Immersion

Au bout de la nuit : reportage au cœur du PSIG de Castelnau-le-Lez

Auteur : Pablo Agnan - publié le
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Deux gendarmes du PSIG de Castelnau-le-Lez effectuent un contrôle routier.
© GND F. Garcia

La compagnie de Castelnau-le-Lez (34) connaît son premier été post-crise sanitaire. Si les fêtes votives ont été annulées et les établissements de nuit demeurent clos, de nouvelles problématiques font leur apparition, comme les tapages, de plus en plus récurrents, mais surtout les violences intra-familiales. Les cambriolages gardent, quant à eux, une bonne place en haut du classement, dans une agglomération présentant de fortes disparités sociales.

Pour les touristes, la métropole de Montpellier (34) est célèbre pour sa place de la Comédie et ses monuments, l’aqueduc des Arceaux, la porte du Peyrou ou encore, pour les amateurs de ballon rond, le stade de la Mosson. Dans le milieu de la « Tech », elle est aussi connue pour son industrie très spécialisée dans le tertiaire supérieur, accueillant notamment les sièges sociaux français de Dell, IBM et Ubisoft, ainsi que des centres de recherche comme Alstom et Sanofi.

Cette métropole, dont la population augmente de façon ininterrompue depuis 1945, abrite plusieurs parcs d’entreprises spécialisées, qui forment le Business & Innovation Centre (BIC). En 2014, ce dernier se hissait à la 4e place du Top10 d’UBI Index, un classement mondial des meilleurs incubateurs d'entreprises innovantes. L’attractivité économique de cette agglomération, toujours plus exponentielle, se traduit sur le terrain par une multiplication florissante des constructions, et ce, à perte de vue.

En bleu foncé, se trouvent les zones où les hauts niveaux de vie sont surreprésentés. En rouge, les quartiers où les très bas niveaux de vie sont surreprésentés.

© Insee

Si, de loin, le succès du dynamisme économique de Montpellier Méditerranée Métropole paraît indéniable, il est, de près, bien plus contrasté. Avec un taux de chômage d’environ 17 % et un seuil de pauvreté proche des 20 %, les disparités sociales sont parmi les plus élevées du territoire. Ce paradoxe, commun à de nombreuses agglomérations du sud-est, a pour conséquence une répartition des niveaux de vie inéquitable, avec des quartiers très pauvres, comme justement la Mosson ou les Cévennes, et d’autres communes excentrées bien plus riches, à l’instar de Castelnau-le-Lez.

11 000 interventions par an

Et forcément, qui dit inégalités sociales dit augmentation de la délinquance. Les chiffres présentés par le chef d’escadron Florian Vanderstiggel sont exponentiels : « Avec 10 000 délits par an, nous sommes la 3e compagnie de France en nombre de faits. » Les 221 gendarmes de la compagnie de Castelnau-le-Lez réalisent en moyenne 11 000 interventions à l’année, « plus 4 000 en 5 ans et déjà plus 1 400 en 2020. » Des chiffres effarants, confirmés par le nombre d’interventions réalisées depuis le début de l’année : 7 350.

« En février 2020, lors d’une perquisition dans un bar à chicha, nous avons retrouvé un fusil d'assaut de type Kalachnikov, un pistolet automatique ainsi qu’une grenade »

Si ce chiffre peut paraître colossal, il est en partie dû à l’explosion démographique de l’agglomération montpelliéraine : 5 000 nouveaux habitants s’y installent chaque année, dans des appartements ou des maisons tout juste sorties de terre. Castelnau-le-Lez est ainsi l’une des rares compagnies en France à être confrontée à un environnement quasi-intégralement urbain, et donc au type de délinquance corrélé. « En février 2020, lors d’une perquisition dans un bar à chicha, nous avons retrouvé un fusil d'assaut de type Kalachnikov, un pistolet automatique ainsi qu’une grenade », illustre le capitaine Sébastien, chef du Peloton de surveillance et d’intervention (PSIG).

Une patrouille du PSIG de Castelnau-le-Lez dans leur véhicule banalisé, à la recherche du bon itinéraire pour se rendre sur le lieu du cambriolage.

© GND F. Garcia

Pour arrêter l’engrenage de la délinquance, « la stratégie, c’est d’occuper le terrain », résume le chef d’escadron, « notamment la nuit, où l’activité criminelle est plus soutenue. » C’est là que les militaires du PSIG entrent en scène. Ces « oiseaux de nuit » rayonnent sur les sept brigades de la compagnie, soit une circonscription d’environ 40 km sur 20. L’articulation du service de nuit sur la compagnie de Castelnau-le-Lez repose sur le Groupe surveillance intervention de nuit (GSIN), la Brigade de gestion des événements (BGE) nocturne et le PSIG, qui prend en compte les dispositifs spécifiques de la compagnie et les interventions sensibles. Cette mécanique bien huilée permet d’avoir sur roues et en permanence, entre 4 et 8 patrouilles, de 20 heures à 7 heures du matin.

Les richesses attirent les convoitises

Un des premiers phénomènes de délinquance auquel sont confrontées les équipes du chef d’escadron Vanderstiggel, ce sont les cambriolages. En 2019, il y en a eu 1 165. « Le haut niveau de vie des habitants de la circonscription attire forcément les convoitises », commente l’officier, avant de préciser : « Notre délinquance est multiple et se professionnalise. Dans le domaine des atteintes aux biens, nous travaillons principalement sur des équipes spécialisées dans les cambriolages et d’autres professionnalisées dans le vol et la revente de pièces automobiles. »

Des fléaux pour lesquels le PSIG est régulièrement appelé. Justement, dans la nuit du dimanche 26 juillet, une de ses patrouilles est appelée à la suite du déclenchement d’une alarme dans un magasin de Saint-Jean-de-Védas. Après une dizaine de minutes de vaines recherches, cela s’avère être une fausse alerte. « La femme de ménage aurait oublié de débrancher le système », pointe l’adjudant Jérôme, chef de patrouille ce soir-là. Mais quelques heures plus tard, c’est sur une tentative de cambriolage que les gendarmes sont appelés. Et là, il faut faire vite, très vite : les militaires sont à 20 kilomètres de la maison. Ils seront sur zone moins de 15 minutes plus tard.

Un membre du PSIG Sabre cherche, à l'aide de sa lampe torche, une piste potentiellement laissée par des cambrioleurs. 

© GND F. Garcia

 

Les PSIG et des membres du Groupe surveillance intervention de nuit (GSIN) à la recherche d'éventuelles traces laissées par des cambrioleurs.

© GND F. Garcia

Traversant des rues presque désertes, sirène hurlante, ils reçoivent quelques bribes d’informations sur les faits en cours : un voisin a aperçu deux lampes torches dans une résidence. Il les aurait hélés pour vérifier leur identité, ce qui a provoqué la fuite de deux hommes. Le voisin a alors entendu un véhicule partir en trombe sans pouvoir relever sa description. Les gendarmes arrivent malheureusement deux minutes trop tard. Coup de chance, le domicile n’a rien. L’information est confirmée par les propriétaires, qui étaient à l’intérieur au moment des faits !

La problématique des cambriolages perdure toute l’année, notamment en raison de la forte proportion de résidences secondaires dans le département (en 2017, l’Hérault comptait 18 % de demeures subsidiaires sur 718 000 logements, N.D.L.R). Si la période estivale conduit de nombreux touristes à venir prendre du bon temps en Occitanie, elle apporte avec eux un certain nombre de problèmes, comme les tapages nocturnes. Des ramdams de plus en plus nombreux cet été, « à cause de la fermeture des établissements de nuit et de l’annulation des fêtes votives », explique le chef d’escadron Vanderstiggel. « Une problématique beaucoup plus simple à gérer », s’accordent à dire le capitaine Sébastien et l’adjudant Jérôme.

Hausse des violences intra-familiales

Ce qui l’est moins, en revanche, ce sont les VIF, pour Violences Intra-Familiales. L’année dernière, les gendarmes du PSIG et de la BGE (GSIN) sont intervenus sur 778 fois. « Nous en faisons de plus en plus », raconte, dépité, l’adjudant Jérôme. Et les chiffres ne mentent pas. La compagnie constate une augmentation de 60 % des interventions pour VIF par rapport à 2019 (600 interventions depuis le début de l’année en juillet 2020, N.D.L.R), alors que l’été n’est même pas terminé.

Illustration la même nuit que les cambriolages, durant laquelle l’adjudant Jérôme et ses hommes sont appelés par le Centre d'opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG) pour un cas de VIF. Une femme, résidant à Castelnau-le-Lez, explique aux militaires que son mari refuse de quitter leur domicile, malgré de fortes divergences. La situation n’est pas très claire, mais les hommes du PSIG ne perdent pas une seconde. Tout peut vite déraper.

Arrivés au domicile, au quatrième étage d’un immeuble tout neuf, les trois gendarmes constatent que le calme est à peu près revenu, en tout cas en ce qui concerne la femme. L’homme est quant à lui enfermé dans sa chambre. Il finit par sortir à la demande du PSIG, rejoint quelques minutes plus tard par deux gendarmes territoriaux et deux militaires du GSIN. L’homme est ulcéré. Il explique sa situation avec véhémence, mais sans signes apparents d’alcoolémie, et encore moins de violence. « Dans cette situation, nous sommes obligés de demander à l’homme de partir du domicile », explique l’adjudant Jérôme.

Appelés pour des Violences Intra-Familiales, les PSIG arrivent à calmer le jeu entre les deux protagonistes.

© GND F. Garcia

 

Depuis la fermeture des établissement de nuit, les fêtards ramènent la fête chez eux, au grand désarroi des voisins.

© GND F. Garcia

Mais l’homme refuse, arguant, à tort ou à raison, qu’il est chez lui et qu’il n’a commis aucune violence. Il indique aux gendarmes qu’une dispute aurait éclaté, que sa femme l’aurait pris par le col et il reconnaît s’être alors libéré de son emprise en tapant sur ses avant-bras. Il réfute toute autre forme de violence, ce que confirme la femme, interrogée en même temps dans une pièce à part. Finalement, après plus d’une demi-heure de discussion, la femme revient sur sa volonté de voir son mari quitter leur domicile. Toujours furieux, il restera enfermé dans sa chambre. Les gendarmes ne seront plus appelés par ce couple au cours de la nuit.

Le travail de nuit ne constitue toutefois qu’une partie des missions des PSIG. De jour, ils apportent aussi leur appui à leurs camarades des brigades de recherches et autres unités dans des affaires en tout genre. Quand le soleil se lève, la stratégie change. Les actions sont plus chirurgicales. Cette année, les 28 militaires du PSIG de Castelnau-le-Lez ont mené 66 interpellations domiciliaires dans le cadre d’affaires de police judiciaire. Rien que pour le mois de juin, ils ont déjà conduit 353 interventions, contre seulement 246 en 2019.