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COVID-19 : mobilisation des états-majors régionaux pour soutenir les unités territoriales

Auteur : Martine Morvan, CABCOM de la région de gendarmerie de Bretagne - publié le
Temps de lecture: ≃11 min.
Récupération de masques et de lunettes de protection auprès du SGAMI ouest.
© CABCOM RGBRET

Alors que le pays entame sa 6e semaine de confinement, les états-majors régionaux sont plus que jamais mobilisés pour soutenir les unités territoriales dans leurs missions quotidiennes sur le terrain, au service de la population. Focus sur la région de gendarmerie de Bretagne.

« Nous n’avons jamais connu une telle situation. Aucun gendarme en activité n’a été confronté à ce type de crise, même les plus anciens d’entre nous », a déclaré le général de corps d’armée Alain Pidoux, commandant la Région de gendarmerie de Bretagne (RGBRET) et la gendarmerie pour la Zone de défense sécurité ouest (ZDSO), lors d’une réunion avec son état-major, à la mi-mars.

Activation du Plan de continuité et fonctionnement en mode dégradé

Dès le 7 mars dernier, conformément aux instructions de la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), l’état-major de la RGBRET a activé son plan de continuité d’activité, avec deux  objectifs : d’une part, se recentrer sur ses missions prioritaires et essentielles, et d’autre part, pallier le risque d’attrition de ses effectifs. L’idée étant d’assurer la continuité des missions de la gendarmerie et plus particulièrement d’appuyer les unités territoriales, tout en évitant que les personnels ne soient touchés par ce virus et ne contaminent à leur tour leurs camarades.

Depuis quatre semaines, l’état-major fonctionne donc en mode dégradé, avec environ 50 à 60 % de ses personnels présents sur site, exception faite pour la Division des opérations (D.O.), où environ 70 % de l’effectif travaillent en présentiel.

Les militaires et les personnels civils de l’état-major ont donc dû s’adapter à cette nouvelle organisation : télétravail pour les uns, travail par bordées pour les autres, ou encore autorisation spéciale d’absence, notamment pour garder les enfants.

Le recours aux audio et visio-conférences est devenu la norme. Les échanges se font désormais à distance, par écran interposé.

Enfin, le respect des mesures barrières et des règles de distanciation demeure une exigence de tous les instants.

Un appui logistique et opérationnel permanent

Même si cette crise sanitaire a changé les priorités, le rôle de l’état-major s’avère essentiel pour soutenir et appuyer l’action des unités sur le terrain. L’adage est bien connu : sans soutien, sans logistique, il n’y a pas d’opération !

Depuis quatre semaines donc, l’état-major de la RGBRET met tout en œuvre pour permettre aux groupements et aux unités territoriales d’appliquer les directives du gouvernement et de la DGGN. Cet appui revêt plusieurs formes : logistique, opérationnel et accompagnement des personnels.

Gérer en urgence l’affectation en avance de phase de plus de 250 élèves gendarmes (E.G.)

Dès le 12 mars, une manœuvre d’envergure s’annonce et la Division de l’appui opérationnel (DAO) est à pied d’œuvre. Il s’agit d’organiser, en quelques heures, en lien avec les Groupements de gendarmerie départementale (GGD) et mobile (GGM), l’accueil et le logement de 250 élèves gendarmes (91 affectés, 150 détachés et 10 personnels du corps de soutien technique et administratif) dans les unités de la région et de la zone Ouest.

Grâce à la mobilisation et à l’implication de tous, et plus particulièrement du Bureau de la gestion du personnel militaire (BGPM) et du Bureau des moyens opérationnels (BMOPS), l’objectif est atteint. Tous les élèves sont déployés dans leur unité, disposent d’un logement équipé en caserne (avec lit, matelas, frigo, plaque de cuisine, etc.) ou d’une solution d’hébergement en famille ou chez des proches. Ainsi, certains officiers ou sous-officiers en fin scolarité ont rejoint leur affectation avec quelques semaines d’avance ; d’autres, plus nombreux, sont détachés en qualité de stagiaires et viennent renforcer les unités.

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Approvisionner les unités en équipements de protection individuelle et produits de désinfection

La DAO s’est également fortement impliquée dans la gestion et l’approvisionnement des équipements de protection individuelle (masques, lunettes, gel, lingettes) et des équipements de désinfection des locaux et véhicules. Là encore, la manœuvre était complexe. Très vite, la question des masques s’est posée.

Le BMOPS de la RGBRET a dès lors procédé à un recensement des stocks existants, avant d'organiser l’approvisionnement et la distribution de ces équipements aux unités, en fonction des commandes reçues et centralisées dans les Secrétariats généraux pour l'administration du ministère de l'Intérieur (SGAMI) de la zone Ouest. Cette opération, toujours en cours, se poursuivra tant que durera la crise ; de nouveaux moyens étant régulièrement livrés par la DGGN, par le biais du Service de l’achat du ministère de l’Intérieur (SAILMI).

récupération de masques et de lunettes de protectionrécupération de masques et de lunettes de protection

Récupération de masques et de lunettes de protection auprès du SGAMI ouest.

© CABCOM RGBRET

Poursuite des missions essentielles en matière de gestion des Ressources humaines (R.H.) et d’achats

Même si la plupart des missions R.H. relevant du bureau des compétences et de la formation ont été temporairement suspendues (notations, mobilité, prévention, instruction, recrutement, etc.), certaines, jugées essentielles au bon fonctionnement de l’Institution, ont été maintenues. C’est le cas notamment des Changements de subdivision d’arme (CSA) G.M./G.D., auxquels continue de s’atteler le BGPM. En revanche, concernant les autres mobilités, il faut s’attendre à des reports dans les dates d’affectation ou de départ à la retraite.

Par ailleurs, la voilure a été réduite en matière de gestion des affaires financières. Mais l'argent étant également l'un des nerfs de la guerre, la DAO a facilité les capacités d’achat des groupements de gendarmerie. En outre, elle a optimisé ses achats et passé des conventions avec des partenaires publics ou privés, dans le cadre de la gestion du COVID-19. Elle a ainsi pu répondre à tous les besoins immédiats jugés prioritaires des unités. Par exemple, la DAO a notamment passé commande de 3 300 visières de protection auprès d’un fournisseur local.

L’appui apporté aux unités territoriales est également opérationnel. Dès la mise en œuvre du plan de continuité de la RGBRET, le 7 mars dernier, la division des opérations s’est recentrée sur les missions stratégiques, garantissant la continuité de l’action de la gendarmerie sur le terrain.

Produire du renseignement pour informer les autorités et pouvoir anticiper

Comme l’a souligné le président de la République dans son allocution, le 16 mars dernier, « Nous sommes en guerre ». Une guerre inédite certes, une guerre sanitaire, mais une guerre quand même ! Et de la même manière qu’il n’y a pas de guerre possible sans argent, il n’y a pas de guerre possible sans renseignement. À cet effet, le Bureau du renseignement (BRENS) de la RGBRET se focalise sur tout ce qui touche au COVID-19.

Il s’agit, d’une part, de savoir ce qui se passe sur le terrain en temps réel et de faire remonter ces éléments d’ambiance aux autorités, dans le cadre de l’aide à la décision sur la conduite à tenir. D’autre part, il s'agit également de faire du renseignement d’anticipation et d’envisager les conséquences de cette crise à moyen et plus long terme, aussi bien dans le domaine de la sécurité (ordre public, délinquance, criminalité, etc.) que dans les domaines économique, social, sociétal et environnemental. Un enjeu essentiel qui mobilise quotidiennement les équipes du BRENS.

Coordonner les moyens opérationnels régionaux et zonaux au profit des unités territoriales

L’activité principale des gendarmes consiste aujourd'hui à faire respecter les mesures de confinement imposées par le gouvernement, afin d'endiguer la propagation du COVID-19 et ainsi sauver des vies. Ils poursuivent dans le même temps, avec assiduité, leurs missions de contact, de proximité et de prévention, notamment envers les personnes âgées et les plus vulnérables, ainsi que les commerces et les entreprises, ceux restés ouverts comme ceux ayant été contraints de fermer,  car pouvant dans les deux cas susciter la convoitise des cambrioleurs.

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Pour appuyer les unités territoriales dans leur mission, le général Pidoux dispose à sa main, depuis le début de la crise, d’une dizaine d’Escadrons de gendarmerie mobile (EGM) de la zone Ouest, qu’il peut placer sous l’autorité des commandants de groupement, en fonction des besoins et des priorités opérationnelles.

Il dispose également des cinq hélicoptères implantés en zone ouest, ainsi que de dix-huit drones. Ces moyens spécialisés sont mobilisés quasi quotidiennement, et autant que de besoin, à la demande des commandants de groupement, dans le cadre de leur mission en lien avec le COVID-19.

point de situationpoint de situation

Point de situation du commandant de région avec son état-major.

 

© CABCOM RGBRET

Assurer la coordination des opérations et faire l’interface avec la préfecture de zone

La D.O. coordonne également un certain nombre d’opérations organisées au niveau de la région Bretagne. Il peut s’agir d'opérations de contrôle lors des week-ends de « non départs en vacances », comme ce fut le cas le 3 avril dernier pour la zone C, ou encore d'opérations de surveillance des bureaux de poste par la gendarmerie, dès le début du mois d’avril, au moment du versement des aides et prestations sociales. La D.O. est également chargée de faire l’interface avec la préfecture de zone ainsi qu'avec les militaires de la zone de défense et de sécurité Ouest déployés dans le cadre de l’opération « Résilience ».

L'accompagnement des personnels : l'autre enjeu majeur

La protection, l'accompagnement et le soutien des personnels sont des enjeux majeurs. Dans ce domaine, la Section santé et sécurité au travail (SST) de la RGBRET joue un rôle essentiel. Depuis début mars, son travail est orienté à 100 % sur les questions en lien avec le COVID-19. La section a ainsi diffusé aux gendarmes une quinzaine de fiches réflexes concernant les mesures barrières, les mesures de protection individuelle, ainsi que les mesures de désinfection des biens, des véhicules et des locaux.

En lien avec les chargés de prévention des groupements de la zone, elle assure également un suivi quotidien de l’état de santé des gendarmes présentant des signes de la maladie, qu’ils soient confinés ou hospitalisés. Elle s’assure également qu’un contact a été pris tous les jours avec chacun d’entre eux, afin de prendre de leurs nouvelles et de leur apporter toute l’aide dont ils ont besoin. À ce jour, ce suivi concerne plus de 300 personnels.

Une cellule régionale d’écoute destinée aux militaires, aux personnels civils et à leurs familles, est également activée depuis trois semaines, grâce à l’engagement des psychologues cliniciens de la région, pour rassurer et accompagner les personnels qui en exprimeraient le besoin.

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Enfin, les conseillers concertation de l’état-major se mobilisent eux aussi quotidiennement pour répondre aux diverses sollicitations des personnels et demeurent très attentifs à la préservation d’une cohésion forte dans les rangs de l'Institution. Pour l’heure, le constat est que le moral des gendarmes est bon et l’implication des personnels dans la gestion de cette crise demeure exemplaire.

Le rôle majeur de deux unités à compétence nationale et interrégionale

La Brigade numérique (BNUM), implantée à Rennes depuis février 2018, montre toute son utilité. Le nombre de sollicitations quotidiennes a été multiplié par dix, passant de 250 en période normale à plus de 2 500 dès l’annonce des mesures de confinement. Afin de faire face à cet afflux massif, 80 personnes (réservistes, cadres des écoles de gendarmerie, personnels déclarés inaptes au terrain, personnels de l’état-major) ont été formés en urgence et des brigades numériques déportées ont été créées pour permettre à chacun de travailler à distance. Cette suractivité de la BNUM a permis de soulager fortement les Centres opérationnels et de renseignement de gendarmerie (CORG), eux-mêmes « pris d’assaut » par des appels non urgents dès le début du confinement.

Enfin, comment ne pas saluer le travail du Service payeur de la solde (SERH) de Rennes, implanté dans les locaux de l'état-major, qui continue d'assurer le paiement de la solde des 17 000 gendarmes et des 6 000 réservistes de la zone Ouest. Armé habituellement par 53 militaires du corps de soutien

technique et administratif et personnels civils, le SERH fonctionne actuellement en mode ternaire, avec une équipe de gestionnaires solde et cadres sur site, une équipe de gestionnaires solde en télétravail, avec des moyens mobiles déployés par le Commandement du soutien opérationnel de la gendarmerie nationale (COMSOPGN), et enfin une équipe en confinement pour continuité du service, rappelable à tout moment. Cette organisation permet d'éviter tout risque d'attrition des personnels et d'assurer la continuité du paiement de la solde des personnels militaires d'active et de réserve de la ZDSO durant toute la durée de la crise sanitaire.

Poursuite des efforts et anticipation du déconfinement

Ainsi, après une montée en puissance rapide et exigeante, l’organisation de la RGBRET est désormais stabilisée et pleinement opérationnelle. L’état-major continue de tout mettre en œuvre pour soutenir les unités territoriales, faciliter leurs missions au quotidien et préserver leur potentiel opérationnel. Il continue également de communiquer utilement, de rassurer et d’accompagner les personnels. Et ce, tout en anticipant déjà l’étape suivante, celle du déconfinement progressif de la population et de la reprise de l’activité économique. Encore de belles missions en perspective...