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L’action de la gendarmerie aux frontières

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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Le début du confinement lié à la crise sanitaire du COVID-19 a été accompagné d’un rétablissement des contrôles aux frontières du territoire français. Toujours en coopération avec ses partenaires extérieurs, la gendarmerie vient les appuyer dans ce cadre à différents titres.

Face à l’épidémie de COVID-19, la majorité des pays concernés ont pris des mesures importantes restreignant la liberté de circulation des personnes pour éviter la propagation du virus.

Rétablissement des contrôles aux frontières

Le 17 mars 2020, les dirigeants des 27 États membres de l’Union européenne ont approuvé la fermeture des frontières extérieures de celle-ci, pour une durée initiale de 30 jours, en admettant toutefois certaines exceptions.

À l’image de 15 pays européens, la France a fait le choix de rétablir des contrôles à ses propres frontières. Le 2 avril dernier, elle a d’ailleurs informé la Commission européenne qu’elle prolongerait cette mesure jusqu’au 30 octobre, afin de lutter contre la pandémie, mais aussi en raison de la menace terroriste « qui reste élevée ».

Depuis le 8 avril, ces contrôles sont renforcés, puisque les voyageurs entrant sur le territoire français doivent être munis d’une attestation. Trois documents différents, téléchargeables sur le site du ministère de l’Intérieur, correspondent aux cas suivants : un voyage depuis l’étranger vers la France métropolitaine, un voyage depuis l’étranger vers l’outre-mer et un déplacement dérogatoire depuis la France métropolitaine vers l’outre-mer. Dans ces trois cadres, seuls certains motifs spécifiques peuvent être invoqués, sauf pour le ressortissant français s’agissant des deux premiers cas.

Coordination entre les forces intérieures

Si la gendarmerie a pour mission de contrôler le respect des mesures liées au confinement au cœur du territoire, elle continue d’appuyer également la Police aux frontières (PAF) dans son action. C’est le cas du côté de la frontière franco-italienne, où la gendarmerie a l’habitude de travailler au profit du coordonnateur de la PAF, notamment dans le cadre de la Lutte contre l’immigration irrégulière (LIR).

Comme son nom l’indique, celui-ci coordonne les effectifs mis à sa disposition pour occuper des secteurs frontaliers, à des horaires définis, en lien avec les forces italiennes. Pour cela, il bénéficie d’un escadron et demi de gendarmes mobiles, de l’appui des gendarmes locaux, de deux à trois Compagnies républicaines de sécurité (CRS) et de militaires en mission Sentinelle.

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« Nous assurons actuellement le contrôle de cinq points d’entrée entre la France et l’Italie, en alternant avec les autres forces. Nous nous organisons pour mener le plus régulièrement possible des opérations coordonnées avec nos différents partenaires. Par exemple, des patrouilles mixtes avec les militaires de Sentinelle sont déployées sur les sentiers de grande randonnée en montagne. Les relations sont très bonnes avec tous nos homologues », explique le lieutenant-colonel Régis Guilbaud, commandant les gendarmes mobiles déplacés dans les Alpes-Maritimes. « L’activité de lutte contre l’immigration clandestine est très calme du fait du confinement. A contrario, des infractions au non-respect des mesures de confinement sont relevées, avec discernement, en particulier dans les zones urbanisées. En moyenne, 3 000 contrôles sont réalisés chaque jour à la frontière italienne par les gendarmes mobiles », observe-t-il.

Coopération transfrontalière : l’exemple franco-allemand

L’Unité opérationnelle franco-allemande (UOFA) prend également tout son sens dans ce contexte puisque, depuis le 29 mars dernier, les gendarmes français qui la composent sont mobilisés quotidiennement pour appuyer leurs homologues allemands. En effet, de nombreux ressortissants des pays d’Europe de l’Est (Bulgarie, Roumanie, Moldavie), habituellement employés à l’Ouest, souhaitent regagner leur pays d’origine. Dans ce cadre, deux corridors sont ouverts chaque jour, de 9 heures à 15 heures, entre la France et l’Allemagne.

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« L’UOFA engage quotidiennement un binôme de gendarmes aux côtés de la police allemande. Ils représentent un appui opérationnel pour gérer le flux constitué en moyenne de 50 véhicules et de 150 personnes par jour. Ils s’avèrent également être un appui linguistique, puisque de nombreux ressortissants de ces pays apprennent le français à l’école, mais ne parlent pas un mot d’allemand ! », déclare le lieutenant Bertrand Loubette, commandant l’UOFA. Les gendarmes français expliquent donc à ces ressortissants les différentes vérifications qui vont être effectuées. Et autant dire qu’il faut montrer patte blanche pour traverser l’Allemagne : la température de chaque occupant du véhicule est prise, un document justifiant d’un domicile en Europe de l’Est est demandé et le véhicule est passé au crible.

Par ailleurs, l'engagement de l'UOFA permet aussi une meilleure coordination des forces nationales engagées de part et d'autre de la frontière, et ce, en complément du Centre de coopération policière et douanière. Étant une unité de circonstance, elle est habituellement formée de gendarmes affectés dans différentes régions, mais le lieutenant privilégie actuellement l’emploi de militaires résidant à proximité de la frontière : « Cela limite les risques sécuritaires et sanitaires. Nous nous imposons les mêmes règles que celles imposées à la population. »