Immersion

Charente-Maritime : des renforts indispensables pour gérer l'affluence estivale

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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La brigade nautique de La Rochelle en patrouille au large de l'île d'Aix.
© GND F. Garcia

Pendant les deux mois d’été, 187 gendarmes mobiles, départementaux et de réserve viennent appuyer les effectifs du groupement de gendarmerie départementale de Charente-Maritime. Un renfort indispensable face à l'affluence touristique sur la bande côtière et sur les îles du département, où la population est en moyenne multipliée par dix. En fonction des problématiques rencontrées, chaque compagnie adapte son dispositif pour assurer la sécurité de la population.

Pendant la saison estivale, le département de Charente-Maritime voit sa population multipliée en moyenne par dix sur la bande côtière et sur les îles. Une affluence qui ne va pas sans son lot de délinquance et d'incivilités, dont les vacanciers peuvent être les victimes comme les auteurs.

« En vacances, les gens se relâchent et oublient les règles de base, ce qui en fait des victimes de choix pour les vols à la roulotte et autres atteintes aux biens. Dans le même temps, ils se sentent libérés de toute contrainte et se permettent certains écarts, notamment des tapages, à l'origine de tensions. Les touristes peuvent également être concernés par les usages de stupéfiants, d'alcool et même les violences intra-familiales. Depuis l'an dernier, nous constatons aussi beaucoup plus de rassemblements sur les plages et au sein des domiciles. Or, les gens supportent de moins en moins le bruit des autres et viennent directement voir les gendarmes. Les sorties de boîtes et de bars de nuit sont également un point de vigilance. Les établissements jouent le jeu sur les horaires, mais les sorties en masse, sur fond d'alcoolisation, peuvent être source de bagarres et d'accidentologie », présente le lieutenant-colonel (LCL) Alain Bouédo, commandant en second du Groupement de gendarmerie départementale de Charente-Maritime (GGD 17). Il faut aussi garder à l'esprit la menace terroriste qui ne faiblit pas. Nous y sommes particulièrement vigilants lors des événements à l'origine de rassemblements, comme les messes du 15 août. Il faut donc que l'on soit en mesure d'intervenir en tout point de notre circonscription. C'est une dimension que nous intégrons dans notre organisation, notamment au regard des délais de route. Enfin, les feux de forêt, et plus largement toutes les questions environnementales, comme la pêche à pied, font également l'objet d'une attention particulière. »

Gendarmes départementaux, mobiles et réservistes en renfort

Face à cet état des lieux et afin de limiter la délinquance d'appropriation et les atteintes aux personnes, il est donc nécessaire de « montrer du bleu » et de « concentrer les forces là où sont les besoins ». Au regard de l'augmentation de la population et du nombre d'interventions, des contraintes géographiques et des personnels en permission, les effectifs des brigades et des Pelotons de surveillance et d'intervention de gendarmerie (PSIG) ne pourraient remplir efficacement la mission sans les renforts injectés dans le département dans le cadre du Dispositif estival de protection des populations (DEPP).

Le temps de la saison estivale, le GGD 17 accueille ainsi 188 militaires : 30 gendarmes départementaux, 80 mobiles, au sein des postes provisoires et des Détachements de surveillance et d'intervention (DSI), et 71 réservistes, auxquels s'ajoutent cette année quatre personnels de l'Unité opérationnelle franco-allemande (UOFA), une policière allemande, affectée sur l'île de Ré pendant un mois, dans le cadre des brigades européennes, et l'équipage du Détachement aérien de gendarmerie (DAG) de Limoges, qui positionné à l'école de Rochefort.

« Cette force aérienne a une vraie utilité, non pas pour les sauvetages, qui sont assurés par Dragon 17 et la Marine, mais lors des disparitions de personnes, mineures ou majeures, ou de la recherche d'auteurs d'infractions. C'est d'ailleurs grâce à l'hélicoptère que l'on a pu retrouver un véhicule volé dans le cadre d'une enquête sur un trafic de stupéfiants. Sa plus-value est également indéniable lors des mouvements d'ordre public, précise le LCL Bouédo.

Ce dispositif est complété par la communauté de brigades nautiques, composée par les unités de La Rochelle et de La Tremblade, qui assure un continuum terre-mer. Au regard de l'activité nautique sur la bande littorale, leur action, en prévention comme en répression, est indispensable pour assurer la sécurité de chaque usager. Ils veillent, par exemple, au respect de la vitesse dans les chenaux, au bon comportement des jet-skis, à la détention des permis idoines et des matériels de sécurité. Ils contrôlent également les professionnels, que ce soit dans le domaine des activités nautiques, de la pêche ou des cultures ostréicoles et mytilicoles. En lien avec les brigades, ils assurent d’ailleurs régulièrement des opérations de contrôle de la pêche à pied pour éviter la surpêche. Leur action est relayée plus au large par la gendarmerie maritime.

La patrouille du poste provisoire de l'île d'Aix noue un contact privilégié avec la population.

© GND F. Garcia

Postes provisoires et autres dispositifs temporaires

Le problème de gestion de cet afflux de population tient également au réseau routier sous-dimensionné et comprenant souvent des passages obligés, comme les ponts reliant les îles au continent. Pour éviter au maximum des délais d'intervention trop longs générés par les engorgements des axes et faire cesser au plus vite les infractions, il est indispensable de prépositionner des forces au sein de postes provisoires, à l'instar de ce qui se fait l'hiver dans les stations de ski. L'île d'Aix, l'île de Ré, l'île d'Oléron, le secteur de La Tremblade (La Palmyre) voient naître ainsi des brigades temporaires armées par des gendarmes départementaux détachés, des mobiles et des réservistes.

Outre ces postes provisoires, une grande part d'initiative est laissée aux compagnies pour s'adapter au mieux aux contraintes de leur territoire et répondre aux besoins de la population : mise en place d'un poste équestre à La Tremblade, d'un pool police judiciaire à Oléron, intégration du DEPP dans le Dispositif de gestion des événements (DGE), etc.

Complémentarité des forces en présence

« Cette forte présence permet à la gendarmerie de jouer son rôle de prévention, mais également de dissuasion et de répression, estime le lieutenant-colonel. Mais sans ces renforts, rien de tout cela ne serait possible. Il faut aussi souligner la complémentarité et l'équilibre des forces qui nous apportent leur concours. Chacune de ces composantes a ses savoir-faire et leur association sur le terrain est essentielle. La G.M. apporte sa capacité à maintenir le calme, mais aussi l’expérience de ses différents renforts à la G.D., qui constituent aujourd'hui 80 % de son travail. Les détachés G.D. apportent leur recul, le contact avec la population et leur expérience judiciaire. Quant aux réservistes, ils sont une force d'emploi de mieux en mieux formée, avec une bonne connaissance locale, en mesure de relever les infractions de basse intensité. L'objectif est de libérer du temps pour que les gendarmes d'active puissent traiter les infractions de haute intensité. C'est une complémentarité que nous retrouvons lorsque nos renforts mobiles sont rappelés le week-end pour assurer des missions de maintien de l'ordre ailleurs. La présence des réservistes, en lien avec les PSIG qui prennent le relais de la G.M., permet une continuité en mode dégradé. D'ailleurs, cette année, nous expérimentons la mixité G.M. et réservistes au sein des DSI. »

Le groupement de Charente-Maritime est particulièrement attentif à l'accueil de ces renforts en termes d'hébergement et d'alimentation. « Nous travaillons avec les maires, les présidents de communauté de communes et tous nos partenaires pour les libérer de cette contrainte logistique. La plupart des hébergements et des locaux pour les postes provisoires sont ainsi gracieusement fournis par les municipalités. Mais ce n'est pas un hasard. C'est le fruit des échanges et du relationnel établis tout au long de l'année. Au regard des problématiques respectives, chacun voit l'intérêt de ces renforts. Ces DEPP, qui vont s'insérer dans la gestion globale des événements, montrent la capacité de la gendarmerie à se réarticuler pour s’adapter à son environnement. »