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Val-d'Oise : des patrouilles de réservistes sécurisent le réseau de bus

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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Le dispositif de patrouilles autonomes de réservistes dans les bus, expérimenté par le groupement de gendarmerie du Val-d'Oise, est désormais étendu à l’Essonne, à la Seine-et-Marne et aux Yvelines.
© Sirpa gendarmerie - MDL Florian Garcia

Expérimenté par le groupement de gendarmerie départementale du Val-d'Oise depuis octobre 2018, ce dispositif a convaincu Île-de-France Mobilités de le pérenniser mais également de l'étendre, dans le cadre d'une convention signée avec la direction générale de la gendarmerie début juillet, aux trois autres départements de la grande couronne francilienne : l’Essonne, la Seine-et-Marne et les Yvelines.

2 août - 8 h 30. Dans les locaux de la Brigade territoriale autonome (BTA) de Louvres, dans le Val d’Oise, quatre gendarmes s’équipent pour partir en mission. Jusque-là rien de très inhabituel… Excepté que tous les quatre sont réservistes opérationnels et qu’ils s’apprêtent à partir en patrouille en totale autonomie… à bord des bus qui sillonnent la circonscription.

Tous les quatre sont rompus à l’exercice, puisque le groupement de gendarmerie départementale du Val-d’Oise (GGD 95) expérimente ce dispositif depuis le 22 octobre 2018, dans le cadre d’une convention locale signée avec l’opérateur Kéolis, sur le périmètre du dispositif de QRR (Quartier de Reconquête Républicaine) de Fosses-Louvres.

Au carrefour de la PSQ et de la sécurité des mobilités

« Cela fait déjà quelques années que la gendarmerie a pris conscience que la mobilité ne se résumait pas aux flux routiers individuels, mais touchait également tous les réseaux collectifs. Cela s’est traduit, dans un premier temps, par la signature d’une convention avec la SNCF, en 2014, instaurant des patrouilles associant gendarmes d’active et de réserve à bord des trains, présente le chef d’escadron Gilles Lafond, officier adjoint sécurité générale du GGD 95. Nous nous sommes ensuite logiquement intéressés, notamment au sein du groupement du Val-d’Oise, aux transports de surface, c’est-à-dire principalement les bus. S’intégrant dans l’esprit de la Police de sécurité du quotidien (PSQ) et de la sécurité des mobilités, notre réflexion s’est concrétisée par cette expérimentation qui, après avoir suscité quelques interrogations au moment de sa mise en place, de la part des agents comme des usagers, a très vite su instaurer un climat de confiance. »

Car l’objectif du dispositif est bien de rassurer la population, les conducteurs et les contrôleurs, en assurant sur une présence sécurisante et dissuasive dans les gares, aux arrêts de bus et sur les trajets ciblés, en mesure de réagir et d’intervenir sur tout événement.

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Services coordonnés

Par ailleurs, plusieurs fois par mois, des services coordonnés sont organisés, mobilisant une quinzaine de personnels : des contrôleurs-médiateurs, des gendarmes d’active, dont des officiers de police judiciaire, et des réservistes. Les premiers vérifiant les titres de transport, tandis que les militaires assurent leur sécurité et procèdent au contrôle d’identité des individus en infraction se montrant récalcitrants.

Ainsi, lors de la dernière opération, réalisée à Fosses, 125 personnes ont été contrôlées, parmi lesquelles 27 présentaient un titre non valide, et une autre était en situation irrégulière. « La présence des gendarmes apaise les tensions et dissuade les quelques fauteurs de troubles potentiels », estime l’officier.

Ces échanges réguliers avec les agents des opérateurs de transports permettent également de compléter la formation dispensée aux réservistes, en leur permettant d’acquérir le savoir-faire et le savoir-être adaptés à l’espace confiné des transports en commun.

Extension du dispositif à la grande couronne

Depuis le 5 août, c’est dans le cadre d’une nouvelle convention que ces patrouilles sont opérées. En effet, au regard de l’impact positif enregistré au cours des trois premiers mois d’expérimentation, Île-de-France Mobilité a validé le process et décidé, non seulement de le pérenniser dans le Val-d’Oise, mais aussi de l’étendre aux autres groupements de la grande couronne francilienne : l’Essonne, la Seine-et-Marne et les Yvelines.

« Au cours des quarante premières missions que nous avons effectuées, aucune incivilité, aucun outrage ni aucun caillassage n’a été enregistré en présence des patrouilles, démontrant ainsi l’efficacité du dispositif, rappelle le CEN Lafond.

Après avoir rencontré le directeur général de la gendarmerie, Valérie Pécresse, en sa qualité de présidente du syndicat des transports, a dès lors annoncé, en février dernier, la mise en place du plan « 1 000 patrouilles en grande couronne », voté dans la foulée par le conseil d’administration d’IDF Mobilités. Le financement de ce dispositif, qui prévoit environ 250 patrouilles de trois à quatre réservistes par an dans chacun de ces quatre départements, est entièrement assuré par IDF Mobilités

Montée en puissance sur le terrain

Depuis la phase expérimentale, le GGD 95 tourne avec un effectif d’une cinquantaine de réservistes dédiés à cette mission. Dans le cadre de la nouvelle convention, le volume de personnels pourrait grimper jusqu’à cent, ce qui permettrait une montée en puissance du dispositif.

« Pour l’instant, nous couvrons les secteurs de Fosses, Louvres, Roissy, Asnières-sur-Oise et Persant, précise le CEN Lafond. Mais nous comptons proposer aux opérateurs de surface, que nous rencontrons tous les deux mois, d’élargir notre zone d’action au-delà du QRR de Fosses-Louvres. »

Soutien logistique des brigades locales

Dans la vie, nos quatre réservistes sont policier, chef de bord SNCF, formateur en conduite et ingénieur en cybersécurité. Plusieurs fois dans l’année, ils revêtent ainsi la tenue de gendarme pour accomplir différentes missions en renfort de leurs camarades d’active.

Le gendarme Boris Seurin, chef de patrouille ce jour-là, le brigadier-chef Medhi Khenfech, le brigadier Hedi Gheribi et le brigadier Michael Dussaucy s’apprêtent à partir pour huit heures de mission sur le secteur de Louvres.

Comme à chaque fois, la patrouille est soutenue logistiquement par la brigade locale, qui leur fournit une arme ainsi qu’un véhicule.

L’orientation du service est fixée par le groupement. Toutefois, au regard de la période et des éléments du terrain, notamment en termes d’ordre public, le commandant de brigade peut également orienter la patrouille en fonction des besoins qu’il a identifiés localement, tout en restant dans l’esprit de la mission initiale. Mais dans l’absolu, la patrouille agit en autonomie, en mesure de modifier son service au regard des événements. En liaison permanente avec le centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie, elle peut d’ailleurs, au besoin, être renforcée par la brigade locale et le peloton de surveillance et d’intervention de la compagnie.

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Embarquement immédiat…

Les patrouilles se consacrent donc exclusivement à la sécurisation des lignes de bus et du périmètre des gares routières et des stations intermodales. Pour autant, les gendarmes peuvent également intervenir sur des faits dont ils seraient témoins à l’extérieur du bus. De même, bien que prioritairement réalisés en zone gendarmerie, ces services peuvent, au gré du cheminement d’une ligne, traverser la zone police. Dans ce qui peut alors être considéré comme un couloir de liaison, les gendarmes peuvent également intervenir ou procéder à une interpellation, notamment en cas de flagrant délit, assurant ainsi un continuum de sécurité.

Ce matin-là, les gendarmes décident de commencer par la ligne R1, un axe stratégique qui relie les gares du RER D de Louvres et de Fosses.

« Les horaires des patrouilles varient en fonction du secteur et des besoins. On peut commencer à 6 heures comme à 9… », explique le GND Seurin. « Les conducteurs nous indiquent quelles sont les lignes les plus sensibles, puis on s'adapte pour couvrir les périodes d’affluence », poursuit le BRI Gheribi. Et le BRC Khenfech de développer : « Quand on attend notre bus, on patrouille dans le périmètre pour sécuriser le site et observer ce qu’il se passe autour, puis on sécurise l’embarquement. En général, on fait le trajet de bout en bout, puis soit on revient sur la même ligne, soit on en prend une autre. Dans la journée, nous effectuons ainsi plusieurs rotations, en variant les itinéraires. »

Trois d’entre eux montent ainsi dans le bus, tandis que le quatrième les suivra en véhicule. C’est la manœuvre privilégiée par le groupement, afin de pouvoir transporter la patrouille plus rapidement d’un point à un autre en cas de besoin, mais également de manière à transférer un individu interpellé jusqu’à la brigade.

Après la surprise, la satisfaction de voir les gendarmes

Une fois à bord, les gendarmes saluent le conducteur et prennent la température du moment. Si au départ il était systématiquement nécessaire d’expliquer leur présence, ce besoin se fait de moins en moins ressentir au fil des mois, tandis qu’ils s’intègrent chaque jour davantage dans le paysage.

D’ailleurs, la première passagère à monter dans le bus a croisé deux des gendarmes la veille sur la même ligne. Elle les salue avec bonne humeur. « Je les voyais hier pour la première fois. D’abord ça m’a fait bizarre, mais comme ils sont avenants et disponibles, je trouve ça bien. On voit déjà beaucoup les gendarmes sur la commune, mais dans le bus, je trouve que ça contribue à maintenir la sérénité pendant le trajet. Il faudrait étendre ce dispositif à d’autres villes où ce serait bien utile… », confie Junie

Sébastien, le conducteur, partage le même sentiment initial de surprise, puis de satisfaction : « La première fois, on s’est forcément demandé ce qu’il se passait, puis on nous a expliqué ce nouveau dispositif. Les lignes sont en général assez calmes quand les gendarmes sont là. Leur présence dissuade les fraudeurs et les fauteurs de troubles. Je les vois beaucoup sur cette ligne. Maintenant ils sont entrés dans le paysage. Je trouve ça bien qu’ils soient là. »

La patrouille de réservistes assure une présence sécurisante et dissuasive dans les bus, mais également dans les gares et aux arrêts de bus.

© Sirpa Gendarmerie - MDL Florian Garcia

Dans l’esprit de la PSQ…

Après leurs échanges avec le conducteur et quelques passagers, le BRI Gheribi confie : « Nous sommes bien reçus. Jusqu’à présent il n’y a eu aucune attitude provocatrice ou outrageuse à notre égard. Et puis, à force de tourner, il arrive que l’on recroise les mêmes personnes. Au départ, on sent qu'ils sont réticents à discuter, puis le dialogue s'instaure. En somme, ce que l’on fait, c’est la PSQ. Et les conducteurs sont tous contents car ils constatent que leurs trajets sont apaisés quand nous sommes là. Le dispositif rentre dans les esprits. »

Ce jour-là, les trajets sont plutôt calmes et les usagers peu nombreux. « En dehors des heures de pointe, une fois que les gens sont au travail ou que les collégiens et les lycéens ont rejoint les établissements scolaires, il y a beaucoup moins de monde, d'autant plus en cette période de vacances. Mais il peut toujours se produire des événements… », confie le GND Seurin.

Une fois à Fosses, les gendarmes enchaînent sur une autre ligne, après avoir effectué une rotation avec le conducteur du véhicule suiveur. Celle-ci les conduira au Roissypole… « Sur cette ligne, les gens sont parfois stressés. Il arrive qu’ils s’énervent contre les agents de conduite parce que ça n'avance pas assez vite. Cela génère des tensions et des incivilités. Notre présence permet d'apaiser l’atmosphère », estime le BRC Khenfech.

Ce trajet a aussi la particularité de s’effectuer en car, un espace encore plus confiné et contraignant que les bus en termes d’intervention. « Les modes d’action en milieu confiné sont très spécifiques. On ne s’adresse par à une personne assise de la même manière. On ne peut pas maîtriser un individu ou sortir son bâton télescopique comme en milieu ouvert. Il faut prendre en compte tout l’environnement et toujours couvrir ses camarades, souligne le GND Seurin.

En complément de la formation initiale des réservistes, c’est au contact des agents des transports en commun que les réservistes se familiarisent avec ce milieu, mais également grâce à la richesse de la réserve. « Nous avons la chance de compter parmi nous des personnels issus de différents horizons, dont certains travaillent dans ce milieu, que ce soit dans les transports en commun ou à la SNCF, par exemple à la Suge, précise le BRI Gheribi. Cela nous permet d’échanger entre nous, de partager et ainsi d’adapter nos méthodes. »

En Île-de-France, ces patrouilles viennent s’ajouter à plusieurs mesures votées par la région île-de-France dans le cadre de sa politique de sécurisation du réseau, à l’instar du déploiement de la vidéosurveillance dans les transports.