encore l’habitude de travailler ensemble. Maintenant, on voit qu’un esprit de corps s’est créé. » Lors du second mentorat, le GARSI étant enfin déployé à Kidira, les lieutenants ont pu les accompagner sur leur zone de travail et évaluer l’organisation de la caserne, du service, des missions et, surtout, la gestion du matériel.

« Nous avons pu nous rendre compte que l’unité était très bien intégrée dans le paysage local. C’était l’un des points essentiels à travailler, car ils étaient nouveaux sur la zone. Sur 150, seule une dizaine était originaire de Kidira. Nous leur avions conseillé de chercher l’appui de la population, en leur expliquant que les renseignements obtenus les aideraient à ramener la sécurité dans la région. » Ce qu’ils ont très bien fait, en orientant leurs missions sur la reconnaissance de zones, les prises de contact avec les chefs de village, les autorités, mais également par le biais de l’aide militaire auprès de la population (présence d’un infirmier-major qui faisait des visites médicales dans les villages). « Les périodes d’un mois et demi entre les missions nous permettaient de constater les belles avancées réalisées. Nous étions donc très confiants quant à l’aboutissement du projet. Ils commencent à avoir de beaux résultats à leur actif, ce qui participe à leur renommée dans la région… »

En effet, à peine déployés à Kidira, les personnels du GARSI sont engagés à la suite d’un double homicide et réussissent un beau coup de filet en interceptant une quinzaine de véhicules et 27 personnes. Depuis, ils enchaînent les succès, avec des missions d’interception à la frontière, des interpellations de braqueurs de bureaux de postes, etc.

« En quelques mois, le GARSI sénégalais a eu l’occasion de se distinguer à plusieurs reprises. Favorablement accueillie dans sa zone d’action, l’unité dispose aujourd’hui des outils techniques et tactiques ainsi que du matériel nécessaire pour fonctionner toute seule, reconnaît le colonel Fousseret. Pour autant, la poursuite du mentorat, au même titre que l’augmentation du nombre de ses personnels, permettrait d’en asseoir définitivement la capacité opérationnelle. Des propositions, récemment effectuées en ce sens, ont d’ailleurs été approuvées par Bruxelles, qui a validé une seconde phase du projet et la formation de 75 gendarmes supplémentaires.. Cette unité, capable de tenir la place qui lui est assignée, doit encore gagner en maturité. »