Immersion

Les gendarmes du poste à cheval veillent sur le Puy de Dôme

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
Temps de lecture: ≃8 min.
© GND F. Garcia

Le département du Puy-de-Dôme a inauguré cette année, grâce au financement du Conseil départemental, son premier poste à cheval. Armée par six cavalières de la garde républicaine, du groupement et de la réserve opérationnelle, l’unité provisoire contribue à la sécurisation quotidienne des sites touristiques jusqu’au 30 août.

Si les touristes étrangers sont bien moins nombreux cette année sur notre territoire, eu égard à la crise sanitaire, les vacanciers français ont quant à eux plébiscité les régions de France.

Ainsi, avec ses grands espaces naturels propices aux activités de plein air, ses sentiers de randonnée, ses lacs lovés au cœur des volcans endormis… sans oublier ses fameux produits du terroir, l’Auvergne a su attirer, en juillet et en août, de très nombreux vacanciers, amoureux de nature mais aussi avides de calme en cette période troublée par la pandémie.

Le département du Puy-de-Dôme a ainsi enregistré des taux d’occupation des sites hôteliers et de fréquentation de ses sites touristiques en hausse par rapport à l’an dernier.

Pour que ces vacances se déroulent sans anicroche, gendarmes d’active et de réserve se sont fortement mobilisés, veillant à la sécurité des personnes et des biens, mais aussi au respect des mesures sanitaires en vigueur.

© GND F. Garcia

Des cavalières de la gendarmerie en patrouille

Et cet été, un nouveau dispositif a fait son apparition dans le paysage puydômois. En effet, grâce au financement du Conseil départemental, dans le cadre de l’inscription du site du Puy-de-Dôme au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2018, un poste à cheval saisonnier a pu voir le jour, à l’instar des quinze autres déjà mis en place en différents points du territoire.

Ouverte depuis le 17 juillet dernier, et ce jusqu’au 30 août, cette unité provisoire est actuellement armée par six militaires féminins, venus de différents horizons, mais toutes cavalières émérites : deux gardes républicaines, deux gendarmes du groupement, détachées de leur unité, et, enfin, deux réservistes opérationnelles. Les six chevaux sont quant à eux déployés par la garde républicaine pour les six semaines.

Hébergées sur le site du centre équestre de l’étrier d’Auvergne, sur la commune de Saint-Gènes-Champanelle, les gendarmes y sont complètement autonomes, même si elles sont organiquement rattachées à l’unité territoriale de Romagnat, avec laquelle elles entretiennent des contacts réguliers. Des techniciens des systèmes d’information et de communication sont même passés pour effectuer les raccordements nécessaires au réseau gendarmerie, comme tout poste provisoire.

© Tous droits réservés

Puy de Dôme et sites de forte affluence

« Avant que la mission ne débute, nous avons préalablement ciblé, en lien avec le groupement, les sites de forte affluence sur lesquels nous souhaitions porter une attention particulière. Hormis l’obligation d’aller tous les jours en patrouille sur le Puy de Dôme, leur périmètre d’action comprend la chaîne des puys et la faille de Limagne, avec les lacs de Chambon, de Cervière, d’Aydat, de Gour de Tazenat ou encore Pavin, mais aussi la commune de Besse, où elles se rendent au moins une fois par semaine. Sur cette base, la chef de poste nous propose son planning de patrouilles, explique la chef d’escadron (CEN) Marie Perrier, commandant la compagnie de gendarmerie départementale de Clermont-Ferrand, soulignant à cette occasion l’excellent professionnalisme des militaires du poste, notamment celui des deux gardes républicaines qui se sont succédé à sa tête cet été. « Ce fut une collaboration des plus satisfaisantes. C’était vraiment agréable de travailler avec des personnes aussi professionnelles. Le patron du centre équestre était lui aussi ravi de leur présence et de leur professionnalisme. Les deux gardes ont, en outre, apporté beaucoup à leurs camarades, notamment sur le rapport aux personnes et le bon ton à adopter quand on est sur un cheval. »

Au rythme de trois patrouilles en moyenne réparties dans la journée, les cavalières, le plus souvent en binôme et parfois en trinôme, sillonnent ainsi chaque jour le paysage auvergnat. Un rythme choisi pour préserver les chevaux : « Nous essayons de ne pas les faire doubler dans une même journée, car le dénivelé rend les patrouilles éprouvantes pour eux. Nous nous adaptons aussi aux conditions climatiques. Les jours de forte chaleur, nous décalons nos patrouilles, par exemple sur le créneau 16-20 heures. Mais finalement comme les touristes, qui ne sortent pas par canicule ou quand il y a des orages », explique la garde Mathilde. Très soucieuse de la santé et du bien-être de ses montures, la garde républicaine les fait notamment ferrer à neuf avant leur projection, puis de nouveau à mi-parcours, en envoyant sur place l’un de ses maréchaux-ferrants.

© GND F. Garcia

Contact, prévention… et répression

Si le cheval est un facilitateur naturel de contact, les missions des gendarmes du poste vont bien au-delà de la simple présence dans les massifs et aux abords des sites touristiques. La prévention des vols à la roulotte et des incivilités, tel le dépôt de déchets, ainsi que la lutte contre les infractions aux réglementations régissant les différents sites naturels protégés (camping sauvage, feux de camp et barbecues, chiens non tenus en laisse, motos sur les chemins ou encore VTT dans les lieux non autorisés…), font partie des objectifs que leur a fixés la commandante de compagnie.

Cette dernière est d’ailleurs visiblement ravie de l’impact du poste à cheval sur sa circonscription : « D’un point de vue opérationnel, c’est vraiment intéressant. Je ne pensais pas que cela aurait un tel effet sur les vols à la roulotte. Par rapport à l’été dernier, nous n’en avons, pour l’heure, enregistré aucun sur les sites où elles effectuent leurs patrouilles. Et nous n’avons eu que des retours positifs de la population. Dès le départ, elles ont fait un gros travail de prévention, qui a commencé à porter ses fruits dès la fin de la première semaine. »

Contexte sanitaire oblige, les gendarmes ont également mis à profit leurs patrouilles pour faire respecter le port du masque et les gestes barrières. Car au risque d’en surprendre beaucoup, la distanciation doit être respectée, y compris sur les chemins de randonnée en cas de grosse affluence, bien évidemment pour les personnes ne faisant pas partie de la même cellule familiale. Là encore, les cavalières ont effectué un important travail de sensibilisation…

© GND F. Garcia

Faire respecter les zones de baignade

« Depuis le début de la saison, le poste a fait beaucoup de prévention sur la réglementation liée à l’environnement, que ce soit sur les feux, les chiens et le camping sauvage, pour lesquels nous avons constaté une amélioration, confirme la garde Clémence, du 3escadron de la garde républicaine et deuxième chef de poste de la saison. Nous rencontrons encore toutefois beaucoup de vététistes et de problèmes de stationnement. Nous avons d’ailleurs dû verbaliser de nombreux stationnements gênants, en forêt, devant les barrières forestières, de manière anarchique le long de la route sur une ligne blanche ou encore devant des panneaux d’interdiction. »

Les cavalières patrouillent régulièrement aux abords des différents lacs du secteur, où la réglementation des zones de baignade est généralement respectée, à l’exception toutefois du site de Cervières. « Celui-ci n’est interdit à la baignade que depuis moins d’un an. Il y a donc pas mal de gens qui ont l’habitude d’aller s’y baigner depuis des années et qui ont un peu de mal à accepter ce changement. Nous devons faire preuve de beaucoup de pédagogie. Notre discours est en général bien perçu et écouté, en dépit des quelques récalcitrants habituels », précise la garde.

 

En patrouille quotidienne au Puy de Dôme

Ce lundi 17 août, en milieu d’après-midi, les cavalières préparent leurs chevaux pour partir en patrouille sur le Puy de Dôme, comme elles le font quotidiennement. La Maison de site, d’où partent le sentier et le petit train à destination du panoramique, est à 30 ou 45 minutes des écuries à cheval.

Les gardes Clémence et Mathilde, accompagnées de la gendarme Anne-Laure, détachée du peloton motorisé de Thiers, s’y rendent donc directement par les sentiers, sans avoir recours au van, utilisé uniquement pour les destinations les plus éloignées, comme Besse.

« Le cheval nous permet de mieux voir et d’être vues, d’aller sur des chemins inaccessibles en véhicule, et finalement d’être là où on ne nous attend pas… C’est là qu’il est utile et efficace », estime la garde Mathilde.

© GND F. Garcia

Des promeneurs surpris de voir des gendarmes, notamment des gardes républicains, dans des endroits aussi reculés, mais assez contents… Pour certains, toutefois, ce sont presque des retrouvailles, comme cette famille parisienne, habituée à voir les patrouilles de la garde en bas de chez elle, non loin du parc Monceau. « C’est mon moment de plaisir de les voir passer », confie la maman, tandis que ses filles caressent le museau d’une des montures, qui se plie de bonne grâce à l’exercice… Un sentiment partagé par ces vacanciers originaires de Marseille, où un poste à cheval est installé à l’année.

« Le contact avec le cheval est différent. Les gens viennent naturellement nous parler, même si nous sommes en tenue. Mais il peut aussi être dissuasif de par sa stature. D’ailleurs, naturellement, les promeneurs se mettent sur le côté quand nous passons sur un chemin », insiste la garde Clémence.

Une fois arrivées sur le parking de la Maison de site, où elles cheminent entre les véhicules, l’œil attentif à tout incident suspect, leur parcours est ainsi ponctué de multiples arrêts, pour discuter avec les gens, répondre à leurs questions, laisser les enfants, et même les grands, caresser les chevaux, voire poser pour une photo souvenir… Ce jour-là, les cavalières vont aussi y croiser une patrouille de réservistes, dont la présence contribue également à sécuriser les sites touristiques… pour que l’été reste un moment de quiétude.

Patrouille de réservistes sur le quai du petit train conduisant au Panoramique des Dômes.Patrouille de réservistes sur le quai du petit train conduisant au Panoramique des Dômes.

Patrouille de réservistes sur le quai du petit train conduisant au Panoramique des Dômes.

© GND F. Garcia