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UOFA : une unité de sécurité intérieure franco-allemande

Auteur : Eric Costa - publié le
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L'Unité opérationnelle franco-allemande (UOFA) lors d'une opération de sécurité des mobilités aux abords d'Offenbourg, en Allemagne.
© MI DICOM / ADC D.Mendiboure

La France et l’Allemagne intensifient constamment leur coopération en matière de sécurité et de défense européennes. Entrant pleinement dans ce cadre, l’Unité opérationnelle franco-allemande (UOFA) contribue à la sécurité des mobilités, en associant la gendarmerie nationale et la police fédérale allemande, au niveau de la frontière entre les deux pays mais également à l’occasion de certains grands événements.

L’UOFA est une unité de circonstance qui a une existence officielle depuis la signature d’un arrangement administratif entre le ministère de l’Intérieur français et le ministère fédéral de l’Intérieur, de la Construction et du territoire de la République fédérale d’Allemagne, en marge du conseil franco-allemand de défense et de sécurité qui s’est réuni le 16 octobre 2019 à Toulouse.

Une sécurité des mobilités commune

Afin de lutter efficacement contre le terrorisme, la délinquance itinérante et la pression migratoire, la gendarmerie nationale a positionné la mission de sécurité des mobilités comme une de ses priorités stratégiques. Afin d’être encore plus efficace, elle s’est tournée vers ses partenaires transfrontaliers, notamment l’Allemagne, particulièrement demandeuse.

« L’UOFA a toute sa place dans la sécurité des mobilités. Coopération internationale concrète sur le terrain, elle permet de travailler en bilatéral, que ce soit en transfrontalier, ou sur l’un des deux territoires. Lorsque des gendarmes opèrent du côté allemand en appui de la Polizei, ils facilitent le contrôle des ressortissants français. En plus de limiter la contrainte de la langue, la présence des gendarmes permet de consulter les différents fichiers français via Neogend, ce qui est une réelle plus-value reconnue par nos homologues allemands. Les gendarmes sont également en mesure d’éclairer un français qui s’interrogerait sur un point particulier, ou qui désirerait déposer plainte. Les gendarmes ne sont cependant qu’une force en appui, la compétence territoriale restant entre les mains des policiers allemands. Le principe est le même lorsque ce sont les policiers allemands qui viennent appuyer la gendarmerie sur notre territoire », explique le lieutenant-colonel Philippe Gangloff, chef du bureau du renseignement zonal de la division des opérations de la Région de gendarmerie du Grand Est (RGGE) et coordinateur du projet UOFA pour la direction générale de la gendarmerie nationale et la RGGE.

Une mixité de profils

L’intérêt particulier de cette unité est qu’elle rassemble différentes compétences. L’UOFA est en effet composée de dix militaires issus de brigades territoriales, d’unités motocyclistes, de brigades de recherches ou de pelotons de surveillance et d’intervention du côté français. Tous ayant répondu à un appel à volontaires et maîtrisant parfaitement la langue germanique. Ils restent affectés dans leurs unités respectives et sont mobilisés lorsqu’une mission est confiée à l’UOFA.

Pour compléter cette unité, il sont associés à dix policiers fédéraux allemands, pendant de la police aux frontières française, particulièrement compétents pour le traitement des infractions migratoires ou de fraude documentaire, et plus précisément des forces mobiles de la police fédérale allemande, chargée de la mise en œuvre du projet.

Lors des opérations aux abords des frontières, ils sont rejoints par les services des douanes du pays accueillant, ce qui peut-être comparé aux Groupements interministériels de recherches (GIR) français, qui réunissent plusieurs administrations et services (gendarmerie, police et douanes) pour lutter contre l’économie souterraine et les différentes formes de délinquance organisée.

 

Une formation commune

Pour travailler dans des conditions optimales de sécurité, les membres de l’UOFA devaient absolument avoir un socle de formation commune. L’incompatibilité des statuts des deux forces, une civile et l’autre militaire et surtout un mode de formation initiale foncièrement différent n'ont pas permis de dupliquer le modèle initié entre la France et l’Espagne, à Valdemoro et à Dijon.

C'est dans dans le domaine de la formation continue que les deux pays se sont engagés pour une coopération approfondie : c'est le début du projet UOFA en été 2017.

Parallèlement aux travaux de rédaction de l'arrangement administratif, la mise sur pied de l'unité est engagée. Dès mars 2018, un perfectionnement linguistique a ainsi été dispensé à l’ensemble des membres de l’unité durant 15 jours au Centre national de formation aux langues et à l’international de la gendarmerie (CNFLIG), à Rochefort.

Sur le plan opérationnel, les personnels volontaires ont suivi quatre semaines de formation commune.

Tout d’abord, ils ont suivi des modules de sensibilisation au maintien et au rétablissement de l’ordre, aux tueries de masse et à l’intervention professionnelle au Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG), à Saint-Astier, et au Centre Régional d'Instruction du Grand Est, à Baccarat. Ils ont ensuite suivi une instruction au groupement des forces mobiles de la Police Fédérale de Bad Bergzabern, en Allemagne.

Enfin, dans la perspective d’une éventuelle projection sur le plan international, sur des missions de l’ONU ou de l'U.E., les personnels de l'UOFA ont suivi durant deux semaines un stage de préparation aux missions internationales dans un centre de formation de la Police du Land de Rhénanie du Nord / Westphalie, missionné pour l'occasion par le ministère fédéral de l'intérieur. À l'issue de cette séquence, les personnels ont obtenu la certification ONU/U.E.

Une opération inédite

Déjà présente à effectif complet lors de deux étapes du Tour de France 2019 et pendant le rassemblement du G7 à Biarritz, l’UOFA a engagé quelques binômes lors de la fête de la bière à Munich ou celle du Cannstatter Wasen à Stuttgart, fête populaire rassemblant plusieurs millions de visiteurs pendant trois semaines. La résonance internationale de ces différents événements justifiait pleinement l’engagement de cette unité.

Mardi 26 novembre 2019, grande première, c’est dans le cadre des problématiques migratoires et plus largement dans un dispositif de contrôle transfrontalier des flux que l’UOFA a été engagée sur un secteur allant du nord d’Offenbourg au nord de Bâle, dans le Bade-Wurtemberg en Allemagne.

Agir rapidement

Seulement quatre binômes de l’UOFA (quatre gendarmes et quatre policiers fédéraux allemands) ont été nécessaires pour venir appuyer la douane allemande et la police du Land (Landespolizei), compétente pour les infractions de droit commun, sur un dispositif de sécurité des mobilités aux frontières, déployé sur huit points de contrôle.

Le dispositif s’étendant sur plus de 130 kilomètres, de Roppenheim à Chalampé, le long de la bande rhénane, pour être pleinement efficace durant le créneau 12h – 17h, le concours d’un hélicoptère de la Bundespolizei a permis de projeter les binômes toutes les heures, d’un point de contrôle à un autre. Grâce à ce mode opératoire, un maximum de bande frontalière a été couvert en un temps record.

Au résultat...

Un total de 42 faits a été constaté au cours de cette opération. Six personnes recherchées ont été identifiées, dont une faisant l'objet d'un mandat d'arrêt. Les autres faits concernaient essentiellement des infractions de fraude documentaire, d’entrée illégale sur le territoire, de défaut de permis de conduire, de détention d'arme (poignard et bâton télescopique), etc. Sept faits ont fait l'objet d'une remise aux fonctionnaires de la police du Land.

Pour le partenaire allemand, le bilan est plus que positif. La plus-value de l'engagement de la gendarmerie, ici par le biais de l'UOFA pour cette première, est indéniable et le souhait a d'ores et déjà été émis de pouvoir reconduire ce type d'opération coordonnée, à l’instar de ce qui est déjà en place depuis des années entre l’Allemagne et la Suisse.