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Trois gendarmes détachés à l’école des troupes aéroportées de Pau

Auteur : la CNE Céline Morin - publié le
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Les 14 000 parachutistes des armées et de la gendarmerie totalisent 140 000 sauts par an, automatiques et retardés confondus.
© MAJ - Fabrice Balsamo

Au sein de l’École des troupes aéroportées de Pau, trois gendarmes contribuent à la formation des stagiaires et à la sécurité de l’activité parachutiste militaire.

Les 14 000 parachutistes des armées et de la gendarmerie totalisent 140 000 sauts par an, automatiques et retardés confondus. Organisme de l’armée de Terre à vocation interarmées, l’École des troupes aéroportées (ETAP) de Pau (64) est la pierre angulaire de l’activité parachutiste militaire. « L’ETAP est référente pour la formation, la prospective et la sécurité des activités de parachutisme et d’aérocordage militaires, présente le lieutenant-colonel Gérard Lhours, commandant l’école. Nous sommes un organisme de l’armée de Terre, mais nous formons aussi des parachutistes des autres armées et de la gendarmerie qui, dans le cadre d’un protocole, fournissent également des personnels. »

Aujourd’hui, la gendarmerie détache au sein de l’école trois anciens membres du GIGN. Elle pourvoit le poste de chef du Bureau sécurité des activités parachutistes (BSAP), celui de spécialiste sécurité en matière d’aérocordage au sein du même bureau et, enfin, depuis le 1er septembre dernier, un poste d’instructeur au sein de la brigade des formations spécialisées.

Lors de la formation des chuteurs opérationnels, l’adjudant-chef Régis M. suit ses stagiaires de la préparation du matériel à l’atterrissage

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Déterminer les causes pour prévenir les accidents

Berceau du parachutisme militaire, l’ETAP est logiquement devenue, à travers le BSAP, la pierre angulaire de la sécurité des activités parachutistes militaires. Ce bureau, qui compte aujourd’hui quatre personnels, a vu le jour en 2000, après le décès de neuf militaires, l’année précédente, dans le cadre des SMPS. Créé pour assurer le suivi de ces activités de loisirs, le bureau a élargi sa mission au parachutisme militaire en 2003, après deux accidents mortels touchant les armées de Terre et de l’Air. Il a alors proposé une réglementation unique et un canal d’échanges entre les armées. En 2009, son activité s’est étendue à l’aérocordage avec, en outre, un rôle de conseil auprès des unités utilisant cette technique (GIGN et ses antennes, GPIOM, unités montagne, etc.).

Au-delà de l’uniformisation et de la mise en cohérence régulière de la réglementation, le BSAP intervient sur le matériel et les procédures. « Notre objectif est de détecter les phénomènes accidentogènes, d’en analyser les causes et d’y remédier sans restreindre l’activité des unités et de l’école. Notre vision doit être à la fois sécuritaire et opérationnelle », confie le CEN Erwann M., chef du BSAP. Le bureau s’appuie sur les messages d’événements survenus en milieux militaire et civil. Il travaille également sur les photos et les vidéos d’incidents transmises par les unités. Enfin, selon la gravité de l’accident, il se rend sur les lieux afin de conduire une enquête administrative pour déterminer les causes. Le volet judiciaire visant à établir les responsabilités est du ressort de la section de recherches de la gendarmerie de l’Air, à laquelle le BSAP apporte seulement un appui technique.

« Nous sommes la seule structure à avoir une vision globale de l’accidentologie. Nous exploitons tous les Retex et nous établissons des statistiques comparatives. Cela nous permet d’alerter les états-majors et de prendre les mesures nécessaires pour éviter la répétition des incidents, précise l’officier de gendarmerie. En 2013, le bureau recevait 280 messages contre 460 aujourd’hui, sans qu’on dénombre plus d’activité ou d’accidents. Les gens sont sensibles à notre démarche parce que leurs Retex donnent lieu à des actions concrètes. »

Enquête administrative

Lorsqu’un accident survient, une commission d’enquête se met en place et se rend sur les lieux. Elle se compose de deux officiers de l’armée concernée, du commandant de bord de l’aéronef, d’un spécialiste du matériel parachutiste et des militaires du BSAP. Si les faits requièrent l’ouverture d’une enquête judiciaire, la commission doit demander au procureur, par l’intermédiaire du directeur d’enquête de la S.R., l’autorisation d’accéder aux scellés. L’enquête administrative se traduit par un rapport d’enquête étudié en commission, puis par un P.V. de clôture de l’état-major de l’armée concernée comprenant un certain nombre de préconisations. « Nous essayons ensuite de les étendre à l’ensemble des armées, précise le CEN Erwann M. L’enquête administrative est importante car elle permet de geler l’incident ». Les différents Retex ont d’ailleurs conduit le BSAP à élaborer une fiche réflexe relative à la gestion d’une scène d’accident afin de préserver les indices.

Au sein du BSAP, le CEN Erwann M. et le major Christophe M. suivent et analysent l’accidentologie pour éviter que les incidents ne se reproduisent.

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Des avis écoutés par le monde du parachutisme

Le BSAP suit par exemple de près la mise en place des EPC (Ensemble de parachutage du combattant). Trois incidents identiques, survenus entre 2013 et 2015, ont conduit le CEN Erwann M. à appeler les unités à la vigilance : « Cet incident n’est censé se produire qu’une fois tous les millions de sauts. On en était loin même s’ils étaient dilués dans le temps. Nous avons contacté la Section technique de l’armée de Terre (STAT) et obtenu la condamnation transitoire du système incriminé en attendant qu’il soit modifié.

Nous avons également noté avec ce nouveau matériel un nombre croissant de blessures des membres supérieurs. C’est l’un des dossiers qui nous occupe actuellement. De la même manière, nous serons très vigilants lors de la mise en fonction de l’A400M. » Le BSAP a par ailleurs mis en place un groupe de travail sécurité relatif aux procédures de sortie des aéronefs. « En nous appuyant sur une vidéo transmise par la STAT montrant une somme considérable d’incidents lors de cette phase, nous soumettrons des modifications de procédure en commission », annonce le chef d’escadron.

Deux fois par an, une commission de sécurité interarmées, présidée par le commandant de l’ETAP, réunit les acteurs œuvrant dans le domaine des activités aéroportées (DGA, STAT, Armées, forces spéciales, BSAP) afin de dresser le bilan des six mois écoulés en termes d’accidentologie. Lors de ces rendez-vous, le bureau signale les problèmes détectés et fait le point sur les travaux précédemment initiés. En dehors des activités des Sections militaires de parachutisme sportif (SMPS), le BSAP n’a qu’un rôle consultatif. Toutefois, ses préconisations sont le plus souvent favorablement reçues et appliquées par les différents états-majors. Aujourd’hui, elles influencent même l’ensemble du monde parachutiste !