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Parcs ostréicoles : les gendarmes renforcent leur sécurité

auteur : Morgane Jardillier - publié le
© © SIRPA/MAJ.F. Balsamo

À quelques jours des fêtes de fin d’année, l’activité ostréicole bat son plein dans les bassins. Cette période clef de l’année est particulièrement redoutée par les professionnels, parfois victimes de vols. Du côté d’Arcachon, les gendarmes multiplient les opérations de contrôle et de surveillance. Sur terre, en mer ou dans les airs : tous les moyens sont bons pour sauver la reine des plateaux de fruits de mer !

Autour du bassin d’Arcachon, l’un des principaux centre ostréicole de France, c’est l’agitation dans les cabanes, qui tournent à plein régime en cette fin d’année. Pour les professionnels, cette période est un moment crucial puisqu’ils vont réaliser plus de la moitié de leur chiffre d’affaires annuel. Un pic d’activité parfois synonyme de sensibilité.

Pour prévenir les vols et dissuader les visiteurs indélicats, les gendarmes du groupement de gendarmerie départementale de la Gironde déploient d’importants moyens. Patrouilles pédestres, en vélo, en voiture ou en bateau, parfois appuyées par un drone ou un hélicoptère équipés de caméra de surveillance… Les huîtres, proies tentantes des voleurs, sont surveillées de près !

Redoubler de vigilance

Recherchée en gastronomie, l’huître affole et attire les fins gourmets mais aussi parfois les personnes peu scrupuleuses. Avec de nombreux coquillages ramenés à terre pour être affinés en claire, de gros volumes représentant des sommes importantes, des marchés à honorer et, parfois, une production pas toujours au rendez-vous… la tentation est forte pour les voleurs.

« Nous mettons en place des services en ciblant les points clefs : les endroits où les stocks de marchandises sont les plus importants, comme les commerces et les ports, en effectuant des contrôles à vocation préventive et dissuasive, de jour comme de nuit », dévoile le lieutenant Jean-Philippe M., commandant la brigade de gendarmerie départementale de Gujan-Mestras. Un dispositif qui monte en intensité selon les périodes de l’année.

Les patrouilles sont aussi l’occasion de venir à la rencontre des professionnels. « Nous échangeons sur leurs problématiques et sur les difficultés qu’ils sont susceptibles de rencontrer, comme les vols de poches par dizaines, des soucis de production, de mortalité…, explique la maréchale des logis-chef Isabelle B, de la brigade de Gujan-Mestras. Ces renseignements permettent ainsi de connaître le marché ostréicole et sont souvent utiles lors d’enquêtes judiciaires. »

© © SIRPA/MAJ.F. Balsamo

Les gendarmes invitent également les ostréiculteurs à prendre eux-mêmes des mesures de surveillance, en rappelant les gestes élémentaires de sécurité et de protection.

Même si les vols se passent le plus souvent en mer, les gendarmes « sur terre » ont de quoi dissuader ceux qui seraient tentés de partir en quête du fameux mollusque de manière illégale. « Le maillage territorial de la gendarmerie et la collaboration interservices prennent tout leur sens. Sur terre, nous avons des renseignements que n’ont pas forcément les autres unités également mobilisées dans la lutte contre les vols d’huîtres. Ce sont ces échanges qui nous permettent parfois de dénouer quelques affaires », confie le lieutenant.

La perle de la sécurité

Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse beau, les gendarmes de la brigade nautique surveillent les parcs à huîtres par tous les temps. L’objectif : assurer une présence visible afin de dissuader les vols. « Nous maintenons une surveillance tout au long de l’année avec des horaires atypiques. Il y a une sorte d’autosurveillance mais lorsque les conditions météo sont dégradées et que les parcs sont déserts, le risque de vol est le plus probable », explique l’adjudant-chef Jérôme Goussard.

À bord de leur vedette, direction l’île aux Oiseaux ! L’embarcation s’arrête à quelques encablures des parcs. « Nous relevons les immatriculations des barges ainsi que les identités des personnes présentes afin de vérifier qu’elles travaillent sur leur propre concession. » Certains n’hésitant pas, en effet, par manque de coquillages, à se servir dans les parcs voisins…

Des vols d’huîtres entre ostréiculteurs

Les gendarmes, comme les professionnels, n’ont guère de doute sur les auteurs de vol. « Il est vrai que l’on peut difficilement concevoir qu’un bateau de plaisance puisse, de jour comme de nuit, s’approcher des parcs et dérober des tonnes d’huîtres. Pour voler une telle quantité, il faut avoir du matériel adéquat, connaître les sites, les tables, la maturité et, surtout, avoir un circuit de commercialisation. »

© © SIRPA/MAJ.F. Balsamo

Aucun ostréiculteur n’est assuré contre les vols. C’est donc l’avenir de leur entreprise qui est en jeu. En octobre 2017, un vol a particulièrement marqué les gendarmes et la profession. « Un jeune ostréiculteur s'est fait dérober sept tonnes d’huîtres. Cela représente trois années de travail. En une nuit, en l’espace d’une marée, il a tout perdu, engendrant la cessation de son activité. C’est aussi pour cela que nous nous devons d’être présents et plus particulièrement à l’approche des fêtes. »

Des moyens de surveillance supplémentaires

Les vols étant le plus souvent commis la nuit, les gendarmes de la brigade nautique sillonnent les parcs, appuyés par un hélicoptère de la section aérienne de Mérignac, équipé d’une caméra thermique et d’un projecteur. « Cela nous permet d’élargir notre rayon d’action et de gagner du temps », confie l’adjudant-chef de la brigade nautique.

Son unité a également décidé de renforcer ses surveillances en utilisant un drone. L’engin volant, équipé d’une caméra, survole les parcs dans le but de repérer la présence d’éventuels bateaux et professionnels qui n’auraient rien à y faire. Les images enregistrées pourraient ensuite être utilisées comme preuve dans le cadre d’une enquête judiciaire.

© © SIRPA/MAJ.F. Balsamo

Les gendarmes utilisent également un véhicule nautique à moteur, plus couramment appelé jet-ski. Au-delà de l’aspect ludique, il s’avère être l’un des moyens complémentaires les plus appropriés pour mener à bien les missions de surveillance et de contact auprès des ostréiculteurs. « Le jet-ski peut accéder à des parties du parc inaccessibles en bateau à marée basse et nous permet de faciliter la prise de contact avec les professionnels travaillant dans les rangées d’huîtres. »

Rester concentré

Si des phénomènes de délinquance de vols ont toujours été observés, aucun des vols n’est à déplorer, pour l’instant, dans le bassin d’Arcachon. Les mesures mises en place ont probablement permis de dissuader d’éventuelles personnes mal intentionnées.

« C’est encourageant, mais on ne crie pas victoire pour autant. En une nuit, on peut avoir un ou plusieurs vols, représentant plusieurs centaines de kilos, voire de tonnes dérobées et, malheureusement, la période sensible n’est pas encore terminée. »

Pas question donc de relâcher la pression, promettent les gendarmes du groupement de gendarmerie départementale de Gironde.