Immersion

CEPOL : une démonstration grandeur nature

Auteur : la lieutenante Floriane Hours - publié le
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© SIRPA - GAV M.A SAILLET
Dans le cadre des formations CEPOL (Collège Européen de POLice), l’OCLAESP a organisé, durant une semaine, un stage sur la gestion des infractions et des délits liés à l’environnement, portant aussi bien sur les trafics d’animaux sauvages que sur la gestion des déchets. Mercredi 22 septembre, c’est pour aborder cette troisième thématique qu’a eu lieu un exercice grandeur nature au port de Gennevilliers.

Ils sont venus d’Autriche, de Belgique, de Bulgarie, de Croatie, d’Estonie, de Finlande et de 16 autres pays, pour se former, durant une semaine, auprès de la gendarmerie française, aux problématiques environnementales. C’est dans le cadre de cette formation du Collège européen de police (CEPOL) qu’a eu lieu, mercredi 22 septembre, une démonstration d’ouverture et de contrôle de conteneurs de déchets, dans le plus grand port fluvial de France, celui de Gennevilliers. Sur place, aux côtés des 36 personnes venues de toute l’Europe, étaient également présents des personnels des Voies navigables de France, autorité principale sur le port, de la brigade fluviale, de l’OCLAESP (Office Central de Lutte contre les Atteintes à l’Environnement et à la Santé Publique), en charge de l’organisation de cet exercice et plus globalement de la semaine de formation du CEPOL, de la cellule NRBC (spécialisée dans les risques Nucléaires, Radiologiques, Biologiques et Chimiques) de la gendarmerie nationale, ainsi que des Douanes.

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Un exercice inter-services

Revêtus d’un EPI (Équipement de Protection Individuel), composé d’une combinaison de protection, d’un masque et d’un appareil respiratoire isolant avec des bouteilles d’air comprimé, de bottes en caoutchouc et de deux à trois paires de gants, deux gendarmes de la cellule NRBC contrôlent, à l’aide d’une sonde, les taux de gaz présents dans les conteneurs. Durant cette première phase, présentée aux nombreux participants du CEPOL, des taux très élevés de soufre sont relevés dans chacun des conteneurs installés pour la démonstration. À l’issue de cette prise de mesure, les conteneurs en question sont aérés durant trente minutes, le temps réglementaire pour la ventilation complète, avant une seconde vérification, qui s’avère cette fois négative. C'est seulement après cette étape que les douanes, la brigade fluviale, les voies navigables ou, dans ce cas précis, les observateurs européens, peuvent se rapprocher pour réaliser et observer les investigations. « Les meneurs ici, ce sont les voies navigables. S’il y a une infraction, ce sont eux qui en sont chargés. Sur ce sujet lié à l’environnement, ils travaillent en collaboration avec l’OCLAESP. Dans ce cas, c’est donc l’OCLAESP qui a fait appel à nous, mais dans certains cas, les voies navigables peuvent aussi nous requérir sans passer par l’OCLAESP », indique le major Gérard, chargé de l’organisation de l’exercice.

Lors de la démonstration, dans les trois conteneurs, la présence de cartons à recycler, de gobelets en plastique et de la farine à destination de Singapour a été mise en lumière. Des cargaisons compactes que les enquêteurs ont pu observer dans leur ensemble, grâce au déploiement d’une perche endoscopique à l’intérieur de la « boîte ».


© E. Vives-Servera

Sensibiliser pour mieux agir

Le but de cet exercice, proposé par l’OCLAESP pour le CEPOL, est de sensibiliser l’ensemble des acteurs européens à cette problématique internationale qu’est le trafic de déchets. Selon Interpol, en 2016, le marché du plastique recyclé pesait déjà 40 milliards d’euros et pourrait dépasser l’année prochaine la barre des 60 milliards. Une question maje ure donc, sur laquelle l’Europe doit coordonner sa lutte, comme l’explique le capitaine Sébastien, chef de groupe des relations internationales de l’OCLAESP et organisateur de cette formation CEPOL : « On essaie d’apporter quelque chose d’intéressant. Là, pour le coup, ces participants viennent de 22 États membres, des polices, des douanes, de la justice. Il y a aussi quelques membres d’université et des ministères. On a même quelqu’un qui est venu de Colombie. Normalement, ils ont déjà des connaissances en la matière, ils sont donc là pour qu’on leur montre des pratiques, la façon dont on travaille », indique-t-il, avant de préciser : « Cette formation, c’est autant un échange d’expérience, que le développement du réseau européen, ce qui est très intéressant parce que, par exemple, dans la problématique des déchets, ils [les personnes ciblées] profitent un peu des problèmes de gestion des déchets à l’étranger pour faire n’importe quoi. »

En 2020, sur tout le territoire français, ce sont douze conteneurs qui ont été identifiés, marqués et ouverts. Des contrôles qui ont abouti à la constatation de 40 infractions, allant des défauts administratifs au transport de matières illégales. Un chiffre qui s’est effondré avec la pandémie, mais qui repart à la hausse ces derniers mois. Une reprise dont l’OCLAESP compte bien se saisir en renforçant et en intensifiant ces ouvertures ciblées, représentant chaque fois plusieurs semaines d’enquête.

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