Immersion

Les gendarmes de Vallon Pont d’Arc veillent sur leur population

Auteur : la capitaine Céline Morin - publié le
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Sur les sites d’affluence touristique, comme cette plage naturelle sur les rives de l’Ardèche, des patrouilles de gendarmes, mêlant militaires d’active et de réserve, assurent une présence rassurante.
© Sirpa Gend - MAJ. F. Balsamo

Pendant la saison estivale, la Cob de Vallon Pont d’Arc voit sa population multipliée par dix. Le renfort des réservistes et des gendarmes mobiles est essentiel pour continuer de tenir le territoire de manière visible.

Classé au 6e rang des départements les plus touristiques et 1er hors littoral, l’Ardèche voit sa population  tripler durant l’été. Un phénomène amplifié dans le sud du département, où elle est multipliée par dix. Activités sportives, sites touristiques, festivals en tout genre et autres manifestations rythment la saison, générant une forte recrudescence d’activités pour les gendarmes. Le renfort des réservistes et des gendarmes mobiles est essentiel pour continuer de tenir le territoire de manière visible.

La compagnie de Largentière reçoit, au cours de l’été, le renfort de 34 personnels : 13 gendarmes de l’escadron de gendarmerie mobile d’Annecy, trois OPJ ou APJ détachés d’autres départements et 18 réservistes. La Cob de Vallon Pont d’Arc, dont la population passe de 15 000 à 150 000 habitants, en bénéficie logiquement , avec un détachement de surveillance et d’intervention composé de 9 G.M. et 4 réservistes, cinq réservistes en renfort brigades, deux OPJ et une gendarme APJ.

Ici, pas de délinquance massive ou de quartiers dits sensibles, mais des petits larcins, des vols à la roulotte, des cambriolages, des incivilités, des tapages ou encore des bagarres sur fond de consommation d’alcool qui explosent durant l’été. Vient également s’ajouter, pour les gendarmes, la problématique des délais de route accrus sur cette circonscription de 18 communes.

Un travail en commun pour la sécurité de tous

« Sans ces renforts, nous ne pourrions pas travailler avec la même efficacité. Ils nous permettent de bleuir le terrain et ainsi d’empêcher délinquance de grimper. Nous avons également noué des liens étroits avec les polices municipales de Ruoms et de Vallon, explique le chef d’escadron François Debilly, commandant la compagnie. Le plus souvent, nous associons personnels d’active et de réserve dans les patrouilles afin de pallier la méconnaissance du terrain. Parallèlement, ces renforts nous apportent un regard neuf qui dynamise notre action. Les réservistes vont dans des endroits où les gendarmes de brigade n’ont pas toujours le temps d’aller, comme sur certains sites industriels ou dans des entreprises où ils dispensent des conseils en matière de prévention technique de la malveillance.  ».

Ancien de l’arme ou des autres armées, policier municipal, postier, chimiste, travailleur social ou encore étudiant, tous consacrent une partie de leurs congés à prêter main-forte à la gendarmerie. C’est le cas du MDC (ESR) Claude Guérin, ancien de l’arme et réserviste depuis 2 ans : « Nous effectuons principalement la surveillance des secteurs fréquentés, comme la RTGA, la caverne du Pont d’Arc ou la grotte de la Madeleine, ainsi que quelques services de police route, pour prévenir les comportements dangereux. L’important, c’est de se montrer et de prendre contact avec la population et les commerçants afin de les rassurer. Nous renforçons la présence des gendarmes d’active ». Une expérience « intéressante et enrichissante » pour les plus jeunes, dont bon nombre se présentent aux concours de sous-officier après avoir goûté au métier.

Les militaires de l’escadron d’Annecy, associés à des réservistes, tournent aussi sur la « circo », de jour comme de nuit, afin de prévenir les vols, les incivilités et les éventuels débordements. « Nous travaillons de manière autonome. Nous assurons notamment une patrouille de 1 heure à 5 heures du matin, et jusqu’à 6 heures les vendredis et samedis, en complément du Psig, pour éviter les problèmes dus à l’alcoolisation, explique le major Christian Maury, chef du DSI. Il y a du monde, c’est certain, mais pour nous, qui avons l’habitude des renforts hivernaux dans les stations de ski, c’est quand même plus calme. Les contacts sont plus faciles, même si la tenue 4S surprend un peu au début ».

La présence de ces renforts a été fortement saluée par les élus locaux ainsi que par la sous-préfète de l’arrondissement de Largentière, Éléodie Sches, qui s’est réjouie de « cette mixité de bleu et de noir, d’hommes et de femmes » dans ce dispositif de sécurité. Elle a également souligné l’excellente collaboration entre la gendarmerie et les municipalités, qui assurent l’hébergement, à titre gratuit, de l’intégralité des renforts.

Surveillance des sites touristiques

De Vallon Pont d’Arc à Saint-Martin d’Ardèche, la Route touristique des gorges de l’Ardèche (RTGA) offre aux touristes un panorama imprenable. Ils sont nombreux à venir admirer le paysage depuis l’un des onze belvédères aménagés tout au long de cette portion de 29 km… également bien connue des délinquants. Le vol à la roulotte dans les véhicules est en effet une des problématiques auxquelles doit faire face la Cob de Vallon Pont d’Arc.

Les gendarmes départementaux et mobiles assurent quotidiennement une présence dissuasive la route touristique des gorges de l’Ardèche afin de prévenir les vols à la roulotte.

© Sirpa Gend - MAJ. F. Balsamo

Si les interpellations effectuées en début d’année ont eu un effet très positif, il n’en reste pas moins que les gendarmes départementaux et mobiles assurent quotidiennement une présence dissuasive sur cet axe, doublée d’une action de prévention auprès des touristes français et étrangers, dont la vigilance a tendance à se relâcher pendant les vacances. De petits flyers sont distribués, ouvrant la voie à la discussion, ou placés sur les véhicules de touristes négligents (vitre ouverte, papiers, téléphones ou sac en vue…).

Marchés nocturnes et autres festivités

Festivals de musique, célébration du 14-juillet, fêtes votives, marchés nocturnes « démesurés », boîte de nuit… rythment l’été ardéchois. Des manifestations dont la sécurisation est renforcée dans le contexte de menace terroriste actuel, mais aussi au regard de la consommation d’alcool à l’origine de nombreux débordements, que ce soit lors des rassemblements ou dans les campings. « C’est un facteur déclenchant ou aggravant dans 80 % des faits de délinquance, souligne le major Jean-Pierre Dufour, commandant la B.P. de Vallon Pont d’Arc. Nous sommes sur la même délinquance que sur la Côte d’Azur ou le littoral Atlantique, mais à l’intérieur des terres. Nous devons montrer que nous sommes là, prêts à intervenir. Mais avant tout, l’accent est mis sur le contact ». C’est ainsi que tous les mardis et mercredis, de 19 heures à minuit, respectivement à Vallon Pont d’Arc et à Ruoms, des patrouilles de gendarmes, départementaux et mobiles, se mêlent à la foule.

Contrôle sur les bivouacs

Il y a des règles à respecter dans les Gorges de l’Ardèche comme l’interdiction de camping sauvage dans la réserve. Seuls les bivouacs officiels de Gaud et Gournier sont autorisés. Ils peuvent accueillir chacun jusqu’à 250 personnes par jour, avec une tolérance à 500  certains samedis . Ainsi, de Pâques à fin septembre, près de 35 000 personnes y transitent. La réglementation de la réserve s’applique : respect de la faune, de la flore et de la quiétude du site. Depuis 2010, un arrêté préfectoral interdit la consommation et la présence d’alcool afin d’éviter les débordements qui se multipliaient.

Le respect de cette interdiction n’entre pas dans les prérogatives des policiers de l’environnement assermentés au titre de la réserve, mais dans celles des gendarmes. En cette fin de journée de juillet, alors que les canoéistes font escale pour la nuit, une vingtaine de militaires, gendarmes départementaux, d’active et de réserve, appuyés par cinq gendarmes mobiles, arrivent sur le bivouac de Gournier pour une opération de contrôle.

Pendant la saison estivale, les gendarmes de la Cob de Vallon Pont d’Arc effectuent, une à deux fois par semaine, des patrouilles en canoë.

© Sirpa Gend - MAJ. F. Balsamo

Conduite sur réquisition du procureur de la République, elle leur permet de fouiller canoës et bidons de transport, assimilés à un véhicule et une boîte à gant, ainsi que les tentes, à la recherche de stupéfiants mais surtout d’alcool. Deux OPJ se chargent des procédures à l’encontre des contrevenants. « La présence régulière des gendarmes est importante pour éviter le retour des mauvaises habitudes.

Ces contrôles inopinés montrent que nous restons vigilants et permettent de maintenir une certaine pression tant sur les vacanciers que sur les loueurs de canoës, explique Françoise Gonnet Tabardel, directrice du syndicat des Gorges de l’Ardèche. C’est une question de tranquillité, mais surtout de sécurité ».

Pendant la saison estivale, les gendarmes de la Cob de Vallon Pont d’Arc effectuent également, une à deux fois par semaine, des patrouilles en canoë, à quatre ou six militaires. Entre Vogué et Saint-Martin d’Ardèche, ce sont en effet 5 000 canoës qui descendent chaque jour l’Ardèche. Cette affluence, ajoutée à la difficulté de certains passages, est à l’origine de nombreux accidents. La mission des gendarmes vise à les prévenir au maximum en faisant respecter les arrêtés de navigation sur eau fluviale (type d’embarcation, notamment dans la réserve naturelle, port obligatoire du gilet), d’interdiction d’alcool ou encore de plongeon depuis les hauteurs.  

La grotte Chauvet : une mission particulière

Depuis son inscription au Patrimoine mondial, le 22 juin 2014, le site de la grotte Chauvet fait l’objet d’une surveillance durcie, pilotée par le service de la Conservation de la grotte Chauvet, rattaché à la DRAC Rhône-Alpes. Fermé par une porte blindée de sous-marin, le site est placé sous vidéoprotection. Toute intrusion est immédiatement signalée à la Cob de Vallon-Pont d’Arc qui doit rapidement y projeter une équipe d’intervention. Les agents du service de la conservation organisent régulièrement des exercices afin de familiariser les gendarmes avec l’itinéraire d’accès à la grotte (temps et conditions d’intervention), mais aussi de les sensibiliser à ce milieu très spécifique.