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Haut-Rhin : une coopération efficiente pour contrôler les entrées sur le territoire

Auteur : Antoine Faure - publié le
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Dans le cadre du renforcement des mesures de contrôle aux frontières, lié à la crise sanitaire, les gendarmes du Haut-Rhin, appuyés par leurs camarades mobiles, travaillent avec les services de la police aux frontières et des douanes françaises, suisses et allemandes.

On l’appelle poétiquement l’autoroute des cigognes. L’A35 traverse l’Alsace, du nord du Bas-Rhin au sud du Haut-Rhin, jusqu’au Point de passage autorisé (PPA) de Saint-Louis, où elle rejoint l’A3 helvétique. Cette porte qui donne sur la Suisse est empruntée quotidiennement par des dizaines de milliers de véhicules, et plus de 1 000 poids lourds. Depuis le 31 janvier, et le renforcement des mesures de contrôle aux frontières, décidé par le gouvernement français pour lutter contre la propagation de la COVID-19, les douaniers suisses partagent les opérations de contrôle avec les gendarmes de l’Escadron de sécurité routière (EDSR) du département, chacun opérant de son côté de la frontière.

À cheval entre la France et la Suisse, une personne est chargée de faciliter cette synergie, en mettant de l’huile dans la mécanique. L’adjudante-chef Patricia est officier de liaison. Elle travaille au sein de la police de Bâle, un agent suisse étant installé réciproquement au groupement de gendarmerie, à Colmar. Ce dispositif opérationnel existe depuis 2011 et s’avère essentiel pour l’échange de renseignements et la résolution d’enquêtes judiciaires. « Toutes les unités nous connaissent et nous sollicitent, explique-t-elle. Notre rôle est important dans le contexte actuel, notamment pour la communication des nouvelles mesures prises par les autorités, en France ou en Suisse. »

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« Le maître-mot du dispositif, c'est la coopération, résume le colonel Alexandre Jeaunaux, commandant le groupement de gendarmerie départementale du Haut-Rhin. Coopération entre tous les services de l’État - les compagnies, l’EDSR, les gendarmes mobiles appelés en renfort, la Police aux frontières (PAF), les douanes - ainsi qu’avec les autorités suisses et allemandes… Nous combinons des patrouilles dynamiques et des postes statiques, et nous échangeons régulièrement nos positions et nos horaires, soit pour effectuer des contrôles en commun avec la PAF et les douanes, soit au contraire, sur les secteurs moins fréquentés, pour se répartir les contrôles. Les règles sont dans l’ensemble bien respectées et nous faisons preuve de souplesse. Nous avons fait beaucoup d’efforts ces dernières années pour accentuer les contacts et améliorer la proximité. Les contrôles sont donc menés avec discernement, afin de faire respecter les règles sans altérer ces liens essentiels avec la population. »

Un vrai gruyère

Au PPA de Saint-Louis, les six militaires de l’EDSR du Haut-Rhin et leur commandant en second, le capitaine (CNE) Sébastien, contrôlent les véhicules entrant en France, essentiellement les plaques étrangères, afin de s’assurer qu’ils résident bien dans la zone des 30 kilomètres autorisée, pour les ressortissants de l’Union européenne et suisses, ou qu’ils sont en possession d’un test PCR négatif de moins de 72 heures.

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« En raison de la crise sanitaire, le volume horaire dédié à ces contrôles est beaucoup plus important, explique le CNE Sébastien. Nous appuyons les gendarmes départementaux pour les contrôles en profondeur et nous assurons des contrôles statiques aux points de passage. » Le département du Haut-Rhin est limitrophe avec la Suisse et l’Allemagne. Mais s’il n’existe que cinq points de passage avec l’Allemagne, on en compte 43 avec la Suisse. « Un vrai gruyère », sourit Sébastien.

Au PPA de Saint-Louis Bourgfelden, situé à proximité, les opérations de contrôle sont effectuées par la PAF et l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 14/7 de Longeville-lès-Saint-Avold, l’un des 17 redéployés dans le cadre du renforcement des contrôles aux frontières, qui a pris le relais de l’EGM 43/2 d’Ussel. « Nous intervenons en appui des gendarmes départementaux, de l’EDSR, de la PAF et des douanes, explique le capitaine Lucien, qui commande l’escadron. Il y a assez peu de refus d’admission sur le territoire. Les gens sont plutôt disciplinés et jouent le jeu. »

Un travail d’orfèvre

« Les gendarmes mobiles constituent un apport très appréciable pour pouvoir décliner un nombre de points de contrôle plus important, ajoute le commandant de police Franck Vendamme, directeur interdépartemental adjoint de la police aux frontières à Strasbourg, en charge des services du Haut-Rhin. L’objectif de la multiplication des contrôles est de faire comprendre aux gens qu’il est urgent de limiter leurs déplacements. Nous ne sommes pas là pour verbaliser à tour de bras. Nous nous trouvons dans un bassin économique extrêmement actif et dynamique, et nous ne voulons pas perturber ces synergies. Il faut trouver le juste équilibre. C’est un travail d’orfèvre ! »

Au point de passage autorisé de Chalampé, l’un des cinq avec l'Allemagne, ce sont cette fois les agents des douanes et les gendarmes départementaux de la Compagnie (CGD) de Mulhouse qui filtrent les entrées sur le territoire. « Nous opérons deux heures par jour sur ce point de passage, souligne Isabelle R., de la Brigade de surveillance intérieure (BSI) de la Direction des douanes et droits indirects (DDRI) de Mulhouse. Parfois en collaboration avec les unités de la compagnie de gendarmerie, à qui je communique systématiquement nos heures de présence. »

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« L’idée n’est pas forcément de nous caler sur ces horaires, rebondit le capitaine Régis, commandant en second de la CGD de Mulhouse, mais plutôt d’être complémentaires pour couvrir une plus grande amplitude horaire. Nous programmons généralement une patrouille le matin, sur le créneau 7 h-13 h, et une l’après-midi, sur le créneau 14 h-20 h, qui alternent des contrôles statiques sur un point de passage et des contrôles dynamiques dans la profondeur. »

Gendarmes, policiers et douaniers unissent ainsi leurs forces, dans le Haut-Rhin comme dans les autres départements frontaliers, pour lutter contre la propagation du virus, car la sortie de cette crise sanitaire demeure plus que jamais l’affaire de tous.