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Sur la route des vacances : A7 et N7 au cœur de l’action de l’escadron départemental de sécurité routière de la Drôme

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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© GND F. Garcia

Été comme hiver, la vallée du Rhône est un axe majeur pour les vacanciers, les transports routiers et bien évidemment la délinquance. Les deux principaux axes qui la traversent du nord au sud, l’autoroute A7 et la nationale 7, font l’objet d’une vigilance accrue de la part des militaires de l’escadron départemental de sécurité routière de la Drôme, également bien présents sur le réseau secondaire.

Le week-end du 15 août est annoncé rouge sur les grands axes routiers de l'Hexagone. Même si elle est souvent légèrement inférieure à celle du premier week-end d’août, marquant la bascule entre juillettistes et aoûtiens, l'affluence de ce traditionnel chassé-croisé est particulièrement attendue par les Escadrons départementaux de sécurité routière (EDSR). Le constat est particulièrement vrai dans la vallée du Rhône, où, pendant les deux mois d'été, l'autoroute A7 enregistre près de 110 000 véhicules par jour en semaine, et jusqu'à 150 000 le week-end, soit entre 5 000 et 6 000 véhicules par heure. Dans le même temps, sur la mythique nationale 7, le flux de touristes vient également s'ajouter aux déplacements quotidiens, grossis par les travailleurs saisonniers.

Été comme hiver, ces deux axes majeurs sont donc au cœur de l’action de l’EDSR de la Drôme (26), qui reste également vigilant sur le reste du réseau secondaire lui incombant. Garantir la fluidité et sécuriser ce couloir névralgique, telle est la mission des gendarmes, qui assurent une présence quotidienne sur les axes routiers, ainsi que sur les aires de service et de repos, parfois visible et dissuasive, parfois plus discrète, afin de réprimer les comportements dangereux et les infractions, mais aussi sensibiliser les automobilistes aux risques routiers et aux vols à la roulotte.

« Nous orientons nos contrôles sur les vitesses, les conduites sous l’empire d’un état alcoolique ou sous produits stupéfiants, l’usage du téléphone portable, qui est une catastrophe sur les autoroutes, ainsi que sur tous les comportements pouvant s’avérer dangereux. Nous portons d’ailleurs une attention particulière aux véhicules particulièrement chargés, présente le capitaine Éric Grasset, commandant l’unité drômoise. Enfin, au regard du flux de poids lourds de toutes nationalités circulant sur l’A7, nous effectuons de nombreux contrôles de coordination des transports. »

« Une gestion intelligente et rationnelle des flux »

« Notre mission est beaucoup plus vaste que la sécurité routière, c’est vraiment une gestion intelligente et rationnelle des flux, confie-t-il. L’importance de ce couloir A7-N7 fait qu’obligatoirement tous les trafics passent par chez nous, à des horaires parfois atypiques. Mais on a régulièrement des affaires qui sortent de l’ordinaire. Nos opérations de contrôle peuvent déboucher sur tout type de délinquance : trafics de stupéfiants ou autres, personnes recherchées, étrangers en situation irrégulière… Nous sommes donc amenés à faire du judiciaire. » Et de citer pour exemple l’interpellation, en début d’année, de plusieurs personnes dans la région lyonnaise, dans le cadre d’une enquête conduite par l’EDSR sur des vols de fret à très grande échelle. « Nous montons régulièrement de grosses opérations afin de lutter contre ce phénomène, qui se produit davantage en fin d’année. »

La sensibilisation des usagers à la problématique des vols à la roulotte ainsi qu’à l’ensemble des risques routiers est l’une des missions du poste avancé mis en place en 2018, sur l’aire de service de Montélimar, à l’occasion des périodes de forte affluence.La sensibilisation des usagers à la problématique des vols à la roulotte ainsi qu’à l’ensemble des risques routiers est l’une des missions du poste avancé mis en place en 2018, sur l’aire de service de Montélimar, à l’occasion des périodes de forte affluence.

La sensibilisation des usagers à la problématique des vols à la roulotte ainsi qu’à l’ensemble des risques routiers est l’une des missions du poste avancé mis en place en 2018, sur l’aire de service de Montélimar, à l’occasion des périodes de forte affluence.

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Actions de prévention et de répression contre les vols à la roulotte

Les vols à la roulotte, autre fléau récurrent sur le secteur, font également l’objet de différentes actions, renforcées en période d’affluence estivale comme hivernale : des enquêtes, dont la dernière a permis à l’EDSR d’effectuer un beau coup de filet avant l’été dans la région marseillaise, des patrouilles visibles sur les aires de repos et de service, afin de sensibiliser les automobilistes, particulièrement les camping-caristes, ainsi que les chauffeurs routiers, tout en dissuadant les délinquants, ou encore une présence plus discrète visant à détecter et interpeller ces « roulottiers » en flagrant délit.

La sensibilisation des usagers à cette problématique ainsi qu’à l’ensemble des risques routiers est d’ailleurs l’une des missions du poste avancé mis en place en 2018 sur l’aire de service de Montélimar, la plus grande d’Europe, à l’occasion des périodes de forte affluence. « Dans l’esprit de la police de sécurité du quotidien, le poste avancé nous permet d’aller au contact de la population, afin de dispenser conseils et renseignements, de rassurer les commerçants et au final de lutter contre la délinquance. Et ça fonctionne : la première année, nous avons enregistré une baisse de 38 % des vols à la roulotte sur l’aire de Montélimar », se félicite l’officier.

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Cinq unités complémentaires sur le réseau routier drômois

Pour remplir toutes ces missions, l’EDSR de la Drôme peut compter sur ses 92 militaires, répartis au sein de cinq unités, avec chacune ses spécificités et sa zone d’action. Le Peloton d’autoroute (P.A.), implanté à Valence et comprenant notamment quatre pilotes et deux véhicules rapides d’intervention, concentre ainsi son action sur l’A7, qui est aussi le point principal d’attention du Peloton motorisé (P.Mo.) de Malataverne. À elles deux, ces unités couvrent près de 90 % du réseau autoroutier drômois, soit 102 km ; le reste étant sous la compétence de l’EDSR isérois voisin. Le P.Mo est aussi compétent sur le réseau secondaire de la Drôme provençale et du pays de Nyons, où il vient appuyer la compagnie locale. Trois Brigades motorisées (B.Mo.) complètent le dispositif : celle de Romans-sur-Isère, couvrant le nord du département et le Vercors, et celles de Valence et de Loriol, qui travaillent en communauté sur le centre du département et la région de Die. En période estivale, ces trois B.Mo. concentrent leur action sur la RN7 et les différents axes touristiques du département.

L’EDSR compte par ailleurs parmi ses effectifs près de 45 motocyclistes, généralement mobilisés en journée sur le réseau secondaire. « Ils nous permettent d’avoir une présence et une action dans la profondeur de notre territoire, expose le commandant de l’EDSR, notant également l’intérêt de pouvoir les employer sur l’autoroute. « Quand la circulation est saturée, comme en période estivale, une patrouille en voiture peut avoir des difficultés à intervenir, même en utilisant la Bande d’arrêt d’urgence (BAU), alors que les motocyclistes peuvent passer à peu près partout. Leur présence est particulièrement appréciable quand il y a une coupure d'autoroute et que l’on doit procéder au stockage des poids lourds ».

Traditionnel week-end du 15 août dans la vallée du Rhône

En ce week-end de chassé-croisé du 15 août, les effectifs de l’EDSR sont donc sur le pont. Pour la B.Mo. de Romans-sur-Isère, qui était sur le terrain dès le jeudi soir, en appui de la compagnie locale, afin de sécuriser la sortie d’un établissement de nuit tout juste rouvert, il s’agit de réarticuler ses forces sur les principaux axes secondaires de sa circonscription, prioritairement la RN 7, mais aussi les RD 532, 538 et 101, tout en restant en mesure d’appuyer le dispositif sur l’A7. Desservant notamment l’hôpital de Romans, la RD 532 fait d’ailleurs l’objet de l’attention quotidienne des gendarmes, qui se doivent d’en assurer la viabilité.

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Sur ces axes secondaires, où les flux touristiques viennent s’ajouter aux mouvements pendulaires quotidiens, grossis en cette période par les travailleurs saisonniers employés dans les exploitations agricoles, la B.Mo. adapte ses opérations de contrôle, de jour comme de nuit, au rythme de la route. Si les comportements dangereux, comme le téléphone au volant, sont davantage ciblés en semaine, les conduites addictives et les excès de vitesse sont la préoccupation du week-end.

« Cette année est assez atypique en termes de comportements, note le major Xavier Guiraud, commandant la B.Mo de Romans. Pendant le confinement, nous avons enregistré des excès de vitesse incroyables. Et aujourd’hui, en dépit de la fermeture des établissements de nuit, nous continuons d’enregistrer des conduites alcoolisées et sous stupéfiants faisant généralement suite à une consommation à l’occasion de soirées privées. »

L’épidémie de COVID a également contraint les militaires à adapter leur manière de travailler : placement à distance de la personne contrôlée, à l’abri du pare-brise ou en décalé, port du masque si le conducteur ou son passager doit sortir du véhicule, absence de signature des procès-verbaux, gel hydro-alcoolique dans la poche pour se nettoyer les mains après la manipulation des documents…

Le P.A. de Valence incognito (ou presque)...

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Dès le vendredi après-midi, tandis que la circulation s'intensifie sur l'A7, le Maréchal des logis-chef (MDC) Lionel, pilote de l’Équipe rapide d’intervention (ERI), et le MDC Yannic, du P.A. de Valence, partent faire la chasse aux comportements dangereux. Au volant de l'un des véhicules banalisés de l'unité, les deux gendarmes en tenue s’insèrent dans le flux de circulation et observent les automobilistes. Un véhicule qui zigzague, un conducteur qui téléphone, un dépassement par la droite, l’utilisation abusive de la BAU pour rejoindre une aire, sortir plus vite ou simplement pour doubler le bouchon : le binôme est attentif à tout. Il ne faut pas attendre très longtemps pour intercepter le premier automobiliste… téléphone en main.

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Le MDC Lionel se place à hauteur de l’autre véhicule, « gyro » allumé, pour que le MDC Yannic puisse signifier au conducteur de les suivre jusqu’à l’aire la plus proche. Dans le même temps, le gendarme passe la plaque d’immatriculation au fichier, afin de vérifier la correspondance et surtout savoir à quoi s’attendre au moment du contrôle. La verbalisation terminée et à peine revenus dans le flux, qu’un nouveau contrevenant est repéré. Là encore un téléphone. En deux heures, le binôme va ainsi enchaîner les procès-verbaux, faisant preuve de patience mais aussi de fermeté face à certains automobilistes tentant de négocier. Plusieurs contrôles débouchent également sur d’autres infractions, comme l’absence de contrôle technique ou un permis invalidé. Les touristes étrangers ne sont pas en reste. En effet, un accord de réciprocité avec 19 pays permet de dresser un procès-verbal électronique en cas d’infractions de leurs ressortissants sur le sol français.

La patrouille en profite également pour faire un passage sur les différentes aires, attentive à tout comportement suspect…

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L’équipe rapide d’intervention entre en piste

Quand le flux de circulation est dense, l'A7 est plutôt le théâtre de nombreux accrochages, souvent sans gravité, mais qui viennent néanmoins impacter la circulation et accroître les ralentissements. C’est quand il se fluidifie et que les automobilistes prennent de la vitesse, notamment la nuit, que se produisent les accidents les plus graves. « L'accidentologie se joue à peu de chose ; l'équilibre est fragile. La vitesse est un aggravant, de même que l’alcoolémie en sortie de soirée. Nous constatons aussi régulièrement des accidents dus à l’endormissement de conducteurs partis très tôt et qui viennent s’emboutir à l’arrière d’un camion. C'est le quotidien des EDSR », note le CNE Grasset.

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Alors, le soir venu, tandis que le flot de véhicules s'amenuise sur l'autoroute et que certains automobilistes, distraits ou impatients d’arriver à destination, ont tendance à avoir le pied lourd sur l'accélérateur, le P.A. sort les grands moyens. Au volant de la Mégane RS, le MDC Lionel, cette fois accompagné du gendarme Thomas, sont en mesure de lutter contre les grands et très grands excès de vitesse, pouvant déboucher sur de la moyenne voire de la grande délinquance routière.

Là encore, il ne faut pas longtemps au binôme, équipé d’un ultralite et d’un prolazer, pour repérer leur première contrevenante, contrôlée à 169 km au lieu de 130. Le suivant passe à 192 km/h, soit une vitesse retenue de 181 km/h. Ce sera une rétention de permis… Elle sera suivie de trois autres, impliquant de jeunes conducteurs titulaires de permis probatoire et limités à 110 km/h.

Et tandis qu’ils circulent sur l’autoroute entre 23 heures et 3 heures du matin, les gendarmes en profitent pour faire quelques rappels aux conducteurs grâce à leur panneau à messages variables, les incitant notamment à rouler à droite.

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Pendant ce temps-là, au P.Mo. de Malataverne

Les effectifs du P.Mo. de Malataverne, qui veille sur une portion de 50 km d’autoroute, dans un sens et dans l’autre, une dizaine d’aires, ainsi que sur tout le réseau sud de la Drôme, sont également mobilisés en cette période d’affluence. Dès le vendredi 14 août, au moins une patrouille circule en permanence le long du tracé de l’autoroute, du matin jusqu’au soir, afin d’intervenir plus rapidement, tandis que le reste de l’effectif se mobilise sur la RN7.

« Paradoxalement, ce n’est pas quand il y a beaucoup de monde qu’on enregistre les plus gros accidents sur l’autoroute, cela n’affecte donc pas notre activité dans ce domaine. En revanche, on va davantage intervenir pour des incivilités sur les aires. En fait, on rencontre un peu de tout : des violences conjugales, des bagarres, des vols à la roulotte, des abandons de personnes ou d’animaux… C’est loin d’être routinier, expose le Lieutenant (LTN) Damien Tresserres, commandant l’unité.

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Samedi 15 août au matin, un service particulier attend les militaires du P.Mo. Il s’agit en effet de contrôler le respect de l’interdiction de circulation visant les poids lourds en cette journée fériée, à l’exception de ceux bénéficiant d’une dérogation.

Puis, en début d’après-midi, tandis que l'autoroute affiche 35 km de bouchon, une partie des automobilistes optent pour la nationale 7… où certains oublient les limitations de vitesse ! Mais les gendarmes sont vigilants : un dispositif de contrôle puis d’interception par deux motocyclistes permet de détecter un certain nombre de contrevenants au pied lourd ! Là encore, les gendarmes font preuve de patience et de pédagogie, prenant le temps d’expliquer en détail les procédures…

C’est ainsi qu’au quotidien, été comme hiver, de jour comme de nuit, les gendarmes de l’EDSR de la Drôme se mobilisent pour rendre la route plus sûre, pour les vacanciers et les professionnels.

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