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Bourgogne : les gendarmes contre la délinquance en milieu viticole

Auteur : l'aspirant Morgane Jardillier - publié le
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Alors que 12 tonnes de raisins ont été volées dans les Pyrénnées-Orientales en septembre 2016, la gendarmerie de Côte d’Or est particulièrement vigilante pour lutter contre cette menace en période de vendanges.
© Sirpa Gend - BRC F.Garcia

En Bourgogne-Franche-Comté, une convention entre la région de gendarmerie et les professionnels du secteur viticole vise à améliorer la sécurité économique de la filière viticole.

Le vin est devenu aujourd’hui un produit de luxe. En tant que tel, il est la cible de nombreuses convoitises : vols, cambriolages, escroqueries sur Internet, contrefaçons. Pour lutter contre cette délinquance, en Bourgogne-Franche-Comté, une convention entre la région de gendarmerie et les professionnels du secteur viticole est en cours de signature. Ancré dans le champ de la prévention, un plan opérationnel vise à améliorer la sécurité économique de la filière viticole.

Gevrey-Chambertin, Puligny-Montrachet, Vosne-Romanée. Chaque année, on y produit des vins d’exception. Des appellations qui ne donnent pas que l’eau (ou le vin) à la bouche. Vols, fausses bouteilles, fausses étiquettes, ré-remplissage, autant de pratiques délictuelles engendrant des pertes économiques directes et une atteinte à l’image de l’industrie des vins et spiritueux.

La région de gendarmerie met à la disposition des vignerons son réseau de spécialistes en matière de prévention technique de la malveillance et réalise gratuitement des consultations de sûreté.

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Un label de sécurité

La multiplication des affaires de vols et de contrefaçons du vin a incité la région de gendarmerie Bourgogne-Franche-Comté (RGBFC) et les viticulteurs à concevoir un véritable label de sécurité. Le « plan Bourgogne » s’inscrit dans une logique de réappropriation du territoire pour mieux lutter contre la délinquance. « Avec une appellation aussi prestigieuse que le Bourgogne, il est nécessaire d’établir une relation institutionnelle entre la gendarmerie et le monde viticole, et de s’engager à améliorer la sécurité économique de cette filière », explique le colonel Olivier Kim, commandant la RGBFC. La gendarmerie et les professionnels du vin se sont fixé un objectif commun : conjuguer leurs efforts pour prévenir et lutter plus efficacement contre toutes formes d’atteintes aux biens et à l’image de la filière viticole. Cette convention engage aussi les militaires à « s’adapter au biorythme du territoire en renforçant leur présence lors des périodes sensibles, comme les vendanges », annonce le colonel.

« Agr@ppe-moi », si tu peux !

La surveillance se poursuit également sur la toile. Avec le développement du commerce en ligne, les délinquants ont diversifié leurs activités et leurs modes d’action. Fort heureusement, dans cet éternel jeu du gendarme et du voleur, la technologie vient au secours des producteurs de vin. Dans le cadre du « plan Bourgogne », la gendarmerie souhaite mettre à la disposition de ces professionnels, son réseau de spécialistes en matière de nouvelles technologies, d’analyse financière criminelle et de référents aux atteintes à l’environnement et à la santé publique. Ces derniers pourront réaliser des actions de sensibilisation dans leurs domaines de compétence au profit des acteurs de la filière.

20 % des bouteilles commercialisées dans le monde seraient des contrefaçons.

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Une arnaque qui tourne au vinaigre

Appliquer une fausse étiquette au nom prestigieux sur une bouteille quelconque peut rapporter gros. Le Romanée-Conti est le vin le plus cher du monde. Environ 6 000 bouteilles sont vendues par an à des distributeurs surveillés et triés sur le volet. Les rares élus se voient facturer entre 8 000 et 9 000 euros la bouteille. Le revers de la médaille n’est autre que la contrefaçon. En 2012, à la suite du signalement par plusieurs clients lors d’une vente aux enchères, le domaine viticole dépose une plainte pour mise sur le marché français et international de bouteilles contrefaites.

Rapidement, la section de recherches de Dijon met la main en France sur 69 bouteilles contrefaites. L’enquête conduite avec le soutien de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, met en évidence, début 2013, l’existence d’une organisation structurée. En collaboration avec Eurojust et Europol, une opération est menée simultanément en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et à Chypre. Une vingtaine de domiciles et d’entrepôts sont perquisitionnés. Sept personnes sont arrêtées et entendues, dont deux Italiens, un père et son fils, établis dans le négoce de vin.

Les enquêteurs retrouvent chez eux des emballages identiques à ceux ayant servi au premier lot de 69 fausses bouteilles. Mais il manque encore l’une des pièces maîtresses de l’échiquier : un Russe domicilié à Milan. Il serait en charge d’introduire les fausses bouteilles dans le circuit officiel. Les gendarmes parviennent à l’arrêter quelques mois plus tard. Au moins 400 bouteilles d’un vin jugé « médiocre » par les experts ont ainsi été vendues comme du Romanée-Conti. Un préjudice estimé à plus de deux millions d’euros.