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[RETEX] À bord du TGV avec les Train Marshall

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© GEND/SIRPA/F.GARCIA

Un exercice terrain baptisé TM89 s’est déroulé dans la nuit du 24 au 25 septembre. Il avait pour objectif de tester en conditions réelles le programme Train Marshall, après deux années de déploiement opérationnel.

Voiture 15, salle basse. Le TGV est parti de Paris, Gare de Lyon, direction Marseille via Aix-en-Provence et Avignon. La nuit est tombée, les paysages défilent, le sommeil commence à poindre. Soudain, le train-train est interrompu par des cris, des cavalcades… Puis des coups de feu retentissent…

Le TGV s’arrête en gare de Laroche-Migennes, entre Sens et Auxerre, en Bourgogne-Franche-Comté. L’angoisse se lit sur les visages des voyageurs. La cheffe de bord nous informe que le train vient de subir deux attaques simultanées, dans notre voiture à l’étage, ainsi que dans la voiture 12. Deux assaillants ont été abattus, mais le troisième demeure toujours enfermé dans un compartiment avec des otages.

Les hommes qui sont intervenus aussi vite, ce sont les Train Marshall (TM). Des gendarmes du Peloton d’intervention de la garde républicaine (PIGR) qui patrouillent en civil dans certains trains, parfois accompagnés par un binôme de la SUGE, la surveillance générale de la SNCF. Et le scénario qu’ils suivent ce soir-là est celui du deuxième exercice de contre-terrorisme ferroviaire du programme Train Marshall, un peu plus d’un an après le premier, et après deux ans de déploiement opérationnel.

Des exercices indispensables

Ce programme est le fruit d’un partenariat entre la SNCF et la gendarmerie nationale. Il a été lancé en 2018, suite à l’attaque du Thalys le 21 août 2015. « L’objectif est de sécuriser les trains dans toutes les gares et sur tout le réseau ferré français, explique le lieutenant-colonel Jérôme Bacqué chef de la section défense sécurité intérieure et protection du Bureau défense et sécurité nationale (BDSN), et en charge du programme Train Marshall. Concrètement des hommes du GIGN, des antennes GIGN et des PIGR sont formés à ces missions qui consistent à patrouiller dans les trains, en civil et armés, pour être en mesure d’intervenir rapidement et de réduire la menace éventuelle. »

« L’intérêt de cet exercice est de tester la coordination et la complémentarité entre les gendarmes et  nos agents, ajoute Philippe Loutterbach, directeur des forces projetables spécialisées à la Direction de la sûreté de la SNCF. Il existe des formations communes, mais ces exercices sont indispensables pour s’assurer de la bonne compréhension de ces formations, que chacun connaisse les compétences de l’autre. La SUGE a un rôle de facilitateur. Elle doit préparer le terrain pour les équipes d’intervention. »

Le lieutenant-colonel Bacqué poursuit : « La collaboration avec la SNCF est essentielle pour nous donner des clés techniques sur l’environnement ferroviaire, un domaine qu’on connaît peu, savoir quelles sont les possibilités et les contraintes pour entrer, sortir, et surtout progresser à l’intérieur d’un train. Nous faisons de nombreux entraînements au sein du GIGN, mais seuls les exercices d’ampleur permettent d’intégrer les gendarmes départementaux. »

L’exercice se poursuit. Le train est toujours à l’arrêt, la prise d’otages toujours en cours. Les Premiers à marcher (PAM) sont les gendarmes des brigades et du Peloton d’intervention et de surveillance de la gendarmerie (PSIG) de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Sens, renforcés par le PSIG Sabre de la CGD d’Auxerre. Leur mission est de sécuriser la gare et d’évacuer les voyageurs.  Ce dispositif est placé sous la direction du commandant de groupement de gendarmerie départementale de l’Yonne, le colonel Christophe Plourin, qui fait le lien avec les différentes autorités civiles et administratives.

« Le rôle des primo-intervenants est d’aller au contact des TM et de les relever, avant que le GIGN ne les relève à leur tour, rappelle le commandant Guillaume, chef de la Force d’intervention adjoint du GIGN. C’est la chaîne habituelle, applicable dans cette situation, qui va permettre de fluidifier et d’accélérer la manœuvre. »

Entraînement difficile, guerre facile

À bord du TGV, la tension est palpable. Les deux TM du PIGR, appuyés par un binôme de la SUGE, sont en contact permanent avec l’antenne GIGN de Reims qui va se projeter sur zone dans quelques minutes. Cette antenne est la première à avoir été formée à la fois par le GIGN et par la SUGE pour ce type de mission. « Nous sommes voiture 14 et j’ai en visuel le preneur d’otages situé en voiture 15 haute, expose l’un des deux TM au téléphone. Nous avons mis en place un corridor d’extraction par la voiture 13 basse qui est sécurisée. Nous avons eu un seul contact verbal avec le terroriste. Il exige un maximum de médias... »

Les hommes de l’antenne GIGN de Reims viennent d’arriver en gare et se mettent immédiatement en position, de part et d’autre de la rame. « Une fois que l’unité d’intervention est au contact de la menace, elle en mesure de déclencher un assaut délibéré, ou un assaut d’urgence si la situation se dégrade. Les gendarmes départementaux doivent se mettre à leur disposition pour faciliter l’évacuation des otages », précise le commandant Guillaume. Les différentes options sont étudiées. Au bout de quelques minutes, l’assaut est déclenché à l’intérieur du train, le terroriste abattu, les otages libérés.

« L’exercice avait trois objectifs, détaille le lieutenant-colonel Bacqué à l’issue : tester la coordination entre les TM et la SUGE d’une part, entre le dispositif à l’intérieur du train et celui déployé en gare d’autre part, et enfin éprouver la coordination de l’ensemble des acteurs engagés. L’idée directrice c’est de se mettre en difficulté, pour pérenniser ce qui a bien marché, et changer ce qui a moins bien fonctionné, afin de faire mieux la prochaine fois. J’ai vu de très bonnes choses ce soir, et d’autres moins bonnes. Mais entraînement difficile, guerre facile… »

Plus de 80 gendarmes étaient engagés lors de cet exercice, sans compter les observateurs, parmi lesquels le général de brigade Édouard Hubscher, commandant la région de gendarmerie de Bourgogne. Un troisième exercice devrait avoir lieu l’an prochain. « Probablement dans un autre format, peut-être plus stratégique, alors que celui-ci était essentiellement tactique, anticipe Jérôme Bacqué. L’enjeu sera de monter ensuite un exercice de plus grande ampleur, avec le SDIS et les préfectures notamment. »