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Participation citoyenne : tous investis pour la sécurité !

auteur : l’aspirante Morgane Jardillier - publié le
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Mise en place dans les secteurs particulièrement touchés par les cambriolages et les incivilités, la participation citoyenne consiste à associer les habitants à la sécurité de leur commune ou de leur quartier. Ce dispositif encourage ainsi la population à adopter une attitude solidaire et attentive, ainsi qu’à informer les forces de l’ordre de tout fait particulier.

Signalement de véhicule ou d’individu suspect, de démarcheur douteux, surveillance mutuelle des habitations en l’absence de leurs occupants, information et prévention auprès de la population, les citoyens sont les alliés des forces de l’ordre. Si la sécurité de la population relève de la responsabilité de l’État, il n’en demeure pas moins que chaque citoyen doit y contribuer.

Une démarche partenariale et solidaire

Initiée en 2006, la participation citoyenne instaure une coopération renforcée entre la gendarmerie, la mairie et les habitants d’une commune ou d’un quartier, qui se trouvent alors associés à la sécurité de leur espace. « Ce concept est fondé sur la volonté de la population d’apporter sa contribution à l’effort collectif de sécurité et vise à développer un comportement de nature à mettre en échec la délinquance, explique le chef d’escadron Thomas Lallemand, en charge du dispositif de participation citoyenne au sein du bureau de la sécurité publique.

Consistant à se rapprocher de la population et des élus pour mieux répondre à leurs attentes, la participation citoyenne s’inscrit pleinement dans le cadre de la police de sécurité du quotidien. » L’association de la population, des élus et des forces de sécurité de l’État permet d’ailleurs à ce dispositif de se distinguer de la vente d’applications proposées aux collectivités par des entreprises privées (Voisins vigilants, Neocity). À ce jour, des dispositifs de participation citoyenne sont actifs partout en France. Plus précisément, 4 370 communes ont signé un protocole, en lien avec leur préfecture et la gendarmerie, et de nouvelles sont régulièrement signées.

Une adhésion réelle

La délinquance évolue. Les vols et les tentatives d’escroqueries des démarcheurs peu scrupuleux se multiplient. Il faut donc redoubler de vigilance. La commune de Dardilly (69) a privilégié la cohésion, le partage d’informations et le bien vivre ensemble pour veiller les uns sur les autres. En 2015, cette commune de 9 000 habitants a ainsi décidé d’adhérer au dispositif de participation citoyenne. Il n’a pas été nécessaire de démontrer longuement l’intérêt qu’elle pouvait retirer de cet engagement. « Nous avions déjà cette notion de proximité et de vigilance en ayant développé les comités de quartier. Cela a donc été facile de basculer dans ce dispositif de participation citoyenne, car nous avions déjà ce maillage territorial et des référents de quartier prêts à s’investir », explique Rose-France Fournillon, maire de la commune de Dardilly. Et comme la vigilance est l’affaire de tous, le service de la police municipale est également associé au dispositif, notamment dans la recherche de l’engagement de la population, le choix des citoyens référents, la connaissance des informations remontées, ainsi que l’évaluation et l’adaptation du dispositif.

Partage d’informations

Le dispositif de participation citoyenne recherche avant tout l’engagement de la population à travers la création d’un réseau d’observateurs et de référents qui assurent le contact entre la gendarmerie et les habitants de la commune. Être référent demande simplement d’avoir un œil averti et de signaler tous les éléments paraissant suspects. « Nous nous appuyons sur eux pour échanger des renseignements. Notre volonté est de travailler ensemble afin d’endiguer au maximum les phénomènes liés à la délinquance itinérante », explique le lieutenant Rodolphe Woerth, commandant la brigade territoriale autonome de Dardilly. Charge ensuite à ces référents de diffuser l’information auprès de leurs concitoyens.

Après avoir établi une cartographie de la délinquance sur sa circonscription, le commandant de brigade, en lien avec le groupement de gendarmerie départementale et la mairie, identifie les secteurs où ce dispositif est nécessaire.

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Sensibiliser et non dénoncer

Cette participation citoyenne encourage avant tout les personnes à avoir une attitude attentive. « Être vigilant mais pas vigile ! », insiste l’officier. Strictement encadré, ce dispositif veille à ce que l’engagement des citoyens ne les conduise pas à s’arroger des prérogatives relevant des seules forces de l’ordre. « On ne leur demande pas d’effectuer des patrouilles, ni d’intervenir et de se substituer aux gendarmes. » Il est simplement demandé aux référents de noter le maximum d’informations (type de véhicule, immatriculation, couleur, descriptif physique et vestimentaire d’individus suspects…), afin de faciliter l’action des gendarmes et de permettre la mise en place de plans opérationnels adéquats. « Il n’est pas question de délation, mais d’avoir les bons réflexes d’attention au bon moment. »

Une démarche complémentaire

Ce contrat propose une démarche de veille citoyenne qui vient en complément des autres actions menées sur le terrain parles forces de l’ordre (opération tranquillité vacances, senior, appui des collectivités en matière de vidéoprotection…) « Ce dispositif est un levier complémentaire visant à amplifier l’efficacité de la prévention de la délinquance », définit l’officier. Pour renforcer sa visibilité, une signalétique spécifique à la participation citoyenne sera apposée, en fin d’année, aux entrées de la commune, afin d’afficher la vigilance de la population et peut-être, ainsi, de dissuader voleurs, rôdeurs ou autres démarcheurs malintentionnés.

Quand participation rime avec animation

Pivot en matière de prévention de la délinquance, le maire joue un rôle majeur dans la mise en place et le suivi de ce dispositif. « Nous nous positionnons en tant qu’animateurs de cette participation citoyenne. C’est pour cela que nous avons recruté 27 référents pour assurer le rôle de relais entre la population et la gendarmerie et nommé un adjoint au maire référent de ce dispositif. Ils sont les garants du bon fonctionnement de ce protocole », précise Madame le maire. Les conditions de réussite reposent également sur l’organisation de réunions publiques.

À Dardilly, une réunion rassemblant les élus, la gendarmerie et les référents citoyens est organisée tous les trimestres. Elle permet d’échanger les renseignements et de rappeler les bons réflexes.

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À Dardilly, une réunion est organisée tous les trimestres, en lien avec la gendarmerie et la police municipale, afin de sensibiliser et d’alerter la population sur l’émergence de certains phénomènes liés à la délinquance itinérante visant la commune. « Nous indiquons aux référents les consignes et les comportements à adopter. Nous leur recommandons de surveiller les habitations en l’absence de leurs occupants, de relever régulièrement le courrier des absents, de signaler les incivilités ou les démarcheurs suspects. Nous insistons surtout sur l’importance de composer le numéro d’urgence, le 17. L’accent est mis sur le fait qu’ils ne dérangent jamais », expose le lieutenant. Ces réunions sont également accompagnées d’une distribution de documents ou de brochures prodiguant des conseils de vigilance sur des thématiques spécifiques.

Recréer des liens

Le lieutenant Woerth est affirmatif : « la participation citoyenne a permis de retrouver une proximité avec les élus et la population. » D’ailleurs, l’officier invite systématiquement les référents citoyens aux différentes cérémonies militaires avec les élus ou à des démonstrations mettant en avant les savoir-faire de la gendarmerie. Si cette démarche vient renforcer le contact et les échanges entre les forces de l’ordre et la population, elle encourage aussi le lien social entre les habitants. Animé d’un esprit civique et protecteur, Monsieur Patrick Francillon, référent citoyen à Dardilly, est fier de faire partie d’une « démarche citoyenne qui génère des échanges et des solidarités de voisinage ».