Immersion

Vols au menu du réveillon

Auteur : Gaëlle Pupin - publié le
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Huîtres, truffes, crustacés… Au cœur des fêtes de fin d'année, ces produits attirent de nombreuses convoitises, et pas seulement celle des gastronomes. Depuis plusieurs semaines, la gendarmerie s'est organisée pour contrer les voleurs et protéger les producteurs au moment où l'essentiel du chiffre d’affaires de l'année est réalisé. Plongée au cœur de la Communauté de brigades nautiques de La Rochelle qui veille chaque année sur quelques milliers d'hectares de parcs à huîtres.

7h45, port de la Grève. La brume ne s'est pas encore levée. Au bout du ponton, les gendarmes de la brigade nautique de Royan sont déjà à pied d’œuvre sur leur chaland. « Nous suivons les horaires des marées, afin d'effectuer une surveillance efficace, explique l'adjudant-chef (ADC) Christophe Laferrière, adjoint du commandant de la Cob nautique de La Rochelle. L'ostréiculture est une activité économique primordiale dans le département. » En effet, avec ses 6 000 hectares de parcs à huîtres et ses 3 000 hectares de claires pour l'affinage, le bassin ostréicole de Marennes-Oléron, réputé comme le plus grand d'Europe, produit à lui seul de 40 000 à 60 000 tonnes d’huîtres selon les années, soit environ 45 % de la production française. « La fin de l'année représente la période la plus délicate pour la profession. Le vol des huîtres est une réalité à ne pas sous-estimer : en 2011, dans un contexte de crise, les vols (déclarés à la gendarmerie) ont pu atteindre jusqu'à 40 tonnes sur le département ! »

Des parcs ostréicoles sous haute surveillance

Face à ce pillage en règle, la gendarmerie multiplie les opérations de surveillance dans les zones les plus sensibles : Marennes, le Château d'Oléron, la Tremblade et Saint-Trojan-les-Bains. Contrôles maritimes et terrestres sont au menu de la fin d'année pour toutes les unités concernées. « La Cob nautique de La Rochelle s'inscrit évidemment dans ce dispositif. Les huîtres sont devenues notre priorité, et ce toute l'année. » Une surveillance discrète, de jour comme de nuit, sur une barge ostréicole, fruit d'une saisie, maintenant immatriculée et estampillée Gendarmerie. Des survols en hélicoptères. Des contrôles tous azimuts, des chalands jusqu'aux pêcheurs à pied... L'arsenal déployé ces dernières années a permis de diviser par huit le nombre de coquillages volés. Nous sommes passés de 40 tonnes en 2011 à 8 tonnes en 2017.

 

Une prévention accrue auprès des conchyliculteurs

Pour autant, même si le phénomène est en baisse, près de 4.2 tonnes d’huîtres ont encore été dérobées en mer et 3.5 tonnes dans les claires en fin d'année. Les gendarmes se heurtent à plusieurs difficultés de taille, outre l'étendue de la zone géographique à surveiller. La première est la diversité de profils des voleurs : pêcheurs à pieds, pêcheurs non professionnels, mais également des ostréiculteurs ! « De plus, sauf à les prendre la main dans le filet, il est difficile de prouver le vol. En effet, lorsque nous contrôlons un bateau, nous relevons, entre autres, son immatriculation et la position GPS du parc à huîtres sur lequel il travaille. Ensuite nous effectuons une vérification auprès des affaires maritimes. C'est un procédé fastidieux que nous essayons d'améliorer. » C'est pourquoi, la gendarmerie a développé un partenariat avec les ostréiculteurs. Elle leur a ainsi proposé plusieurs mesures de sécurisation qui pourraient limiter les vols et/ou aider à leur résolution : définir un marquage identique des parcs ou des poches d’huîtres et des chalands pour une meilleure identification, mettre en place des balises GPS, installer des systèmes de vidéo-surveillance, etc. Les voleurs d'huîtres n'ont qu'à bien se tenir !