Immersion

Prenez de la hauteur en toute sécurité avec les gendarmes de Chamonix

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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© GEND/SIRPA/F.GARCIA

Ils connaissent le massif du Mont-Blanc comme leur poche et admirent ses sommets tout en les redoutant parfois : les gendarmes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) et de la Section aérienne de gendarmerie (SAG) de Chamonix-Mont-Blanc (74) veillent sur les vacanciers venus chercher l’air pur, mais aussi sur cet environnement menacé et menaçant.

À Chamonix, si les professionnels du tourisme redoutaient cette saison estivale marquée par la COVID-19, les voilà rassurés : de nombreux vacanciers ont préféré la montagne à la plage ! Il faut dire que les activités ne manquent pas pour les sportifs : alpinisme, parapente, VTT, randonnée, etc.

Malheureusement, celles-ci engendrent aussi un certain nombre d’accidents. « Le massif est très fréquenté cette année ! Le PGHM est employé sur 800 à 900 secours par an. Or, depuis le déconfinement jusqu’à aujourd’hui (NDLR : 13 août), nous sommes déjà intervenus plus de 360 fois ! », remarque le chef d’escadron André-Vianney Espinasse, adjoint au commandant du PGHM.

Mieux vaut prévenir que guérir !

De par sa verticalité et ses accès très techniques, le massif du Mont-Blanc demande une grande rusticité. Les organismes sont mis à rude épreuve et la moindre chute dans une crevasse peut être fatale ! En outre, les énormes chaleurs liées au réchauffement climatique augmentent l’érosion et les risques d’éboulement. C’est d’ailleurs le cas cet été, dans le couloir du Goûter, où les chutes de pierres sont nombreuses. « Cela peut aller de la taille d’une petite assiette à celle d’un camion ! », décrit le lieutenant-colonel Stéphane Bozon, commandant le PGHM. À partir des renseignements apportés par les gendarmes sur l’état des sommets, lesquels font foi dans le milieu montagnard, des messages de prévention sont diffusés par la préfecture de Haute-Savoie pour alerter les touristes.

Mais quoi de plus naturel en vacances que de stopper les notifications et de s’éloigner des informations ? Aussi, entre juin et septembre, les gendarmes secouristes sont également présents au niveau des refuges de la voie normale du Mont-Blanc, appuyés par le Groupe montagne gendarmerie (GMG) de la Haute-Savoie. Emprunté par près de 15 000 personnes par an, l’accès le moins difficile pour atteindre le sommet n’en reste pas moins dangereux. « Nous pratiquons jusqu’à 100 secours par an rien que sur cette voie ! », constate le chef d’escadron Espinasse.

Si ce poste provisoire permet d’avoir des personnels déjà sur place, prêts à secourir, il a avant tout une mission préventive. «L’ascension demande d’avoir un minimum de matériels : chaussures adéquates, crampons, encordement, baudrier, casque, etc. Il est également fortement conseillé de prévenir quelqu’un en amont pour lui indiquer son itinéraire et les horaires prévus », explique le sous-lieutenant de réserve Pascal Saudemont, de permanence au poste de Tête Rousse ce jour-là.

En lien permanent avec les guides, les associations et les gardiens de refuge, les gendarmes veillent également au respect de l’ordre public sur cette autoroute des alpinistes ! « Un arrêté préfectoral a été pris pour la voie normale, stipulant que les refuges ne doivent par dépasser leurs quotas de réservations, afin que seules 250 personnes maximum par jour empruntent cet itinéraire. Les départs sont échelonnés grâce aux guides, qui échangent entre eux, et aux refuges, qui font plusieurs services pour le petit-déjeuner », souligne le chef d’escadron Espinasse. Les gendarmes vérifient, pour leur part, que les alpinistes sont bien en possession d’un justificatif de réservation. Ils luttent également contre les faux professionnels qui mettent en danger les touristes, mais aussi contre les vols, les squats et les éventuelles échauffourées dans les refuges. « Il y a trois ans, nous avons constaté un squat bien organisé là-haut : sacs de couchage, gaz et eau… Les gens n’avaient plus qu’à monter et il y avait un système de roulement permanent ! », relate Pascal Saudemont. Enfin, les militaires du PGHM veillent à la préservation de cet environnement exceptionnel en luttant contre toute forme de pollution. « Nous voyons parfois des choses invraisemblables. Certains ont déjà voulu monter un mât des couleurs jusqu’au sommet, d’autres une piscine ou encore un rameur ! », observe le chef d’escadron Espinasse.

Quand les gendarmes bravent les montagnes

Si cette visibilité de la gendarmerie au niveau des refuges a permis de réduire les comportements délictueux depuis quelques années, les accidents demeurent malheureusement encore trop réguliers ! « Cette saison, nous sommes particulièrement impactés par les accidents. Ce ne sont pas tant les alpinistes. Il y a beaucoup de chutes de randonneurs et d’adeptes de VTT ! », constate le chef d’escadron Philippe Sebah, commandant la SAG. À côté des missions de police (recherches de personnes, surveillance générale, maintien de l’ordre, coopération franco-suisse...) et du maintien en condition opérationnelle de l’équipage, les missions de secours représentent 65 % de l’activité de son unité. La SAG intervient ainsi en appui du PGHM, tout comme la Sécurité Civile, mais elle peut également être sollicitée par toutes les autres unités du département. Réalisant parfois jusqu’à 20 secours dans la journée, cette seule mission est déjà particulièrement exigeante !

Dès que l’alerte est donnée, les secouristes du PGHM rejoignent le pilote et les mécaniciens de la SAG. Après un rapide briefing sur la situation, l’équipe embarque à bord de l’hélicoptère, accompagnée du médecin d’astreinte. Pas besoin de discuter pendant des heures : « Nous finalisons notre plan d’intervention à l’intérieur de la machine. Tout le monde est très bien formé, avec déjà une grande expérience de la montagne. Nous formons une équipe soudée comme les cinq doigts de la main, ce qui s’avère très confortable ! », apprécie le chef d’escadron Sebah. Esprit d’équipe et précision sont effectivement indispensables une fois arrivés là-haut.

Lorsqu’une personne blessée se trouve en pleine paroi verticale, les militaires de la SAG tentent d’approcher avec l’hélicoptère et préparent la dépose, voire l’hélitreuillage des secouristes du PGHM. Il s’agit de ne pas heurter un rocher avec les pales de la machine, qu’il faut stabiliser tout en agissant rapidement. Chaque geste est donc millimétré, la moindre erreur pouvant être fatale ! « Il y a différents paramètres à prendre en compte, notamment l’aérologie. Certains secours sont extrêmement engageants, comme la semaine dernière, où nous avons dû intervenir de nuit, à 3 400 mètres d’altitude ! Parfois, il est impossible de monter tout le monde en une fois. Nous en laissons alors une partie sur un camp de base et faisons des allers-retours », explique le commandant de la SAG. « Ce qui frappe ici, c’est la verticalité, avec des secours jusqu’au sommet, à 4 810 mètres ! Ces grandes faces, ces voies d’alpinisme mythiques, demandent aux gendarmes du PGHM de la rusticité et des qualités techniques d’un niveau très élevé ! », ajoute le chef d’escadron Espinasse.

Malgré toute leur bonne volonté, les militaires sont parfois confrontés à des séries noires : « Mi-juillet, nous avons déploré sept décès en à peine 48 heures ! Il y a aussi certains secours très difficiles, comme cette fillette de neuf ans, morte dans la montagne il y a quelques jours. Aucun gendarme ne refuse de remonter là-haut, mais certains restent marqués par ces événements ! », confie le chef d’escadron Espinasse. Fort heureusement, les gendarmes ont le plus souvent l’immense satisfaction de sauver des vies et d’être remerciés chaleureusement par les personnes secourues. De ces gendarmes partant de la vallée à ces héros atteignant les sommets, il n’y a donc qu’un pas, ou plutôt quelques mètres d’altitude !