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Brigades mobiles : le contact au cœur des territoires

Auteur : la capitaine Gaëlle Pupin - publié le
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Déclinant avec originalité la mission de police de sécurité du quotidien sur leur territoire respectif, deux groupements de gendarmerie départementale ont confié à des brigades mobiles la mission de renouer le contact avec la population.

Depuis bientôt six mois, un camion sérigraphié aux couleurs de la gendarmerie sillonne les routes sarthoises. Installée près des commerces de proximité ou des marchés, la Brigade de contact mobile (BCM) du Groupement de gendarmerie départementale de la Sarthe (GGD 72) ne passe pas inaperçue. Dans la Vienne, la Brigade mobile de gendarmerie départementale (BMGD) officie depuis déjà près d’un an. Avec une mission identique : recréer le lien avec la population en assurant un service de proximité.

« Au sein du groupement, nous avons toute latitude pour décliner la Police de sécurité du quotidien (PSQ) selon les besoins spécifiques du territoire et les attentes des usagers, explique le colonel Thibaut Lucazeau, commandant le GGD 72. Grâce au déploiement de Néogend, garantissant la mobilité de nos outils professionnels, la mise en œuvre de cette brigade de contact mobile nous est apparue comme le moyen de réunir efficacement tous les ingrédients destinés à favoriser le contact, la proximité et la sécurité, tout en facilitant une réappropriation territoriale. »

Une expérimentation pleinement inscrite dans la démarche de PSQ

Dans la Vienne, le constat est identique. « Avec 97 % du territoire à couvrir, certaines communes restent éloignées des brigades de gendarmerie, reconnaît le colonel Yves Dumez, commandant la région de gendarmerie Poitou-Charentes et le Groupement de gendarmerie départementale de la Vienne (GGD 86). Afin d’ajuster notre relation aux citoyens et aux élus des communes les plus rurales, le groupement a fait le pari d’une évolution de la fonction contact. L’acquisition d’un moyen destiné à apporter un service au plus près des populations était le point de départ de cette expérimentation. »

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En ciblant les territoires les plus éloignés des agglomérations et les communes ayant précédemment bénéficié de la présence d’une brigade de gendarmerie, les brigades mobiles contribuent ainsi, par une visibilité accrue, à l’effectivité du maillage territorial de la gendarmerie nationale. Leur action est ainsi principalement coordonnée, au niveau local, par les commandants de compagnie, qui identifient les communes qui feront l’objet de points de stationnement.

Dans la Sarthe comme dans la Vienne, le dispositif repose sur l’action de quatre personnels : deux réservistes spécifiquement formés à cette mission contact et deux gendarmes départementaux territorialement compétents. Pendant que deux d’entre eux assurent un accueil au niveau du véhicule, les deux autres se projettent en patrouille, à pied ou à vélo, afin de prendre contact avec les élus, les commerçants et les usagers.

Une action plébiscitée dans les territoires

Les élus locaux concernés par la présence des brigades mobiles soulignent tout l’intérêt du dispositif une fois celui-ci pérennisé. « Au début, la présence des gendarmes les jours de marché avait plutôt tendance à dissuader les habitués de venir, précise Joël Faugeroux, maire d’Availles-Limouzine (86). Sans doute la résurgence de la peur du gendarme, du contrôle des véhicules… Celle-ci s’est progressivement effacée. L’organisation actuelle, avec une présence récurrente, communiquée en amont par voie d’affichage, est pertinente. Elle permet de rassurer et de recréer du lien. Rien ne remplace la présence de la gendarmerie. »

« Notre engagement à proximité des marchés et des foires, avec la brigade mobile, a surpris la population, admet l’adjudant-chef Pascal Baloge, réserviste depuis quatre ans au profit du GGD 86. Notre action a pu être, de prime abord, assimilée à tort à une démarche de recrutement. Nous avons dû faire preuve de pédagogie et expliquer le cadre de notre mission. » « C’est souvent la curiosité qui pousse les premières personnes à venir nous voir, ajoute le gendarme Fabrice Jardin, de la communauté de brigades de Savigné-l’Évêque (72). Une fois les premières barrières tombées, une discussion s’engage. » Conflits de voisinage, sécurité routière, simples renseignements, les mêmes thèmes reviennent invariablement dans la conversation.

« C’est au bout de quelques minutes que la fameuse phrase “Tiens, tant que vous êtes là” apparaît. Nous les orientons ensuite dans leurs démarches et si un dépôt de plainte est nécessaire, nous sommes en mesure de le faire sur place. » En fonction des faits signalés, la patrouille peut même se projeter sur les lieux afin de recueillir des éléments ou faire cesser l’incident. « C’est en effet grâce aux renseignements obtenus ou à des faits signalés lors d’une simple conversation que certaines situations peuvent être désamorcées en amont de toute procédure judiciaire. »

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La fidélisation des emplacements ainsi que des personnels dédiés à cette mission entraîne un regain de confiance de la population, facilitant ainsi le recueil du renseignement.

« La présence accrue des gendarmes sur notre commune, par le biais de la brigade de contact mobile, renforce indubitablement la collaboration avec nos services », affirme Jean Farcy, adjoint au maire de Neuville-sur-Sarthe (72). L’illustration en est donnée quelques semaines plus tôt, lorsqu’à l’occasion d’une conversation, un employé communal signale un vol par effraction au sein de l’église. Les gendarmes engagés au titre de la BCM en profitent pour réaliser des constatations et procéder à une enquête de voisinage. Celle-ci permettra non seulement de résoudre ce vol, mais également dix autres faits identiques perpétrés dans la région depuis le début de l’année. « L’action des brigades mobiles prend alors tout son sens, la sécurité et le lien social se nourrissant l’un l’autre », ajoute le colonel Lucazeau.

Des véhicules spécifiquement aménagés

« La réalisation de ce projet est le fruit d’un travail collectif de l’ensemble des services du groupement et de la région, explique la commandant Catherine Florit, chef du bureau des soutiens opérationnels de la région de gendarmerie Poitou-Charentes. Le choix s’est porté sur un camping-car, dont le gabarit permettait une grande maniabilité et un agencement alliant confort de l’accueil et confidentialité. » Avec le soutien de la préfecture, le groupement obtient une enveloppe budgétaire de 10 000 €, permettant de créer cette unité mobile. Floqué afin d’être clairement identifié comme un espace gendarmerie, le véhicule dispose de tous les aménagements nécessaires pour que les usagers puissent demander un renseignement, signaler des faits ou déposer plainte. Les couchettes ont ainsi laissé place à un espace bureau opérationnel, avec un ordinateur, une tablette Néogend et une imprimante. Le véhicule est également équipé d’un groupe électrogène, d’un système de chauffage, de VTT et de kits de fixation, etc.

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Dans la Sarthe, la BCM a pris forme au sein d’un ancien véhicule de l’administration pénitentiaire. « Grâce au concours financier de la préfecture et au talent des ouvriers d’État des affaires immobilières et des militaires de la section des systèmes d’information et de communication du GGD 72, le véhicule a été totalement restauré et sérigraphié », précise le colonel Lucazeau. La participation de l’association “les amis de la gendarmerie” a par ailleurs permis la mise en place d’un écran géant dans le véhicule. « Nous avons également fait le choix d’équiper ce véhicule comme un petit P.C. de gestion de crise projetable. »

Une fonction contact proactive

Avec plus d’une année d’expérimentation, le groupement de la Vienne a affiné le concept d’emploi de sa BMGD. « Cette entité mobile permet effectivement à l’usager de ne pas avoir à se déplacer très loin pour retrouver l’ensemble des services proposés au sein d’une brigade, concède le colonel Dumez. Mais la plus-value est ailleurs, car nous constatons finalement que très peu de plaintes sont réellement déposées au sein de la BMGD. » Ainsi, loin de toute notion de rentabilité chiffrée, seuls comptent les échanges et la relation de confiance à long terme qu’ils vont pouvoir induire avec la population du département.

« La BMGD n’est pas le point final, mais le point de départ. Débarrassé du pouvoir d’attraction de son bureau, le gendarme va plus volontiers aller vers l’usager. » L’occasion de distiller des messages de prévention, de promouvoir les dispositifs mis en place par l’Institution (opération tranquillité vacances, action des référents sûreté, prévention technique de la malveillance, etc.). « Grâce à la BMGD, la fonction contact prend une autre dimension, puisqu’il ne s’agit plus d’être en position d’attente, comme au sein d’une brigade classique, mais bien d’être en mesure de proposer les services de la gendarmerie, dans le cadre, cette fois, d’une véritable démarche proactive. »