Immersion

Un Tour en caravane

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© GEND/SIRPA/F.GARCIA

Depuis 1995, la gendarmerie nationale participe à la caravane publicitaire du Tour de France, afin de valoriser son image auprès du public et de diffuser les consignes et les bonnes pratiques en matière de sécurité, mais aussi cette année de santé publique. Reportage au cœur du dispositif.

Il se passe des choses étranges, ce matin du 9 septembre, sur un parking herbeux habituellement réservé aux camping-cars, à proximité de l’hippodrome de Châtelaillon-Plage, en Charente-Maritime. On peut y croiser, entre autres, Astérix, un crocodile, un paquet de lessive liquide, des deux chevaux aux couleurs d’une célèbre marque de saucisson, un immense cycliste vêtu du maillot jaune… Et on peut aussi tomber nez à nez avec quatre superbes voitures sérigraphiées aux couleurs de la gendarmerie nationale !

Si le Tour de France est un événement aussi populaire, attirant chaque année plus de 10 millions de personnes sur le bord des routes, il le doit autant aux exploits des sportifs à deux-roues qu’à son cortège bariolé de véhicules à quatre roues, arrosant la foule de goodies en tout genre. Autant à son peloton qu’à sa caravane.

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Enrichissant personnellement et professionnellement

Depuis 25 ans, les gendarmes participent à cette lente procession, longue de sept kilomètres, qui emprunte le tracé de l’étape deux heures avant la course. Avec un double objectif : diffuser des messages de sécurité en tête de cette caravane et valoriser l’image de la gendarmerie nationale.

Dès leur arrivée sur le parking du départ, les gendarmes sélectionnés cette année nettoient les véhicules avec une belle ardeur. Ils sont huit, quatre hommes et quatre femmes, à s’être lancés dans l’aventure, rejoints sur certaines étapes par deux logisticiens.

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Le lieutenant Sébastien Perrier, commandant de la Brigade départementale de renseignements et d’investigations judiciaires (BDRIJ) de Gap, est le chef du dispositif. « Le Tour, pour moi, c’est d’abord beaucoup de souvenirs d’enfance, explique-t-il. Cela fait plusieurs années que je vois passer les messages d’appel à volontaires, alors cette fois j’ai décidé de candidater. Je voulais vivre l’événement de l’intérieur, avec des responsabilités. C’est une expérience de commandement atypique, enrichissante personnellement et professionnellement. »

Un masque, du gel et zéro selfie !

Nous sommes à une demi-heure du départ. Sébastien participe à l’ultime briefing sur l’étape du jour avec l’organisateur ASO (Amaury Sport Organisation), « qui porte principalement sur des informations techniques, notamment sur les vitesses à adopter », précise-t-il. Les caravaniers vérifient les derniers détails. Les véhicules doivent être prêts et beaux !

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Maxime, gendarme au Peloton de surveillance et d’intervention (PSIG) de Dijon, teste la sono. Sur ce Tour de France, il est animateur de la caravane gendarmerie. « Tous les ans, je suis plusieurs étapes du Tour en montagne avec des amis. J’avais vraiment envie d’y participer. Mon rôle consiste d’abord à diffuser des messages de prévention concernant la sécurité des personnes sur le bord des routes, pour qu’ils ne prennent aucun risque et qu’ils surveillent bien leurs enfants. Cette année, je rappelle également les règles pour lutter contre la COVID-19 : 2 mètres de distance, 0 autographe, 2 gestes barrière (le masque et le gel) et 0 selfie ! Enfin, je suis aussi là pour mettre l’ambiance en tête de caravane. » Et pour ça aussi, on peut compter sur Maxime…

À cinq minutes du départ, la sirène retentit. Les gendarmes poussent leur cri de guerre et chaque binôme prend place dans l’une des quatre voitures. « Je fais en sorte que tout le monde tourne pour être à tour de rôle soit avec moi dans le véhicule de commande, soit avec Maxime dans la deuxième voiture », ajoute Sébastien.

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Il est bientôt midi, la caravane se met en branle. Les voitures de la gendarmerie prennent place derrière celles du sponsor principal du Tour de France, dans une formation en quinconce. Après avoir longé l’océan, elles bifurquent vers l’est. Arrivée prévue à Poitiers dans quatre heures.

Allez les Bleus !

Isabelle a pris place dans le véhicule de tête, à l’arrière. Par la fenêtre, elle distribue les fameux goodies tant attendus, notamment par les enfants. Elle glisse un « Bonjour ! » souriant à chaque fois. Cette adjudante de la brigade motorisée de Lodève, dans l’Hérault, vit son expérience avec un bel enthousiasme. « Je fais très peu de prévention au quotidien dans ma mission, surtout de la répression avec des personnes de mauvaise foi, voire hostiles, reconnaît-elle. Ça me fait beaucoup de bien d’être au contact des gens dans ce contexte. Nous sommes super bien accueillis, ça fait chaud au cœur ! » Effectivement, la caravane des gendarmes serpente dans le marais poitevin sous les applaudissements et les « Allez les bleus ! »

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La gendarmerie recrute !

Dans le deuxième véhicule, Maxime fait monter encore davantage la température. « J’ai à ma disposition une quarantaine de musiques déclarées à la SACEM, détaille-t-il, mais j’en utilise surtout deux qui font vraiment bouger ! Les gens n’attendent que ça. » Alors c’est parti, DJ Maxime aux platines : « Feel the magic in the air… Allez, allez, allez… Levez les mains en l'air… Allez, allez, allez ! » Le gendarme ne manque jamais l’occasion de féliciter un spectateur, ou une spectatrice, pour « son très joli déhanché ». Quant aux jeunes torse nu, qui exhibent leurs pectoraux, il leur rappelle que « la gendarmerie recrute ! » C’est de bonne guerre. « L’ambiance est festive mais très professionnelle, note Isabelle. C’est comme ça que j’aime travailler au quotidien : sérieusement mais en toute décontraction. »

À Poitiers, sur la ligne droite qui accueillera tout à l’heure le sprint du peloton, c’est carrément de la folie. Les spectateurs tapent en rythme sur les panneaux publicitaires pour encourager les gendarmes, qui franchissent la ligne d’arrivée, sirène hurlante et grand sourire aux lèvres. Loin devant Astérix !

 


© ADC J.-F. Jounel