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Négociateurs régionaux : sélection et formation par le GIGN

Auteur : Angélina Gagneraud - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
Sélection et formation des négociateurs régionaux au GIGN.
© GIGN – Mika

Sélectionnés et formés par la cellule nationale de négociation du GIGN, près de 300 négociateurs régionaux sont répartis au sein des unités territoriales en métropole et en outre-mer.

« Prenez bien conscience que la charge de Négociateur régional (N.R.) s’ajoute à celle inhérente à votre métier. Il s’agira de formations supplémentaires, d’exercices à dimension régionale, de permanences. Vous ferez face à des situations difficiles, voire dramatiques, mais nous allons vous donner les clés pour les comprendre et tenter de les désamorcer. Pour ceux qui assisteront à la formation, vous allez vous enrichir et grandir. Je vous le garantis. »

Les ADC Yoann D., chef de la CNN et Frédéric R., adjoint, présentent la spécificité aux 60 candidats convoqués ce jour-là à Satory pour passer la deuxième phase de sélection. Ils ont été retenus parmi les 250 volontaires qui s’étaient présentés à la première phase organisée en région. Une série de questions, dont les réponses ont été analysées par un psychologue en charge du recrutement à la DGGN et par les membres de la CNN, avait alors permis d’orienter les « recruteurs » vers les profils les plus adaptés.

À la recherche du bon candidat

La deuxième phase débute par un entretien individuel de quelques minutes mené par les deux gradés du GIGN. Les questions s’enchaînent. « Selon toi, quelles sont les qualités d’un bon négociateur ? Comment penses-tu réussir à basculer de ton rôle de gendarme à celui de négo ? » Six candidats issus de la gendarmerie départementale sont présents ce jour-là pour seulement deux postes au sein de leur région. Certains semblent assez sereins : « De toute façon, on ne sait pas ce qu’ils veulent exactement ! » Et c’est tant mieux, car un candidat trop préparé manque de naturel. « Lors des entretiens, nous recherchons les qualités propres aux négo, explique Frédéric. Mais également les petits défauts qui peuvent empêcher le futur N.R. de mener à bien sa mission. »

Collaboration psychologique

Après les échanges menés par les négociateurs du GIGN, c’est au tour du capitaine Mathieu C., psychologue en charge du recrutement à la DGGN, de recevoir les candidats. « Pour les comparer, je dispose d’une base de questions communes afin d’être objectif. Parcours, bilans positif et négatif, projets, tout y passe. » Puisqu’un négociateur sera souvent face à des individus en souffrance, Mathieu est attentif à certaines caractéristiques comme la capacité d’introspection, l’empathie et l’absence de jugement.

En fin de journée, le psychologue rejoint Yoann et Frédéric pour faire le point. Ils souhaitent « avoir le bon œil » afin de trouver les candidats qui correspondent le mieux aux exigences de cette spécificité. « Certains profils font l’unanimité mais pour des raisons différentes. On se complète », souligne Yoann. Toutes les facettes des candidats sont passées au crible : personnalité, stabilité émotionnelle, niveau d’élocution, capacités d’analyse mais également perspectives de carrière. « Nous cherchons à rentabiliser notre futur négo, qu’il reste en poste au minimum quatre ou cinq ans. »

Activer son écoute à l’autre

Au terme de la phase 2, vingt-cinq gendarmes, principalement de brigades territoriales, ont été sélectionnés. Ils vont suivre une formation de cinq jours, ponctuée de cas concrets. « Durant les prochains jours, vous allez sortir de votre zone de confort. Ne plus réfléchir en “gendarme à la recherche d’une solution”, prévient Yoann. Cette semaine, vous allez apprendre à vous positionner en tant que négo, pour désamorcer une situation de crise, à placer l’humain dans toute sa complexité au centre de vos préoccupations. » Frédéric axe son premier cours sur la communication selon un principe : « Chaque individu possède sa propre “carte du monde”, c’est-à-dire sa propre perception du monde, de la vie. Celle-ci est unique, façonnée selon son ressenti et sa vision. Face à un individu, vous devez être neutres, capables de tout entendre sans jamais le juger. »

Il expose plusieurs stratégies afin de créer un climat de confiance avec une personne en détresse ou agressive. Objectifs recherchés : « Selon les priorités, la négo permet, par exemple, de gagner du temps, de faire diversion et, si possible, de trouver une issue pacifique. La “cerise sur le gâteau” est évidemment la reddition de l’individu en toute sécurité pour les équipes d’intervention. » Ces tactiques sont la base des leviers disponibles pour un négociateur régional. Elles seront travaillées lors des ateliers de cas concrets.

Le module de Yoann s’enchaîne : « Il y a environ 11 000 suicides par an et 160 000 tentatives. Il s’agit de la première cause de mortalité chez les 25/35 ans et de la troisième en France… N’ayez pas d’idées reçues sur le sujet ! » Face à ces chiffres impressionnants, les futurs négociateurs prennent conscience qu’ils auront souvent affaire à ces situations dramatiques. Le spécialiste expose le protocole mis en œuvre par la CNN. Les stagiaires sont attentifs. Sans devenir les « sauveurs du monde », ils tenteront d’apporter une plus-value en cas de crise suicidaire. « N’oubliez pas : ne brûlez pas les étapes. Ne soyez pas obnubilés par la solution », conseille Yoann. Et de les rassurer : « Vous avez une obligation de moyens mais le résultat demeure incertain, car nous traitons de l’humain. »

Évaluer des profils

Le chef d’escadron François P. est médecin psychiatre et réserviste opérationnel auprès du GIGN depuis maintenant quinze ans. Sa « revue des diagnostics psychiatriques » fascine les stagiaires. Schizophrénie, dépression, troubles de la personnalité à dimension psychopathique, borderline ou paranoïaque, le médecin vulgarise l’essentiel des profils, symptômes et traitements. Surtout, lors du module relatif à la communication opérationnelle de crise, il explique comment s’adresser à ces individus particuliers, instables et parfois impulsifs. « Mes patients sont vos “clients” », affirme François.

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Avant de mettre en garde les futurs négociateurs : « Ne mêlez pas vos valeurs morales à votre analyse. » Cours et cas concrets en présence de tous les négociateurs du Groupe rythment la semaine jusqu’à l’obtention du certificat et du brevet. « Après une semaine de formation, nous parlons désormais le même langage, conclut Yoann. Rapprochez-vous des référents de vos régions. Vous les accompagnerez dans les premiers temps. Et notez bien notre numéro d’alerte ! N’hésitez pas à nous appeler. Nous vous soutiendrons au cours de vos gestions de crises. Bienvenue à tous dans la communauté des négociateurs ! »

Les missions des négociateurs régionaux

Les négociateurs régionaux peuvent être engagés lors des missions suivantes : forcenés avec usage des armes, retranchés, crises suicidaires, rétentions familiales. Les interventions pouvant être amenées à évoluer, le négociateur régional contacte la permanence du Groupe pour prévenir de la situation et apporter les éléments en sa possession. Lorsque les négociateurs du GIGN interviennent, leurs homologues régionaux les appuient pour recueillir les informations indispensables auprès des familles, collègues, etc.