Immersion

La brigade nautique de Granville sur tous les terrains

Auteur : Antoine Faure - publié le
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© DICOM / DAVID MENDIBOURE

En mer, pour la sécurité des loisirs nautiques, comme à terre, pour la prévention des risques liés à la marée et le contrôle de la pêche à pied, les gendarmes de la brigade nautique multiplient les patrouilles sur le littoral granvillais.

Au port de Granville, le soleil est enfin de retour, après plusieurs jours de vacances. Le semi-rigide Roche Noire, l’embarcation de la Brigade nautique (B.N.) depuis 2018, est prêt à appareiller. À son bord, l’adjudant-chef (ADC) Charles, qui commande l’unité, et l’adjudant François-Xavier procèdent aux dernières vérifications. La mer est légèrement creusée, mais la vedette, avec ses deux puissants moteurs de 250 chevaux, se joue de la houle en surfant sur les crêtes sans difficulté.

Sécurité des loisirs nautiques en mer

« Nous patrouillons ce matin dans le cadre de la campagne de sécurité des loisirs nautiques, une de nos missions principales pendant la période estivale, explique l’ADC Charles. Nous participons activement à ces opérations de contrôle, en mer ou à terre, au départ ou au retour des navires. » Les patrouilles sont partagées avec la Brigade de surveillance du littoral (BSL) de la gendarmerie maritime de Cherbourg et l’Unité littorale des affaires maritimes (Ulam), certains contrôles se déroulant en commun. 

Les gendarmes arraisonnent les embarcations de plaisance, à voile ou à moteur, ou les navires de pêche, afin de vérifier que les papiers sont en règle et que tout le matériel de sécurité requis, en fonction de la zone de navigation, se trouve bien à bord : gilets de sauvetage aux normes et adaptés à la morphologie des passagers, lampe étanche et flottante, écope, ligne de mouillage, bout de remorquage…

« S’il manque un équipement, nous procédons en fonction de son importance, précise Charles. Si l’absence du matériel entraîne la mise en danger des passagers, nous dressons un procès-verbal de constatation d’infraction, transmis au service Mer et littoral de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), qui le fera suivre au substitut du procureur, qui décidera d’éventuelles poursuites. Dans le cas contraire, le chef de bord est simplement convoqué à la brigade nautique, ou la brigade territoriale la plus proche de chez lui, où il devra présenter le matériel en question. »

Les missions des gendarmes de la « Nautique » englobent également la vérification de la pêche éventuelle, notamment celle du bar, limitée à deux poissons par jour et par personne, en respectant la taille minimale de capture et la période de pêche. Les contrôles concernent aussi les jet-skis, dont la vitesse est limitée à 5 nœuds en zone portuaire, ainsi que les planches à voile, dont les voiles doivent obligatoirement être marquées. « Quand on retrouve une voile en mer, on se demande toujours où est son propriétaire, ajoute le chef de la B.N. Si elle n’est pas marquée, c’est compliqué de parvenir à le contacter. Le problème est le même avec les bouées de sauvetage, dont on ignore si elles se trouvent dans la Manche à la suite d’une situation de détresse. »

Le semi-rigide s’approche de l’archipel de Chausey, à une quinzaine de kilomètres du port de Granville. Avec sa multitude d’îles et d’îlots, ses longues bandes de sable, ses colonies d’oiseaux de mer et de phoques, le lieu est très prisé des touristes, qui s’y rendent en navette depuis Granville ou Saint-Malo, ainsi que des plaisanciers français, mais aussi britanniques venus des îles voisines de Jersey et Guernesey. « Chausey n’est pas un port, complète l’adjudant-chef. Depuis le Brexit, les visiteurs britanniques doivent donc passer par Granville pour remplir un formulaire auprès des douanes. Ils doivent aussi présenter obligatoirement un passe sanitaire en cas de contrôle en mer. »

Opération de prévention à terre

Quelques temps plus tard, sur la plage de Bréhal, au nord de Granville. Le soleil est toujours de la partie, des nuages épars cotonnant le ciel bleu. Sur le parking de l’école de voile, Charles et François-Xavier retrouvent des camarades de la gendarmerie maritime, venus de Cherbourg, ainsi que des agents des douanes, des affaires maritimes et de l’Office français de la biodiversité. En tout, une quinzaine d’hommes et de femmes qui vont patrouiller par petits groupes sur l’estran, dans le cadre d’une opération de sensibilisation au risque d’isolement par la marée, doublée d’une piqûre de rappel des règles de la pêche à pied.

Sur le sable, les pêcheurs fourmillent en effet par centaines, râteau en main, à la recherche des palourdes et des coques. Ce ne sont pas encore les grandes marées de septembre, mais le coefficient est suffisamment élevé pour transformer la plage en un immense terrain de chasse. Les gendarmes de la B.N. viennent à leur contact pour leur rappeler que, lorsque la mer remonte, le risque existe de se retrouver isolé, comme cela arrive régulièrement en Manche.

Pour ce qui concerne les règles de pêche, tant sur les quantités limitées que sur les tailles minimales, les pêcheurs, souvent locaux, semblent pour la plupart bien informés, à quelques détails près, et respectueux des consignes. Les choses sont plus compliquées, en revanche, à proximité des bouchots, ces pieux en bois couverts de grosses grappes de moules, qui appartiennent à des éleveurs. Le principe est simple : il est interdit de ramasser des moules à l’intérieur de ces rangées de pieux, et à moins de trois mètres à l'extérieur. Et les pêcheurs à pied sont nombreux à ne pas respecter cette restriction. À plusieurs reprises, l’ADC Charles doit rappeler, gentiment, mais fermement, les règles du jeu.