Immersion

Le dispositif de sécurité de la gendarmerie en Irak

Auteur : Le CNE Eric Costa - publié le
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Véhicule blindé utilisé par le GIGN pour escorter l’ambassadeur de France lors de ses sorties en dehors de l’emprise diplomatique.
© GIGN - Mika

La défense des emprises diplomatiques françaises en Irak s’appuie sur un dispositif conduit par la sécurité-protection du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale.

La France a choisi d’installer son enceinte diplomatique en « zone rouge » et non pas dans le secteur ultra-sécurisé de Bagdad, appelé « zone verte », qui accueille notamment le parlement et les services du gouvernement irakiens ainsi que l’immense ambassade des États-Unis. Même si les attentats sont réguliers dans la capitale irakienne et les tirs extérieurs assez fréquents, il était important pour la France d’être représentée au cœur des populations locales.

Un détachement de gendarmerie, placé sous la responsabilité de la sécurité-protection du GIGN, assure la protection des diplomates, des divers agents de l’ambassade et des emprises françaises. Il se compose de militaires du GIGN, de Techniciens d’escorte d’autorité et de sécurisation de site (TEASS) et de Gendarmes mobiles (G.M.), détachés sur place pour une durée de trois mois.

L’ensemble, dont le détail doit rester confidentiel pour des raisons évidentes de sécurité, représente une trentaine de militaires. « L’ouverture de cette mission, en 2004, s’est faite dans un contexte très difficile : une ambiance dégradée, voire chaotique et des conditions de vie spartiates, explique le capitaine Rémy G., commandant en second de la sécurité- protection. Actuellement, la dangerosité n’est plus la même que lors des premiers détachements, mais les conditions d’exécution demeurent rustiques. En particulier du fait de la promiscuité et du confinement. » La localisation des emprises diplomatiques françaises en zone rouge a par ailleurs conduit le GIGN à adapter ses modes opératoires, son organisation et ses matériels à « la mission Bagdad ».

Protection de la plus haute autorité

Le GIGN est exclusivement dédié à la protection de l’ambassadeur. Les rapports entre l’autorité et ces experts de la sécurité se construisent autour de deux intérêts pouvant sembler antagonistes : la nécessité pour l’ambassadeur de rayonner et la préservation de son intégrité physique. « Le chef de détachement est avant tout un conseiller technique en matière de sécurité. En fonction des situations et de différents paramètres, nous devons tout mettre en œuvre afin de permettre à l’ambassadeur de mener à bien sa mission. Si nous sommes amenés à émettre des réserves, il sait qu’elles ne sont pas formulées sans raison et le plus souvent il les comprend et les accepte, même si cela peut parfois contrarier son travail, précise Rémy G. En fonction de l’évolution de la situation sécuritaire du pays, nous élevons ou abaissons le curseur. Pour autant, l’ensemble des militaires conserve le même niveau de vigilance en tout temps, ce qui peut être éprouvant sur la durée, et une grande discipline quel que soit le degré de menace. »

Techniciens d’escorte d’autorité et de sécurisation de site (TEASS) escortant un personnel de l’ambassade de France en Irak lors d’une sortie officielle de l’emprise diplomatique.

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Une sécurité renforcée pour tous

Toute sortie de l’emprise diplomatique est interdite sans escorte. Toute demande d’autorisation doit être faite au moins 48 heures à l’avance afin d’effectuer les éventuelles reconnaissances. Le GIGN ne pouvant pas se démultiplier, la sécurisation des déplacements des autres autorités (attaché de sécurité intérieure ou attaché de défense) est confiée aux TEASS. Ces derniers sont également sollicités pour escorter tout autre personnel de l’ambassade amené à quitter l’emprise, à l’instar d’un agent administratif qui se rendrait à l’aéroport pour partir en congés.

Gendarmes mobiles ou gardes républicains, les TEASS sont sélectionnés et formés par le GIGN. « Hormis l’ambassadeur, nous escortons tout personnel en rendez-vous extérieur », raconte l’adjudant-chef Bruno Ponche, de l’EGM 11/9 de Villeneuve-d’Ascq et breveté TEASS depuis 2013. Et le militaire tout juste de retour d’Irak de préciser : « Quoi qu’il en soit, la totalité de l’effectif est engagée sur chaque mission. Seules deux sorties simultanées peuvent être autorisées. Quand il faut faire des choix, c’est au chef de détachement du GIGN de trancher. »

Une fois la mission attribuée aux TEASS, ces derniers la préparent jusqu’au choix de l’itinéraire, en fonction des renseignements d’ambiance obtenus, parfois même en dernière minute. Leur manœuvre tactique est validée par le GIGN avant exécution. « Malgré le risque avéré sur ce territoire, nous n’avons jamais été accrochés lors d’une mission d’escorte durant mon séjour. Nous appliquons les techniques enseignées et, dans la mesure du possible, nous circulons discrètement. Il faut malgré tout une part de chance », confie-t-il. Les TEASS peuvent aussi être engagés sur une mission aux côtés des militaires du GIGN, comme ce fut le cas le 2 janvier 2017, à l’occasion de la visite officielle du président de la République. Dans cette manœuvre pilotée par l’unité d’élite, chacun travaille côte à côte, tout en conservant ses objectifs et ses moyens respectifs.

Les T-walls sont des murs anti-explosifs en béton armé qui entourent notamment l’ambassade de France en Irak.

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Un site sous haute surveillance

La sécurisation de l’ambassade est l’affaire de tous mais elle constitue la mission essentielle et prioritaire des gendarmes mobiles qui veillent en permanence sur l’enceinte. « Notre détachement sécurise l’emprise diplomatique 24h/24h. De manière active, par des patrouilles intérieures le long de l’enceinte, et passive grâce à la vidéosurveillance. Nous sommes appuyés par un dispositif de policiers irakiens sur le périmètre extérieur », détaille le major Christophe Papadopoulos, chef du détachement de l’EGM 11/6 de Marseille, rentré d’Irak en janvier dernier.

Les G.M. sont également chargés du contrôle des accès, que ce soit pour les visiteurs, les demandeurs de visa, les livraisons ou encore les employés locaux résidant à l’extérieur. S’ajoute à tout cela la gestion de la partie logistique de l’ambassade, depuis l’eau potable jusqu’au carburant alimentant les groupes électrogènes. Le rythme d’emploi soutenu oblige tous les militaires, du gendarme au gradé, à contribuer de la même façon à la bonne exécution du service.

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Et ce, dans des conditions rustiques d’hébergement et une chaleur omniprésente (supérieure à 50 °C en été). « Le détachement est uniquement composé de volontaires. Ils se sont bien préparés physiquement et psychologiquement. Malgré le contexte d’enfermement permanent, la maturité et l’expérience des hommes, ajoutées à la bonne cohésion du groupe, permettent de garder le moral au beau fixe », estime le major.

Plus de dix années sur ce territoire à haut risque ont ainsi permis à la gendarmerie, et au GIGN en particulier, de se forger une solide expérience et de mettre en valeur toute l’étendue de leurs savoir-faire. Au fil des missions, les gendarmes ont su gagner la confiance et la reconnaissance pleines et entières du ministère des Affaires étrangères et du développement international.