Immersion

Exercice « tuerie de masse » grandeur nature pour les gendarmes de la compagnie d’Arles

Auteur : Capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
© SIRPA - Gend. F.Garcia

Le 17 mars dernier, vingt-et-un militaires de la compagnie de gendarmerie départementale d’Arles ont participé à un exercice « tuerie de masse », dans les Carrières de Lumières, aux Baux-de-Provence. Retour sur cet entraînement sous tension.

Célèbres pour leurs projections de sons et lumières, les Carrières de Lumières des Baux-de-Provence ont accueilli un tout autre type d’événement le 17 mars dernier. Au programme, du son certes, mais pas de lumière ! C’est dans l’obscurité qu’ont dû progresser, au cœur de la roche calcaire, les gendarmes de la brigade des Baux-de-Provence et des Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) d’Arles et de Châteaurenard.

S’inscrivant dans le renforcement de la formation à l’intervention au sein de la compagnie de gendarmerie départementale d’Arles, un exercice « tuerie de masse » avait en effet été organisé. « Eu égard aux menaces sécuritaires actuelles, la formation à l’intervention professionnelle a été renforcée : le nombre de séances de maîtrise de l’adversaire et de tir a été augmenté et des exercices antiterrorisme sont régulièrement organisés. L’objectif est de faire travailler les militaires sur les fondamentaux tactiques, afin que ceux-ci deviennent des automatismes sur le terrain », explique la cheffe d’escadron (CEN) Nassima Djebli, commandant la compagnie.

Recréer les conditions réelles d’intervention

Depuis les attentats de Charlie Hebdo, en janvier 2015, puis ceux du Bataclan, en novembre de la même année, la préparation des gendarmes aux interventions de toute intensité est au cœur de la formation. S’il existe des unités spécialisées dans ce type d’action, comme le GIGN, les militaires des brigades ou des PSIG locaux sont généralement amenés à être les primo-arrivants ou primo-intervenants selon la situation. Ce fut le cas en 2015, à Dammartin-en-Goële : lorsque les frères Kouachi se retranchent dans l’imprimerie, les premiers gendarmes sur les lieux sont une patrouille de l’unité la plus proche.

« L’exercice du jour doit être au plus proche de la réalité si on veut que les gendarmes s’entraînent réellement. Si nous devons faire face à un événement de cette ampleur, les renforts spécialisés ne seront pas là avant plusieurs heures. Par conséquent, aujourd’hui, il n’y aura que la brigade et les deux PSIG de la compagnie, et nous allons jouer les délais de route également. Le but est de recréer des conditions réelles d’intervention », poursuit la CEN Djebli.

Afin de replacer l’exercice dans l’environnement au sein duquel évoluent quotidiennement les gendarmes, les policiers municipaux sont également associés à la manœuvre, en qualité d’intervenants ou d’observateurs. Si un attentat venait à se produire, ces derniers pourraient en effet être amenés à agir au côté de la gendarmerie. Cet élément était essentiel pour la commandante de compagnie : « l’exercice doit s’inscrire dans une logique de coproduction de sécurité, comme c’est réellement le cas sur le terrain. » Toujours dans un souci de vraisemblance et afin de ne pas anticiper leurs actions, les gendarmes ne savent rien du déroulé de l’exercice, et pour cause, « la situation sera évolutive en fonction des réactions et du comportement des intervenants. »

© SIRPA - Gend. F.Garcia

Première prise en compte des lieux

À 9 heures, la commandante de compagnie annonce le début de l’exercice. Quelques minutes après l’alerte, donnée par l’une des victimes, les premiers militaires de la brigade des Baux-de-Provence arrivent sur les lieux. Équipés des gilets pare-balles et des casques lourds, ils progressent le long des Carrières, appliquant les techniques d’acquisition du terrain apprises lors de leur formation. Acquisition de terrain, communication entre les équipiers, appui mutuel… les militaires s’appliquent. Rapidement rejoints par une deuxième équipe, ils fixent l’entrée du site. Pas un bruit ne résonne dans les Carrières… jusqu’à ce qu’un terroriste sorte avec un otage ! Les gendarmes le neutralisent et tiennent leur position, en attendant le PSIG. Même s’il s’agit d’un exercice, la pression est palpable. Dans ce contexte, la communication est primordiale, mais il faut également rester discret. La moindre erreur peut par ailleurs être fatale. L’un des gendarmes en saura rapidement quelque chose lorsque, souhaitant s’approcher d’une victime pour vérifier son état, il se fera virtuellement toucher par un tir de l’adversaire, peu avant l’arrivée du PSIG.

Sécurisation de l’intérieur des Carrières

Quelques minutes plus tard, qui semblent bien longues pour les gendarmes, des coups de feu se font entendre à l’intérieur des Carrières de Lumières. Pour le PSIG, il n’y a plus le choix : il faut pénétrer dans les lieux. En colonne, bouclier lourd en tête, ils progressent et investissent l’accueil du site, où ils neutralisent un terroriste. Mais ce n’est rien comparé à ce qui les attend quelques mètres plus loin, lorsqu’ils pénètrent dans les Carrières. « Nous n’avons pas choisi le site le plus simple. Les sens y sont déstabilisés, car une exposition lumineuse est projetée sur les murs et le sol, loin d’être lisse. C’est assez déstabilisant », indique la CEN Djebli. Effectivement, à l’intérieur, l’obscurité complique la progression. Les lumières projetées désorientent les militaires et perturbent leur perception de l’environnement, notamment celle des reliefs. Ils sont par ailleurs rapidement confrontés à une difficulté de taille : en raison de l’absence de réseau, les communications radio et téléphoniques sont impossibles. Il faudra donc commander à la voix. « La communication est le point névralgique dans une situation comme celle-ci. C’est un aspect que nous allons particulièrement observer aujourd’hui », précise la commandante de compagnie.

Situation maîtrisée : « FINEX » !

Les terroristes neutralisés et le site sécurisé, les Moniteurs d’intervention professionnelle (MIP) ayant suivi l’ensemble de la manœuvre sifflent la fin de l’exercice. L’heure est désormais au débriefing. Tous s’accordent pour souligner la difficulté de la gestion d’une telle situation. « La mission est compliquée. Avec l’obscurité et la fumée, on est désorienté. De plus, la perte de liaison entre les militaires est problématique. On a dû s’adapter en communiquant à la voix ou grâce à des signaux lumineux », explique un gradé du PSIG d’Arles.

Dans ce type de situation, la capacité d’adaptation est essentielle, car il n’y pas de schéma fixe ou prédéfini. Comme l’avait annoncé la commandante de compagnie, la prise en compte du site n’était pas aisée non plus. Avec l’alternance de terrain ouvert et de zones fermées, les gendarmes ont eu de nombreux paramètres à prendre en compte et n’ont cessé de réorienter leurs modes d’action à chaque instant de leur progression. Mais pour les MIP, l’exercice est concluant : « il y a eu de très bonnes phases de progression, avec du dynamisme et de la cohérence. La coopération entre les unités a été visible et nous avons pu constater qu’il y avait une véritable force de proposition. Vous avez su contourner les difficultés de communication pour arriver au bout de la mission. »

Ces exercices grandeur nature sont primordiaux pour les militaires. Les tueries de masse ne sont, fort heureusement, pas leur quotidien, mais ils doivent y être préparés pour agir en sécurité. Pour ce faire, la CEN Nassima Djebli prévoit d’organiser d’autres exercices de ce type dans les mois à venir. « Chaque unité participera à un exercice “tuerie de masse”. L’objectif est de monter en puissance progressivement dans les exercices, avec, à terme, l’intervention des unités spécialisées, telles que l’Antenne GIGN. Cela permettra de travailler la coopération et la complémentarité entre les différentes unités amenées à intervenir. »