Immersion

La brigade nautique d’Embrun : entre lac et montagnes

Auteur : Angélina Gagneraud - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
Durant l’été, la brigade nautique oeuvre sur le lac de Serre-Ponçon traversé par le pont de Savines-le-Lac. L’hiver, les gendarmes sont répartis au sein de postes provisoires des stations alentours.
© SirpaGend – A. GAGNERAUD

La brigade nautique d’Embrun possède une double compétence nautique et montagne unique en France. Elle vit au rythme des saisons, sur le lac de Serre-Ponçon et en stations de ski.

« L’augmentation de la fréquentation sur le lac de Serre-Ponçon, ajoutée à la diversification des activités nautiques, a nécessité d’adapter nos moyens. La brigade nautique d’Embrun est née de ce constat, commente le colonel Christian Flagella, commandant le groupement de gendarmerie départementale des Hautes-Alpes. Toutefois, l’hiver, le lac est vidé pour irrigation et les militaires sont alors au “chômage technique”. C’est pourquoi ils passent de marins à montagnards et ouvrent trois postes provisoires, avec d’autres renforts du groupement ainsi que des gendarmes mobiles des escadrons montagne de la région. C’est en quelque sorte prévu dans leur “contrat”. » Ainsi, ces gendarmes départementaux sont astreints au « célibat géographique » : chaque année, pendant quatre mois, ils montent en station et laissent leur famille une cinquantaine de kilomètres plus bas.

Un quotidien bien spécifique

Du fait de ses caractéristiques, le lac de Serre-Ponçon est régi par une législation particulière. La retenue d’eau étant nichée entre les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, la brigade nautique est compétente sur les deux départements. D’une superficie de 28 km², cette retenue artificielle, la plus importante de France et la deuxième d’Europe en termes de capacité, répond à la réglementation des eaux intérieures.

« Beaucoup d’Européens viennent en vacances ici, notamment des Néerlandais. Or, la législation diffère d’un pays à l’autre et ils se retrouvent souvent en infraction, souligne l’adjudant (ADJ) Frédéric Dourlen, commandant l’unité. Par exemple, ici les mineurs de moins de 12 ans doivent impérativement porter un gilet de sauvetage, quelle que soit l’activité qu’ils pratiquent sur l’eau. Un permis est notamment obligatoire pour la conduite d’une embarcation de plus de six chevaux et la nage est interdite au-delà des 100 mètres de bande de rive. »

Au cours des patrouilles, les infractions constatées le plus couramment sont également les plus dangereuses : défaut de permis, absence de gilet de sauvetage et d’extincteur. Aussi, les gendarmes, tous pilotes d’embarcation, multiplient les contrôles et se montrent particulièrement vigilants lorsque des enfants en bas âge se trouvent à bord.

 

Changement de décor en saison hivernale. Dès l’ouverture des domaines skiables, les militaires de la brigade nautique chaussent leurs après-skis. Durant quatre mois, ils sont répartis sur trois postes provisoires de la compagnie de Briançon. « Nous intervenons si la responsabilité de la station est engagée, pour effectuer les constatations lors de collisions sur les pistes. Nous intervenons sur des bagarres la nuit et, surtout, nous recueillons les plaintes à la suite des nombreux vols en tous genres », explique l’ADJ Hervé Monlezun.

Fin février dernier, à la station « Risoul 1 850 », un vol à main armée s’est produit dans une boutique de location de scooter des neiges. Dans l’heure qui a suivi, les gendarmes du poste ont tous été engagés aux côtés du Psig et d’une équipe cynophile pour rechercher les malfaiteurs, retrouvés, après quelques heures, quelques centaines de mètres en contrebas de la station,… transis !

Prévenir et secourir

Porter assistance et secours aux plaisanciers rencontrant des difficultés sur l’eau est régulier, c’est pourquoi tous les militaires sont formés PSE 2. Ils dispensent des messages de prévention à l’attention des touristes. De même, en période d’affluence estivale, les recherches de personnes disparues sont quasi hebdomadaires. Celle du 1er août dernier a nécessité l’engagement de l’unité jusqu’à la tombée de la nuit, aux côtés des plongeurs sapeurs-pompiers. Ce jour-là, plusieurs témoins signalent une personne, tout habillée, sautant du pont de Savines. La thèse du suicide est alors envisagée. Toutefois, les recherches restent infructueuses et aucune disparition de personne n’est signalée. Les services concluent à un jeu ou à un défi.

Afin d’être en mesure d’intervenir sur le domaine skiable, tous les militaires de l’unité sont formés au CEM et certains d’entre eux ont obtenu le DQTM. « À Risoul, il y a deux ans, une avalanche s’est déclenchée le jour de l’ouverture de la saison de ski, se remémore l’ADJ Monlezun. Posséder des connaissances du milieu montagneux est indispensable compte tenu de notre emploi en saison hivernale. Entre les accidents pouvant mettre en cause la responsabilité de la station, les épisodes neigeux, les éboulements ou les avalanches, nous sommes engagés dans des conditions parfois difficiles. Évidemment, selon les cas, nous intervenons avec les professionnels de la station et nos camarades du PGHM. »

Échanges entre professionnels

L’hiver, en station, les patrouilles s’attachent quant à elles à nouer contact avec les agents immobiliers, qui ont en charge les locations d’appartements pour les tour-opérateurs, les gérants d’hôtels ou encore de bars de nuit. « Sur appel ou d’initiative, nous nous déplaçons souvent la nuit au sein de leurs établissements. Chaque début de semaine, nous venons nous renseigner sur l’arrivée des groupes, prendre un peu la température : combien de promotions d’étudiants de grandes écoles sont présentes par exemple ? »

Une activité nocturne bien animée

En juillet et en août, les mercredis soir sont festifs. Le MDC Fabrice Mouillard se répète une bonne partie de la soirée : « Bonsoir, vous venez d’où ? Chorges ? Il va falloir faire retour s’il vous plaît ! Vous ne pouvez pas naviguer sur le lac la nuit. La seule exception ce soir concerne les embarcations en provenance de Savines-le-Lac. Non, si vous ne venez pas de Savines, vous ne pouvez pas assister au feu d’artifice sur l’eau. Désolé, merci, au revoir. » La navigation de nuit est en effet formellement interdite sur le lac tous les soirs d’été et les gendarmes veillent à faire respecter cet arrêté inter-préfectoral.

Toutefois, la commune de Savines-le-Lac bénéficie d’une dérogation le mercredi soir en raison du feu d’artifice qu’elle organise pour ses habitants et les plaisanciers amarrés à ses ports. « Notre mission ce soir est de faire respecter cet arrêté et donc de demander à certains pilotes de rentrer au port. Nous gérons surtout la sécurité sur le lac, car plusieurs embarcations n’ont pas installé les lumières réglementaires. Sans cela… le risque de collision est assuré. »

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Au cœur des montagnes enneigées, dès 17 heures, la Grotte du Yéti monte le son. La terrasse est bondée de skieurs qui souhaitent faire la fête. Incivilités, comportements dangereux, alcoolisation excessive sur la voie publique, tapage, usage de stupéfiants et bagarres rythment les soirées des militaires du poste provisoire. Toutes les nuits, une patrouille est prévue au service. « Les débordements sont très nombreux. Une partie de la station, plus familiale, est calme. Mais l’autre partie… Avec les tour-opérateurs et les étudiants en vacances, c’est une autre histoire ! » constate le GND Pierre-Alain Lerou, de l’EGM 26/6 de Gap, en renfort à l’unité. Qui dit débordements dit également dérapages et accidents malheureux. « Je me souviens d’une saison où une jeune touriste d’Europe centrale s’amusait à passer de balcon en balcon… L’alcool aidant, elle a terminé son jeu sept étages plus bas… au moment où nous avons été appelés », déplore l’ADJ Hervé Monlezun.