Immersion

Bas-Rhin : la gendarmerie intensifie les contrôles aux frontières

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
Contrôle à la frontière franco-allemande par les gendarmes de la compagnie départementale de Wissembourg.
Contrôle à la frontière franco-allemande par les gendarmes de la compagnie départementale de Wissembourg.
© SIRPA GEND

Depuis le 31 janvier, afin de lutter contre la propagation de la COVID-19, les entrées en France, y compris pour les ressortissants de l’Union européenne, sont conditionnées, sauf exceptions prévues, à la présentation d’un test PCR négatif de moins de 72 heures. La gendarmerie occupe le terrain pour renforcer les contrôles. Exemples dans le Bas-Rhin, de Wissembourg à Roppenheim.

C’est l’un des angles de l’Hexagone. Un territoire un peu enclavé, cerné de frontières naturelles : forêts, massif vosgien et Rhin. Au nord, l’Allemagne, le land de Rhénanie-Palatinat. À l’est, l’Allemagne, celui de Bade-Wurtemberg. La ligne Maginot court dans ce coin du pays, où certaines familles ont changé plusieurs fois de nationalité, et où, sur les monuments commémoratifs, on lit « Morts au combat », plutôt que « Morts pour la France ».

Ce décor est celui de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Wissembourg. « C’est un territoire très tourné vers l’Allemagne, confirme le commandant de compagnie, le chef d’escadron (CEN) Pierrre-Marie Lagarrigue. Les habitants travaillent principalement de l’autre côté de la frontière, ce qui explique que le taux de chômage demeure relativement bas. »

Gendarmes départementaux et mobiles à la frontière nord

De manière habituelle, les contrôles aux Points de passage autorisés (PPA) entre la France et l’Allemagne sont réalisés par les douanes et la Police aux frontières (PAF), bien qu’il n’y ait plus de poste fixe. « Nous reprenons ces missions ponctuellement, lorsque la situation l’exige, comme ce fut le cas en 2018, après l’attentat terroriste perpétré par Chérif Chekatt au marché de Noël de Strasbourg, précise le commandant Lagarrigue. C’est également le cas depuis le 31 janvier et le renforcement des contrôles mis en place dans le cadre de la crise sanitaire. Le maillage territorial de la gendarmerie est une vraie force dans ce contexte. » 

Pour mener à bien cette mission, la compagnie a reçu le renfort de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 26/7 de Belfort, puis de l’EGM 13/7 de Thionville. « C’est un appui très important pour nous, poursuit l’officier de gendarmerie. Cela nous soulage d’une partie de ces contrôles, ce qui nous permet de rester efficaces pour nos autres missions. L’organisation actuelle est la suivante : gendarmes départementaux le matin, gendarmes mobiles l'après-midi et en soirée. Nous effectuons également des contrôles en commun avec l’UOFA (Unité Opérationnelle Franco-Allemande), mais plus rarement avec les policiers allemands, afin de limiter les risques de contamination depuis le début de la pandémie. Les Allemands, qui ont déploré de nombreux cas de COVID au sein de leurs forces, sont désormais extrêmement prudents. »

© SIRPA GEND

À proximité de la caserne Hoche, du nom du général de la Révolution mort en Allemagne à l'âge de 29 ans, nous remontons la départementale vers l’un de ces points de passage autorisés, contrôlé ce matin-là par les gendarmes de la CGD de Wissembourg. « Les Français traversent ici pour acheter de la bière en Allemagne, et les Allemands pour acheter de l’eau minérale en France, s’amuse le CEN Lagarrigue. Nous contrôlons systématiquement les voitures entrantes immatriculées à l’étranger. Le tamis reste assez large, avec une tolérance pour les personnes se trouvant à moins de 30 kilomètres de leur domicile, ou effectuant un trajet manifestement incompatible avec la réalisation d’un test PCR. Pour tous les autres, un test PCR négatif de moins de 72 heures est obligatoire. À défaut de présentation de ce document, ils doivent faire demi-tour. S’ils souhaitent passer à tout prix, ils sont verbalisés. »

© SIRPA GEND

 

L’EDSR du Bas-Rhin au péage de Schwindratzheim

À quelques kilomètres au sud de Wissembourg, changement de décor. À la barrière de péage de Schwindratzheim, sur l’autoroute de l’est, le flux est important et continu. C’est là que passent tous les véhicules en provenance de Strasbourg et d’Allemagne, en direction de Paris, notamment de très nombreux poids lourds.

« Entre 30 et 35 000 véhicules par jour », chiffre le chef d’escadron (CEN) Patrick Andres, qui commande l’Escadron départemental de sécurité routière (EDSR) du Bas-Rhin, en charge des contrôles sur ce point de passage. Nous sommes dans la « zone Schengen », délimitée par une bande de 20 km de part et d’autre de chaque frontière interne de l’espace Schengen. « Nous contrôlons les véhicules immatriculés à l’étranger, à la fois pour le volet sanitaire, et de nuit dans le cadre du respect du couvre-feu. Après une phase de prévention, nous sommes très vite entrés dans la phase répressive, mais il y a assez peu d’infractions constatées. »

 

L’UOFA et le GLCF à la frontière est

Un peu plus à l’est, à quelques encablures du Rhin, c’est sur le rond-point de Roppenheim qu’a été installé un autre point de contrôle, tenu par trois militaires du Groupe local de contrôle des flux (GLCF) du Bas-Rhin, renforcé par un binôme de l’UOFA, et par le major Philippe, maître de chien du Groupe d’investigation cynophile (GIC) du Bas-Rhin. Des gendarmes mobiles étaient également prévus sur le dispositif ce jour-là, mais ils ont été engagés non loin, pour réguler le trafic à la suite d’un accident impliquant un poids lourd.

Le GLCF est une unité expérimentale, créée en mars 2020, avec pour objectif de cartographier la délinquance du département, dans le domaine des trafics d’armes et de stupéfiants, et de la circulation des étrangers en situation irrégulière. « En fonction de cette cartographie, nous avons mis en place des dispositifs coordonnés entre les compagnies de gendarmerie départementale, les EDSR et les partenaires, comme les douanes et la police nationale, explique l’adjudant-chef (ADC) Stéphane, qui commande le GLCF du Bas-Rhin. Nous intervenons en renfort dans le cadre de la crise sanitaire, en apportant notre connaissance du terrain. »

Le volet COVID n’est qu’un aspect de ces contrôles, qui ciblent également le trafic de cannabis, très fréquent sur cet axe. Raison pour laquelle le GIC du Bas-Rhin a été réquisitionné. La priorité est donnée aux véhicules utilitaires légers, souvent privilégiés par les trafiquants, car moins soumis aux réglementations. 

Depuis la fin de l’année 2020, des contrôles du GLCF se déroulent en commun avec l’UOFA. « Ils apportent une plus-value importante, souligne l’ADC Stéphane. Nous nous sommes notamment rendus compte de la complémentarité entre les fichiers des personnes recherchées français et allemand, ce qui nous a permis de gagner en efficacité. »

« Nous effectuons régulièrement des contrôles, en appui des gendarmes en France, et des policiers fédéraux en Allemagne, ajoute le lieutenant Bertrand Loubette, chef français de l’UOFA. Dans le contexte sanitaire, notre place est naturellement ici, aux frontières. Nous avons un rôle de facilitateur, autant vis-à-vis de la population, en diffusant une information claire et en expliquant les raisons du contrôle, que vis-à-vis des forces de l’ordre concernées, en apportant un appui opérationnel et linguistique. Enfin, il y a un impact psychologique, car cela reste beaucoup plus marquant pour un Allemand de se faire contrôler en France par un policier fédéral, et inversement. »