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Enquête criminelle : complémentarité d’action pour les spécialistes de la gendarmerie

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
© Sirpa Gend - M.-A. Saillet

Le 14 juillet dernier fut l’occasion pour la gendarmerie de mettre en avant, au cours d’une enquête fictive, les technicités particulières dont elle dispose. De la recherche de traces à l’interpellation de l’auteur, suivez l’action complémentaire de l’ensemble des experts de la gendarmerie.

À l’occasion de la fête nationale, de nombreuses unités étaient déployées sur le site de Satory pour résoudre une affaire criminelle fictive. L’enlèvement d’une jeune femme en début de matinée a nécessité l’emploi de moyens spéciaux, dont la gendarmerie est parfois seule à disposer. Des opérations de criminalistique à l’intervention spécialisée, en passant par la négociation et le pistage d’individus, retrouvez l’intervention complémentaire des spécialistes de la gendarmerie.

Phase 1 : l’identification

« Nul ne peut agir avec l’intensité que suppose l’action criminelle sans laisser des marques multiples de son passage. » De ce principe énoncé par Edmond Locard au début du XXe siècle, on devine toute l’importance de la police technique et scientifique. Alors, quand la voiture des malfaiteurs est retrouvée sur une esplanade, à Satory, la présence de l’IRCGN (Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale) apparaît comme une évidence. Sa mission ? Rechercher les traces pour déterminer l’identité des auteurs et faire le lien entre la personne enlevée et ces derniers.

Dès leur arrivée, les experts figent la scène. L’utilisation du laser scanner et du drone permet de modéliser les lieux en 3D, tels qu’ils se trouvent avant l’intervention des gendarmes. Commence ensuite une série d’actes techniques et d’analyse. Les systèmes électronique et multimédia de la voiture regorgent d’informations pouvant s’avérer utiles. Un expert du département véhicule procède donc à l’extraction des données dans le système embarqué.

Les experts vont également rechercher des traces d’ADN et des empreintes digitales afin de les exploiter dans le laboratoire mobile déployé à cette occasion. Grâce au LabADN mobile, les analyses peuvent être réalisées directement sur les lieux de la découverte. Ce matériel est unique en France. Par l’extraction de l’ADN, son amplification et son séquençage, un profil est obtenu en seulement quelques heures. En moyenne, quatre heures suffisent. Mais si la trace est suffisamment riche, ce délai peut être porté à seulement 1 h 30.

© Sirpa Gend - GAV M.-A. Saillet

Pour les experts, les analyses sont aujourd’hui concluantes et mettent en avant un profil qui pourrait être celui du preneur d’otage.

Phase 2 : la recherche du renseignement

Après cette première découverte, d’autres moyens sont engagés afin de récolter du renseignement sur les suspects.

Dans un premier temps, une équipe cynophile d’Évreux, composée d’un militaire et d’un Saint-Hubert, arrive sur les lieux. Avec une capacité olfactive 10 000 fois supérieure à l’Homme, l’animal est capable de remonter la trace d’une personne recherchée parfois 96 heures après sa disparition en zone urbaine et jusqu’à 7 jours en zone rurale. Une aide précieuse pour les enquêteurs !

À partir du couteau retrouvé sur les lieux de l’enlèvement, le Saint-Hubert va suivre une piste qui le mène jusqu’à l’homme dont la voiture a été volée par les preneurs d’otage. Un nouveau renseignement qui devrait permettre aux enquêteurs de retrouver la trace de ces derniers !

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Avec l’identification d’un véhicule, le chef opérationnel peut mettre en place un dispositif de filature, au sol et dans les airs. Depuis l’hélicoptère, les militaires des Forces aériennes de la gendarmerie (FAG) renseignent sur la direction de fuite.

Parallèlement, la cellule négociation du GIGN se prépare à intervenir. Autre moyen pour recueillir du renseignement, elle est un outil primordial, activé dès le début de l’enquête au regard de la gravité des faits. Le négociateur a deux objectifs majeurs : rechercher des preuves de vie de la victime et établir un lien avec l’auteur dans le cadre de ses revendications. C’est avec une voix calme et posée qu’il cherche à comprendre ce que souhaite le malfaiteur. Chaque échange est bénéfique, car il permet de recueillir un maximum de renseignements, qui seront utiles pour préparer la phase d’interpellation menée par la force intervention du GIGN.

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Phase 3 : l’interpellation

Les renseignements obtenus sont suffisants. Il faut désormais interpeller les malfaiteurs. C’est la mission que vont remplir les opérationnels de la force intervention du GIGN. En combinant dispositifs aérien et routier, ils appliquent une technique d’interception de véhicule qui leur permet de surprendre l’adversaire en concentrant les moyens dans une zone qui leur est favorable.

Dans les hélicoptères des Forces aériennes de gendarmerie (FAG) et du Groupe interarmées d’hélicoptères (GIH) sont transportés l’équipe d’assaut ainsi qu’un personnel Appui feu tireur embarqué (ATFE). Cet appui aérien n’est pas exceptionnel pour les membres du Groupe, qui le mettent régulièrement en œuvre lors d’opérations, comme les go-fast ou la sécurisation de grands événements, tels que le Tour de France.

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À terre, afin de stopper le véhicule, les militaires s’apprêtent à réaliser une percussion, accompagnée de moyens pyrotechniques. Cette manœuvre n’est pratiquée que par les gendarmes du Groupe, tant elle demande entraînement, technicité et maîtrise ; car, outre le volet opérationnel, il est essentiel de garantir la sécurité des autres automobilistes.

Dans le même temps, deux autres véhicules du groupe se positionnent de manière à former un bouchon à l’arrière du dispositif pour le rendre hermétique et ainsi interdire toute fuite. À l’intérieur, des éléments d’appui, d’assaut ainsi qu’une capacité cynophile, en mesure de rattraper les preneurs d’otage.

© GIGN

Quelques minutes plus tard, le véhicule du malfaiteur est stoppé par la percussion. Immédiatement, les équipes d’assaut présentes dans les hélicoptères sont corde-lissés. Il s’agit là d’un moyen rapide pour déposer au sol des opérateurs malgré les contraintes du terrain, telles que les bâtiments ou la végétation.

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Mais les malfaiteurs tentent de prendre la fuite ! Le chien d’assaut est lâché. Rattrapant le malfaiteur, il réalise un mordant qui permet ensuite son interpellation immédiate par les équipes à pied. Le preneur d’otage, quant à lui, s’enfuit avec la victime. Malgré plusieurs injonctions, il ne semble pas vouloir coopérer et se rendre aux forces de l’ordre. Face à une telle situation, un membre du GIGN est contraint de réaliser un tir de neutralisation dans l’épaule de l’individu, l’obligeant ainsi à relâcher la contrainte sur l’otage et permettant son interpellation. Cette technique est l’une des nombreuses utilisées par le GIGN. Véritable école de tir, le Groupe accorde en effet une place centrale à cette discipline, afin d’assurer la sécurité des interventions et le respect de la vie humaine en toutes circonstances, le point d’orgue étant le célèbre « tir de confiance » qui vient clore la formation des opérationnels.

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